16e édition Cinémas du Sud, Lyon 2016

Le Festival Cinémas du Sud 2016, organisé conjointement par l'association Regard Sud et l'Institut Lumière de Lyon, se tiendra du mercredi 27 au samedi 30 avril dans le cadre de l'Institut. Comme les habitués le savent désormais, le festival explore les nouvelles réalisations des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Ces films sont aussi un révélateur des problèmes et des drames, mais aussi des espoirs et des aspirations des peuples arabes. Chaque année, le festival a pour parrain un réalisateur consacré : la saison dernière, ce fut l'algérien Merzak Allouache qui présentait Les Terrasses ; cette saison ce sera le tunisien Férid Boughedir, 72 ans, natif d'Hammam Lif, qui nous avait tant enchanté avec Halfaouine, l'enfant des terrasses (1990) et Un été à La Goulette (1995), ce petit village portuaire des environs de Tunis, longtemps célébré pour la mixité de ses populations et que le cinéaste a fort bien connu. Nous sommes donc impatients de l'accueillir et de voir son Parfum de printemps, sorti sur les écrans français le 20 avril. Comme le titre le laisse un peu présager, ce film nous entretient du passé récent de la Tunisie et de son présent encore incertain. Bien sûr, comme toujours, ce sont des récits d'hommes et de femmes et que ce soit dans les quartiers de la  banlieue de Tunis ou à Sidi Bou Saïd, charmant village prisé par la bourgeoisie, l'amour n'y est jamais absent. 

Le festival traite les pays du Maghreb de façon équilibrée : L'orchestre des aveugles sera donné, en présence de son auteur marocain Mohamed Mouftakir, le samedi 30 avril à 17 h 45, et l'on espère, moins sûrement toutefois, la venue de l'Algérien Salem Brahimi pour Maintenant, ils peuvent venir, d'après un roman d'Arezki Mellal (Actes Sud, 2002) également scénariste et produit par Michèle et Costa-Gavras. Le film reconstitue Alger au cours de la sombre période des années 1990. Là encore, l'amour, celui de Nouredine pour la belle Yasmina, se trouve contrarié par les vicissitudes de l'Histoire (prévu le même jour à 20 h). De son côté, le film marocain, moins directement politique, exprime les contradictions entre art et traditions religieuses : des musiciens d'orchestre se font passer pour des aveugles afin d'être admis à jouer devant des femmes. Quant à Mimou, l'enfant du chef d'orchestre, il est épris d'une femme de ménage... 

Précisément, ce samedi toujours, Moi, No Joom, 10 ans, divorcée de la Yéménite Khadija Al Salami - présente lors de la projection - est naturellement une oeuvre qui rentrera dans l'histoire. Pour trois raisons : c'est le film d'une femme, c'est l'une des premières fictions cinématographiques du Yémen et c'est une réalisation qui rend compte du divorce d'une adolescente de dix ans, mariée, contre son gré, à un homme qui a vingt ans de plus qu'elle. Une situation jugée parfaitement acceptable dans le pays où elle vit. Sans l'ombre d'un doute : un moment important du festival.

Autre film de femme(s), 3 000 Nuits de Mai Masri, 57 ans, cinéaste palestinienne installée au Liban. Auteure d'une dizaine de documentaires très en prise avec les réalités politiques de son pays (Children of Fire, Rêves suspendus, Hanan Ashrawi : Une femme de son temps, Enfants de Chatila) et, pour la plupart, réalisés avec la collaboration du Libanais Jean Chamoun qu'elle a épousé en 1986, Mai est la fille du richissime Munib Rashid al-Masri, industriel et homme politique influent, originaire de Naplouse. 3 000 Nuits est sa première fiction. Elle relate les journées d'une institutrice palestinienne (Maisa Abd Elhadi) incarcérée dans une prison israélienne. Dans ce contexte défavorable, elle donne naissance à un garçon. Déchirée entre ses devoirs de mère et ceux de la lutte pour un idéal politique, la jeune femme va trouver dans la confrontation et le dialogue avec les autres détenues - qu'elles soient palestiniennes ou israéliennes - les moyens de surmonter ses dilemmes et d'assumer ses responsabilités. Le film alterne donc des passages en langue arabe et d'autres en hébreu. Primé dans de nombreux festivals, 3 000 Nuits est programmé le jeudi 28 avril à 21 h et présenté par Charlotte Uzu, productrice. 

Musique et nuits sont très souvent liées. Auparavant, à 18 h 45, les spectateurs pourront visionner Yallah ! Underground de Farid Eslam, documentaire sur l'itinérance, entre Beyrouth, Amman, Le Caire et Ramallah, d'instrumentistes et de chanteurs issus de la scène artistique protestataire. A partir des compositions de Zeid Hamdan, Amer Shomali, Maid Waleed et tant d'autres, nous plongerons au coeur de processus créatifs inspirés par les problèmes cruciaux des pays du Moyen-Orient.

Les séances du vendredi 29 avril promettent : à 17 h 15, nous sera proposé le deuxième long métrage du kurde Hisham Zaman, déjà remarqué pour Before Snowfall en 2013 : Letter to the King  conte les péripéties contrastées de cinq réfugiés dans un camp enneigé de la Norvège, la patrie d'élection du cinéaste. Toutes ces aventures sont décrites dans une missive envoyée par le vieux Mirza à son Altesse royale ;  A l'heure du Caire/Bitawqit El-Qahira, programmé à 20 heures, est, quant à lui, littéralement porté par l'interprétation du regretté Nour El-Shérif (1946-2015), dans le rôle d'un Alexandrin atteint par la maladie d'Alzheimer. Son interprétation lui a effectivement valu le Prix d'interprétation masculine au Festival International du Film Arabe en 2015. L'auteur du film, Amir Ramsès, formé auprès de Youssef Chahine, a déjà réalisé de nombreux films dignes d'intérêt : on se souviendra de son courageux documentaire Juifs d'Egypte (2013). Ici, il dépeint la journée bouleversante de six personnages à la dérive dans cette Masr dévorée par les tensions sociales et religieuses. Le destin provoquera leur réunion finale à un moment capital de leurs existences ; enfin, à 21 h, et en présence de son réalisateur, sera projeté Very Big Shot du libanais Mir-Jean Bou Chaâya. Oscillant entre thriller et comédie burlesque, le film a été bien accueilli au Festival de Marrakech 2015 où il a été récompensé par l'Etoile d'Or. Entre détente et suspense, un trio fraternel nous entraînera - une fois n'est pas coutume - sur des terrains plus divertissants. La vocation première du Festival n'est-elle pas de rendre compte de la diversité des cinémas du Moyen-Orient ?  Quoi qu'il en soit, l'édition 2016 ne nous décevra pas : nous en sommes convaincus !

 

S.M.

 

Festival Cinémas du Sud. 16e édition 2016. Séances présentées et animées par Abdallah Zerguine, directeur artistique de Regard Sud et Michel Amarger, journaliste critique cinéma Média France. 

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