La Confession (N. Boukhrief, 2016)

Arte, 11 décembre, 20 H 55

 

Certes, la nouvelle adaptation du roman de Beatrix Beck n’affaiblira pas la vibrante lumière de Jean-Pierre Melville, diffusée par un Belmondo si touchant en sa simplicité même et suivant cet humour détaché qui, contrairement aux préjugés, habite plus qu’on ne le pense certains de nos abbés.  J’ai toujours eu le sentiment que la ligne de partage entre cléricaux se situait entre curés « à la mine ravie » et curés « à la triste figure ». On voudra bien oublier la beauté et la jeunesse des curés. Ou, alors remettre les pendules à l’heure : dire que la beauté et la jeunesse sont surtout dans nos cœurs. La force de Léon Morin est au-delà de l’aspect physique, celui de Bébel hier, ou de Romain Duris présentement, lequel explore ici et,  en osmose avec les temps qui courent, un aspect moins classique, du célébrissime « celui qui croyait au ciel et celui (celle) qui n’y croyait pas ». Certes, le contexte géographique et historique a peu changé : tout juste, Nicolas Boukhrief y a-t-il opéré une mise en lumière plus dure sur la période de l’Occupation : la violence des représailles allemandes, la tentative de viol de Barny, l’exécution, croix gammées au front, des collaborateurs de Vichy, et, à qui Barny (Marine Vacth), nuance révélatrice, ferme les yeux.  L’œuvre de Madame Beck était davantage centrée autour d’un débat idéologique entre Barny et le prêtre ; tout cela n’a point changé. Mais, Boukhrief a su comprendre qu’une œuvre au caractère autobiographique avéré, ne pouvait plus être éclairée de la même façon qu’au début des années 1960. Aussi, et contrairement à Melville, prend-il, à juste titre, quelque liberté avec le texte et les situations décrites par Madame Beck. L’idée de départ est inventive : ainsi comprend-on le titre du film. N’oublions pas qu’au moment de la réalisation du film, Madame Beck était décédée depuis 2008. Aussi, faut-il songer que la vieille dame qui s’éteint, à l’orée du film, n’est encore et toujours que l’écrivaine elle-même. Et quoi de plus surprenant et de plus normal pourtant que ce soit un prêtre débutant qui l’assiste ! Un curé incontestablement troublé par la profondeur et la beauté de la confession. Or, nous devinons que cette confession ultime est le récit de plusieurs confessions – les fausses (le simulacre pourfendeur : « la religion est l’opium du peuple » ; le fourvoiement intérieur : « Barny « flambée » se convertit au catholicisme»)  et la dernière, absolument sincère (« elle aime le prêtre alors que le prêtre ne peut l’aimer, en dehors de l’aimer comme les autres ») ; aussi, le titre adopté nous semble une excellente idée. Peut-être – c’est un point de vue – fallait-il s’engager résolument, plus résolument sur cette voie-là. Autrement dit, « Léon Morin, prêtre », revu et corrigé par son auteure, un demi-siècle plus tard. C’était un pari audacieux : Boukhrief est demeuré à mi-chemin. Pourtant, le réalisateur a flairé juste : la mémoire et la perception globale de certains aspects d’une existence ne peuvent plus être semblables, selon qu’on la rappelle au début des années 50 – le livre est publié en 1952 – ou à la fin d’une vie. En outre, la pression du monde qui se transforme modifie notre propre vision du monde d’hier. Qu’a donc aimé,  jour après jour,  Barny (Marine Vacth/Marie-Jeanne Baldague) ? Dieu, à travers Léon Morin, ou tout simplement Léon Morin, à travers Dieu ? Sans doute, les deux à la fois. Et certainement le feu d’un amour qui élève. Car, si croire en Dieu ne signifie rien « sans la foi, l’espérance et l’amour par-dessus tout »,  est-il nécessaire de croire en Dieu pour être habité par « la foi, l’espérance et l’amour par-dessus tout » ? « La Confession » est surtout un film humaniste. Comme l’avait été, différemment pourtant, « Léon Morin, prêtre », selon Melville.

 

https://www.arte.tv/fr/videos/087371-000-A/la-confession/



La Confession. France/Belg. 116 minutes. Scope/Couleurs. Scénario : Nicolas Boukhrief d'après le roman de Béatrix Beck. Photographie : M. Dacosse. Montage : L. Decobert. Décors : J. Irribarria. Production : Radar Films, Nebo Productions et scope Pictures. Interprétation : Romain Duris (Léon Morin), Marine Vacth (Barny Debruycker), Anne Le Ny (Christine Sangredin), Lucie Debay (Sabine Gauthier), Amandine Dewasmes (Danièle Fouchet), Solène Rigot (Marion Lamiral), Titus De Voogdt (Aaron Silman), Nina Boukhrief (Esther Silman). Sortie : 8/03/2017. Visa d'exploitation : 143105.


 

 

R. Duris (Léon Morin) et M. Vacth (Barny)