STO, avoir 20 ans sous l'Occupation (2013)


Ce soir, sur RMC Découverte, 20h 50. Documentaire de Philippe Picard et Jérôme Lambert. Musique : Christophe Marejano. Production : Marie-Hélène Ranc et Kuiv, Michel Rotman. Commentaires lus par Anémone. 84 minutes.

 

"Oubliés, incompris voire suspects", comme l'écrit Isabelle Poitte pour Télérama. Tel fut le sort terrible de ces jeunes travailleurs - environ 600 000, affirment les statistiques les plus sérieuses - que le régime de Vichy mit à la disposition des autorités allemandes. Le 21 mars 1942, le Gauleiter Fritz Sauckel, jugé plus tard à Nuremberg, est nommé plénipotentiaire pour l'emploi de la main d'œuvre dans le gouvernement nazi. À ce titre, il organise la déportation des travailleurs des pays occupés vers l'Allemagne. En effet, beaucoup de citoyens allemands sont désormais mobilisés sur le front de l'Est et il s'avère urgent de les remplacer. Sauckel sera d'ailleurs appelé le "négrier de l'Europe". La France devient, pour des raisons faciles à comprendre, son terrain d'élection. Sa nomination coïncide également avec celle de Pierre Laval qui, le 18 avril 1942, redevient chef du gouvernement. Face aux exigences et aux pressions de l'Allemagne hitlérienne, Laval louvoie, négocie mais finit, en dernière limite, par obtempérer. Il propose, de prime abord, un système de Relève - un prisonnier de guerre français pour trois départs volontaires en Allemagne. