Anouk Aimée : les yeux de l'amour

Anouk Aimée/Lola de J. Demy en 1961

Née le 27 avril 1932 à Paris, de son vrai nom Nicole Dreyfus, Anouk Aimée est la fille des comédiens Henry Murray (Dreyfus) et Geneviève Sorya (Durand). Elle passe son enfance entre Barbézieux Saint-Hilaire (Charente), où elle fut envoyée pour échapper aux rafles de Juifs, et Paris. C'est Henri Calef, le réalisateur du beau Jéricho (1946), lucide tableau de la Résistance en France, qui lui offre son premier rôle dans La Maison sous la mer. Elle a alors quatorze ans. Après ce film, dit-elle, "Marcel Carné m'a fait faire des essais pour La Fleur de l'âge (1947). C'est là que j'ai rencontré Jacques Prévert. J'avais pris pour pseudonyme le prénom de la petite servante du film de Calef, Anouk, et Prévert m'a proposé d'ajouter le nom d'Aimée. Anouk Aimée : deux A ; deux fois cinq lettres, vous pensez si je l'ai gardé !" Et nous, nous l'aimons ce nom : il lui va si bien ! 

Distante et énigmatique, surtout timide, Anouk Aimée incarne l'héroïne aux amours troublés - Lola (1961) de Jacques Demy, le film d'elle que je préfère, et Un homme et une femme de Claude Lelouch, en 1966, qui "surfera", sans doute, sur la vague de cette incarnation. Elle apparaît avant tout obstinée, idéaliste, fragile, en un mot : passionnée. A seize ans, elle était déjà Juliette dans Les Amants de Vérone d'André Cayatte, aux côtés de Serge Reggiani. 

D'Anouk, j'en avais rêvée, il y a quelques semaines. Et plutôt tristement, dois-je avouer. Avais-je mal analysé mon songe ? Prémonition en tout cas : la voici rendue à l'écran dans une rétrospective salvatrice. Dans laquelle figure le génial Huit et demi (1963) de Federico Fellini, celui à qui elle doit d'avoir découvert le cinéma. "A cette époque, le cinéma, surtout en France, c'était quelque chose de sérieux, avec des metteurs en scène plus tout jeunes [...] Alors, quand j'ai débarqué sur le tournage de La dolce vita (1960), ça hurlait de partout, la foule, le bruit, c'était un autre monde. [...] J'ai commencé par la scène où je conduis l'immense Cadillac à travers la foule, via Veneto. Je ne saurais pas vous expliquer ce qui s'est passé : un enchantement, j'avais tout compris. Federico Fellini c'était un magicien", explique-t-elle. Raymond Bellour écrivait, à ce moment-là : "Dans un visage d'ombres lisses et mouillées, ses yeux s'éclairent dès qu'elle se sent aimée." Enchanteur n'est-ce pas ?

  • Rétrospective, du 6 au 10 mars 2015, au Cinéma Mac Mahon, 5 avenue Mac-Mahon, Paris 17e, avec la projection de dix films sélectionnés par l'actrice elle-même.Aime bien