Festival de Cannes 2015, retour sur la 68 e édition

1. août, 2015

Qu'est ce qui cloche dans le Festival ? Une attitude "impérialiste" que Michel Ciment pointait - et avec qui j'ai tant d'affinités et que je ne connais pas cependant -. Les délégués sont de parfaits faux-jetons. Ils nous annoncent ceci et font l'exact contraire. Et les autres ? Je ferais remarquer que si Lumière fût français, le cinéma c'est quand même les Etats-Unis et aussi l'Italie. A côté de ceux-là, la France mériterait de s'aligner. Or, le cinéma français - et c'est pourtant en respectant Bresson, Resnais, Renoir, Malle, Godard et quelques autres -, est un cinéma un tantinet narcissique (avec de notables exceptions, je vous le concède). Tout à fait à l'image de ce pays que j'aime mais qu'il m'arrive de détester tout autant.

Bref. Je m'éloigne. Cette année fut asiatique. Très bien. Très française? Plutôt mal. Parce que l'on a évincé les meilleurs français :  Philippe Garrel ("L'Ombre des femmes"), Arnaud Desplechin ("Trois souvenirs de ma jeunesse") pour mettre en valeur des réalisatrices, Valérie Donzelli et Maïwenn qui sont très loin de les valoir. "La Tête haute" d'Emmanuelle Bercot, hors compétition, sorti le 13 mai, est, en revanche, une oeuvre qui mérite son titre.  Qu'importent les femmes, si elles ne sont pas au niveau ? Or, en Occident, une tendance se fait jour : placer les femmes sur un piédestal. Plus que d'amour passionné et destructeur, elles ont besoin de respect. Ma foi, faisons ce qu'elles nous disent. Parce qu'au fond, elles ont parfaitement raison. Pourquoi aimerions-nous les femmes plus que les hommes ? Réaction masculine. Homme, nous devrions aimer les hommes comme les femmes. Femme, nous devrions aimer les femmes comme les hommes. Le sexisme est d'un autre âge. Il n'y a pas beaucoup de femmes au Festival ? Tant pis ! La raison est à chercher en amont. Et non en aval. 

 

1. août, 2015
1. août, 2015
1. août, 2015

J'ai sans doute dérapé. Mais, là où l'on (d)échoit, un éclat de vérité n'y est jamais absent. La France n'est pas si nulle que l'on veut bien le dire : il y a quand même... des "purs", ceux qui essaient de saisir le "drame", ailleurs que dans leurs entrailles : Philippe Faucon ("La Trahison", "La Désintégration"), natif d'Oujda (est-ce que cela explique tout ?) au Maroc, terre d'élection de l'EMG algérien, dont l'inclination maghrébine est une constante, j'aurais l'occasion de vous entretenir de sa "Fatima", présente à la "Quinzaine des Réalisateurs", tout comme l'exceptionnel "Les Mille et une nuits" du Portugais Miguel Gomes ("Ce cher mois d'Août", "Tabou") - une aventure portugaise contemporaine ("As Mil e Uma Noites"), le film insomniaque selon Antonio Preto ("Cahiers du cinéma" n° 711) - d'une durée de 6 h 20, divisée en trois sections, à l'image d'un cinéaste inclassable.

Mais, pour le cinéma asiatique - une cuvée exceptionnelle -, il faudra thésauriser entre : Hou Hsiao-hsien, le Taïwanais, et son "The Assassin", l'histoire d'une professionnelle de l'assassinat sur commande, missionnée pour abattre son amant. C'est la belle Shu Qi qui est mandatée pour exécuter le sinistre contrat ; le Chinois, Jia Zhang-ke et l'épopée romanesque "Mountains May Depart" et le Japonais intimiste Hirokazu Kore-eda, entre Ozu et Tchekhov, le shomin-geki d'aujourd'hui, "Notre petite soeur", adapté d'un manga célèbre. Invraisemblable, je l'ai déjà dit, Cemetery of Splendour du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul avec son immense miroir, l'actrice Jenjira Pongpas, émargent à "Un Certain Regard". Or, ce n'est pas un regard que l'on ne connaît pas. Fort heureusement dirions-nous : loin des familles d'Hirokazu, Apichatpong vacille entre réalité et fantastique. L'information ne se dérobe point, mais elle n'explique pourtant qu'un fragment de la vérité. Jenjira est le "portail que le cinéaste emprunte pour passer dans une autre vie et une autre dimension" (Kong Rithdee). Enfin, la Japonaise Naomi Kawase (AN) et son compatriote Kiyoshi Kurosawa (Kishibe no tabi/Vers l'autre rive), eux aussi, sont drôlement classés. A vrai dire, leurs réalisations n'amoindrissent guère leurs filmographies respectives. Entre montrer tout ce qui existe et le sélectionner au gré des convenances, n'y a-t-il pas mieux à faire ? Et, surtout, préserver l'esprit initial, la fonction originelle et originale des sections ?