Films : Muhammad ALI (1942-2016)


Black Gentleman Muhammad

Une légende du noble art s'est éteinte hier. 

Selon moi, ancien pugiliste profane, amoureux de la boxe anglaise, Ali, autrefois Cassius Clay, était le plus grand et mon modèle. 

Je ne dirais pas qu'il fût un révolutionnaire, mais, pour sûr, il avait, lui, l'enfant de pauvres blacks, tout assimilé de ce sport qu'avait été la boxe. L'avez-vous remarqué ? J'emploie une forme passé. Parce que nous n'en sommes, hélas, plus là. Ce sport a désormais régressé. 

Il faut faire vivre la boxe, comme Ali sut la faire vivre : il était infiniment rare d'admirer sur le ring - et, de surcroît, dans une catégorie comme la sienne - un homme aussi véloce, souple, vif et élégant. Il l'était aussi dans la vie et la société : intelligent et doté d'un humour féroce, ses réparties furent proverbiales. L'Apollon des cordes se muait en un contradicteur impitoyable. Sa forme demeurait, dans tous les cas, étincelante et sa force imprévisible. Comme dans ses matches les plus brillants, il envoyait les ségrégationnistes hypocrites au tapis. Il savait être, néanmoins, d'une amabilité et d'une bonté extraordinaires. Ali était fair-play dans tous les sens du terme. C'était aussi un showman extraordinairement doué : tous ses futurs combats étaient précédés d'un battage publicitaire hors-normes. Il savait entretenir la chronique et mettre en condition spectateurs, admirateurs et adversaires. De la psychologie grandeur nature. 

A vrai dire, si Ali is The Greatest, s'il m'apparaît exceptionnel c'est parce qu'il réunit trois caractéristiques conjuguées : il est d'abord un technicien sans exemple - le fameux jeu de jambe (Un danseur ! "Vole comme un papillon, pique comme l'abeille, oh vas-y cogne mon gars cogne !", s'exclamait-il !)  et l'art de l'esquive inouïe que Jim Corbett inaugura en son temps et qu'il complète par une allonge supérieure (2,10 m) ; ensuite, c'est un orateur et un poète formidable - oui, oui, je maintiens ce terme ! - et c'est, enfin, un homme responsable, et non un citoyen ordinaire, soumis et discipliné. Il aimait son pays et son peuple, mais ne voulait pas servir les causes les plus viles que les dirigeants, potentats militaristes et financiers américains souhaitaient lui voir embrasser. Il paya son audace politique de cinq ans d'emprisonnement. "Je n'ai rien contre le Vietcong, aucun Vietnamien ne m'a traité de nègre", disait-il, refusant de servir l'administration étatsunienne dans une guerre impérialiste visant à asservir un peuple jadis colonisé par l'allié français.  

Alors, lorsqu'il remonta sur le ring, le 8 mars 1971, au Madison Square Garden, dans ce combat que l'on qualifia de "combat du siècle", et qu'il perdit - j'avais alors dix-sept ans -, je me mis à pleurer : j'avais l'impression que la défaite d'Ali était non seulement ma défaite, mais la défaite de tous les peuples humiliés et offensés, la défaite des pays colonisés ou anciennement colonisés, la défaite de ceux qui voulaient enfin vivre sur cette terre en hommes dignes et fiers. J'étais jeune pourtant, mais je ressentais cela ainsi. Voilà pourquoi Ali était mon Dieu. Mais, j'avais tort : le symbole n'avait pas été ébranlé, personne n'est à l'abri d'une défaite, même les plus grands. La suite le montrera.

Y compris sa disparition. Ali était désormais entré dans l'Histoire. Son exemple est d'une éternité secourable. Plus qu'un boxeur mythique, il fut surtout un Homme avec un immense H. Voilà pourquoi je l'ai nommé Black Gentleman Muhammad. Et qu'à lui seul je dédie mon commentaire sur Gentleman Jim de Raoul Walsh.

Le 4 juin 2016.

SPORTISSE Michel. 

 

 

Black Gentleman Muhammad

 

Ieri si è spenta una leggenda della nobile arte.

