Comédiennes


 

Je les ai élues. Mon avis est partial. L'essentiel c'est qu'il puisse refléter une partie de moi-même. Du moins, l'image de la femme - à travers la comédienne - qu'il me plaît d'invoquer. Ces actrices, célèbres ou moins célèbres, que m'ont-elles dit - grâce aussi aux réalisateurs - sur la femme ? Il m'a fallu faire la part entre elles-mêmes et l'image que les cinéastes en ont donnée. J'aime les femmes libres, déterminées et volontaires. J'aime les femmes soucieuses d'être naturelles et indépendantes. Je ne voulais pas pas qu'elles puissent se sentir prisonnières du regard des autres. J'aime Marylin sur le tournage des Misfits de John Huston : c'est elle. Je l'aurais volontiers éliminé si je n'avais pu trouver cette photo. J'adore Monica Vitti sur le tournage d'Il deserto rosso d'Antonioni : gaie, vive et spontanée - comme elle l'est esattamente - et non névrosée comme le grand réalisateur l'a projetée à l'écran. Quant à Jean Seberg, elle n'a jamais paru aussi fraîche et décontractée au cinéma qu'aucune autre actrice. Sans doute - avec Anna Karina, la compagne de Jean-Luc Godard - fût-elle l'actrice rêvée de la Nouvelle Vague. Le sourire de Romy Schneider est merveilleux : pourtant, elle n'était pas toujours spécialement de bonne humeur. 

Des actrices connues sont absentes. Pourquoi ? Parce que j'abhorre l'image que l'on montre d'elles. Je m'explique : ce ne sont pas elles que je déteste obligatoirement. Enfin, il y a les comédiennes que je n'aime pas forcément. Et que j'admire néanmoins et respecte tout à la fois. Parce qu'elles nous ont offert un visage de la femme plutôt audacieux et précurseur : Arletty, Louise Brooks, Marlène Dietrich, Anna Magnani, Bette Davis, Joan Crawford, Barbara Stanwyck... celles-ci en imposaient terriblement. Avec elles, les hommes étaient ramenés à leur juste place. Elles eurent besoin de livrer ce combat : comment auraient-elles pu s'imposer ?

Plus tard, les hommes commençèrent à les considérer autrement. Du coup, elles aussi se détendirent. Souriantes, affables, tendres, beaucoup plus proches, moins hautaines en vérité. Emmanuelle Riva, Delphine Seyrig, Françoise Fabian, Marthe Keller, Gena Rowlands, Sandrine Bonnaire, Isabelle Huppert, Hiam Abbass et celles d'aujourd'hui ont beau ne pas être des femmes dociles, elles n'éprouvent guère la nécessité d'afficher quelque arrogance. Le monde et les temps changent.

J'ai ressenti à l'ultime moment de clore ce diaporama deux injustices : primo, la difficulté - objective celle-là - de combler une ségrégation, celle de ne pouvoir suffisamment honorer des artistes d'origine africaine. De ce point de vue, le fossé est nettement plus criant que chez les messieurs ! Secundo, l'imparfaite connaissance que nous continuons d'avoir des cinématographies de l'Est européen. Ce sont les souvenirs de films exceptionnels qui nous rappellent les prestations de comédiennes russes inoubliables - et j'en omets forcément : Tatiana Samoïlova dans Quand passent les cigognes (1957), Ya Savvina dans La Dame au petit chien (1960) et Le Bonheur d'Assia (1967), longtemps censuré en URSS, et, enfin, Inna Tchourikova dans Le Début (1970) de Gleb Panfilov et que certains observateurs jugèrent comme la meilleure Jeanne d'Arc plausible. 

J'aurais voulu aussi vous confier mon admiration particulière pour Jane Fonda, Mélina Mercouri ou Simone Signoret. Je serais trop long et impardonnable pour d'autres. Enjoy !

S.M.