Films italiens 1945-1955

 


En quatre volets. Première tranche : 1945-1955 - les années d'après-guerre, avec le plein épanouissement de ce qu'André Bazin avait nommé l'école italienne de la libération, et que, dès 1943, avec Ossessione de Luchino Visconti, nous avons usuellement reconnu comme le néoréalisme. Puis 1956-1966, 1967-1977 et 1978 à 1990. Des films, des cinéastes, des acteurs, des sujets riches d'histoire, de culture et de destins exceptionnels. On aurait tort d'uniformiser la création cinématographique italienne : des réalisateurs comme Aldo Vergano (Il sole sorge ancora), Carlo Lizzani (Achtung ! Banditi ! ou Cronache di poveri amanti) ou Francesco Maselli (Gli sbandati) ne limitent pas leur terrain à la simple observation des ruines - autant matérielles que morales -, ils cherchent à en interroger profondément les causes. On remarquera que les films précités sont longtemps restés méconnus. Il cristo proibito (1951) est une œuvre singulière : l'unique incursion d'un très grand romancier - Curzio Malaparte - dans l'univers du cinéma. On retrouve donc des thèmes personnels qui ont une résonance universelle. "Je veux que mon film ne soit pas un fait divers, ni une histoire romancée, ni une aventure plus ou moins mondaine, ni une chronique néoréaliste [...], un film qui soit populaire sans être banal ; et qui soulève un problème non point spécifiquement italien, français ou anglais, mais commun à tous les hommes de nos jours, de n'importe quel pays. Le problème de la justice, de l'amour, de la responsabilité personnelle et collective", déclarait l'écrivain. Avec une autre sensibilité, Rossellini s'éloigne, dès Stromboli (1949), d'une optique trop directement réaliste. En même temps, il y a là comme un regard sur une terre particulière et qui n'en demeure pas moins située en Italie. Une terre que ni le fascisme, ni la démocratie ne sauraient ébranler fondamentalement. Or, Visconti, avec La terra trema (1948), n'évoquait-il pas une Italie du Sud qu'Antonio Gramsci, natif de Sardaigne, décrivait bien avant l'avènement de Mussolini ? On constate combien est périlleuse la tendance à englober l'expression artistique en classifications hâtives et schématiques. Celle-ci s'aventure sur des chemins multiples, reflet des visages complexes et contradictoires d'une histoire et d'une géographie qui échappent à toute analyse déterministe. Giuseppe De Santis, injustement négligé aujourd'hui, perçoit les signes avant-coureurs de l'Italie à venir, dans laquelle la question de la condition féminine va devenir un des défis majeurs d'une société en mutation. Antonioni, pour sa part, ébauche des portraits féminins dans les milieux de la petite-bourgeoisie - Le amiche (1955) - qui suscite une réflexion profonde sur les rapports hommes/femmes. Quoi qu'il en soit, aucun film n'épouse le courant profond sans regarder, ici ou là, au-delà des collines ou sur des sentiers plus escarpés. Anticipant les années à venir, de façon préméditée ou à son corps défendant, le cinéma italien est, d'ores et déjà, un objet de fascination universelle. Comme le sont Senso de Luchino Visconti et Viaggio in Italia de Roberto Rossellini, indicateurs d'une voie future.     

 

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