Dal mio punto di vista di ex pugile amatoriale e innamorato della boxe inglese, Ali, e ancor prima Clay, era il più grande ed anche il mio modello. Non potrei affermare che fosse un rivoluzionario, ma si puo star certi che lui, il figlio di poveri neri, avesse assimilato tutto quanto ci fosse da imparare da questa attività sportiva come la boxe, molto più elegante di quanto si possa credere. Avete notato che sto usando un tempo al passato in quanto, purtroppo, non lo conosciamo più. Questo sport, ormai è regredito. 

La boxe deve essere vissuta, come ha saputo viverla Ali : era proprio un raro privilegio poter ammirare sul ring - per giunta in una categoria come la sua - uno sportivo cosi fulminante, elastico, svelto ed elegante. Lo era anche nella vita ed in società : intelligente, dotato di uno spirito mordace, sapeva ugualmente essere affabile e buonissimo. Ali era uno sportivo a 360 gradi. Era pure tagliato per lo spettacolo : tutti i suoi incontri erano preceduti da inauditi clamori pubblicitarii. Sapeva intrattenere i giornalisti come pure sapeva affrontare spettatori,ammiratori e avversari. Psicologica in scala reale.

A dire il vero, se Ali è il più grande, se mi membra eccezionale è perché ha saputo coniugare tre caratteristiche importanti : egli è un tecnico senza pari - il famoso gioco di gambe ("un ballerino". "Vola come una farfalla, punge come una vespa, evvai ragazzo, colpisci, colpisci ancora !" incitava lui stesso), l'arte insolito dello schivare  che Jim Corbett aveva inaugurato a suo tempo a che aveva completato con un allungamento superiore (2,10 m) ; Ali è un oratore e un grande poeta - si, si, permettetimi questo termine - e per concludere un uomo responsabile e non certo un cittadino comune sottomesso e disciplinato. Amava il suo paese ma non voleva sottomettersi alle cause più indegne che i potenti del militarismo e della finanza americani volevano obbligarlo ad abbracciare. Pagò il suo coraggio politico con cinque anni di prigione. "Non ho niente contro il Vietcong, nessun Vietnamita mi ha mai trattato da negro", dichiarava e rifiutandosi di andare a prestare servizio militare in una guerra imperialista che mirava a dominare un popolo già dapprima colonizzato dalla Francia.

Per questo, quando risalì sul ring l'8 marzo del 1971, al Madison Square Garden, per quell'incontro qualificato "incontro del secolo" e che perdette, io appena 17 anni, mi misi a piangere : ebbi l'impressione che la sconfitta di Ali non era solo la mia sconfitta ma quella di tutti i popoli offesi e umiliati, la sconfitta di paesi colonizzati o anticamente colonizzati, la sconfitta di coloro che volevano vivere in questo mondo da persone degne e rispettate. In quel momento pur essendo  giovanissimo, sentivo le cose in tal modo, ed ecco perché Ali era il mio dio. Ma mi sbagliavo : il simbolo non era minimamente scalfito, poichè nessuno è al riparo da una sconfitta, anche i più grandi e il seguito lo dimostrerà.  Ivi compresa la sua scomparsa. Ali ormai è entrato nella Storia. Il suo esempio è un eterno riferimento di soccorso. Più che un pugile mitico era sopratutto un uomo con la U maiuscola. Ecco perché l'ho chiamato Black Gentleman Muhammad. 

A lui dedico il mio successivo commento per un film di Raoul Walsh, Gentleman Jim, e che sono certo, avrebbe apprezzato. 

S.M. (4/06/2016). (trad. Maria-Ljuba Russo). 

 

 

CoolLes uppercuts verbaux d'Ali : 

 

  • "Si jamais tu rêves de me battre, il vaut mieux pour toi que tu te réveilles et viennes t'excuser."
  • "Je suis le plus grand, et je l'ai dit avant même de savoir que je l'étais." (titre de son autobiographie). 
  • " (...) Je me suis déjà battu contre un alligator, j'ai déjà lutté avec une baleine. La semaine précédente, j'ai tué un rocher, blessé une pierre et envoyé une brique à l'hôpital. Je suis à ce point méchant que je rends la médecine malade." (avant de reprendre son titre face à G. Foreman en octobre 1974). 
  • "L'âge n'est rien d'autre que ce que vous en pensez. Vous êtes aussi vieux que vous estimez l'être." (pour Jet magazine, août 1992).
  • "La spiritualité reconnaît la lumière divine qui brille en chacun de nous. Elle n'appartient à aucune religion en particulier, mais à tout le monde." (in : L'Âme d'un papillon, 2004).

 

Oh là là !Ali au cinéma :

  •  Muhammad Ali the Greatest (1969), documentaire de William Klein. Photographe français d'origine américaine, plasticien, fils d'immigrés juifs hongrois, William Klein s'engagea très tôt dans le cinéma et dans le militantisme politique. Qui êtes-vous Polly Magoo (1966) et Mister Freedom (1969) témoignaient de son esprit critique à l'endroit du système capitaliste. Il prit fait et cause pour les nations anciennement colonisés et contre la ségrégation raciale. Les documentaires Loin du Vietnam (1967), collectif, Festival Panafricain d'Alger (1969) et Eldridge Cleaver (1970), sur un militant des Black Panthers, le prédisposait à réaliser un film sur Muhammad Ali qu'il avait déjà filmé en 1964 (Cassius le grand) lors de son combat contre Sonny Liston. La première réalisation sur le boxeur. Intéressant.

 

  • The Greatest (1977), fiction de Tom Gries et Monte Hellman. Basé sur les mémoires du boxeur, The Greatest, my own story, et scénarisé par le black listé (un des Dix d'Hollywood") Ring Lardner Jr, ancien associé d'Otto Preminger (Laura), le film réunit Ali lui-même et une pléiade d'acteurs remarquables : Ernest Borgnine, dans le rôle du coach Dundee, Paul Winfield, Robert Duvall, Ben Johnson et James Earl Jones, campant Malcolm X. A connaître.

 

  • When We Were Kings (Quand nous étions Roi, 1996), documentaire de Leon Gast. Analyse du contexte dans lequel s'engage le combat ("The Rumble in the Jungle") du 30 octobre 1974 entre Ali et Foreman à Kinshasa (Zaïre). Des personnalités comme le romancier Norman Mailer (qui écrit, par ailleurs, un Combat du siècle) ou le réalisateur Spike Lee (Malcolm X, 1992) y sont invités à donner un point de vue. Le match est aussi scruté dans ses phases les plus névralgiques et, notamment, à travers la tactique utilisée par Ali : celle du en:rope-a-dope, consistant à rester le plus dans les cordes afin de mieux encaisser les coups et d'épuiser l'adversaire. Oscar du meilleur film documentaire en 1997.

 

  • Ali de Michael Mann (2001), fiction avec Will Smith. Pour endosser le rôle d'Ali, l'acteur célèbre (Bad Boys, Men in Black) a dû prendre dix-sept kilos supplémentaires afin d'atteindre la carrure du champion. Pari plus difficile : il lui a fallu aussi emprunter l'accent du Kentucky et adopter la mentalité du boxeur. Michael Mann a voulu faire preuve de réalisme : face à Will Smith, il a opposé un véritable professionnel, Charles Shufford (George Foreman) lui assénant des coups en réel. Le réalisateur a choisi, en outre, des musiques et des chansons datant de l'époque. Ce biopic classique et spectaculaire retrace la carrière condensée d'Ali, depuis le succès contre Sonny Liston en 1964 jusqu'au triomphe face à Foreman au Zaïre. D'un script initial - oeuvre de Stephen J. Rivele et C. Wilkinson - très fourni (200 pages), le scénario d'Eric Roth n'a retenu que dix ans de la vie du King of the Ring. En marge, toutefois, on esquisse brièvement l'évolution idéologique du boxeur aux côtés de Malcolm X.  

 

  • Muhammad Ali's Greatest Fight (2013), téléfilm dramatique de Stephen Frears (My Beautiful Laundrette, Dangerous Liaisons) réalisé pour la HBO britannique. Le cinéaste s'est intéressé à un autre combat : celui livré par Ali contre les autorités de son pays pour refus de servir l'US Army au Vietnam. "Mon film n'est pas tant un film sur Ali - d'ailleurs, on ne le voit que par le biais d'images d'archives - que sur le fonctionnement de la Cour suprême. [...] Ce que le cas Ali révèle de cette instance est fascinant : une institution conservatrice qui a dû prendre une décision historique", indique le réalisateur.

 

  • I am Ali (2014), documentaire TV de Clare Lewis, d'une durée de 51 mn. Diffusé sur Canal+ ce dimanche 5 juin 2016 en hommage au boxeur. Plongée dans les archives personnelles d'Ali. Interviews et témoignages inédits.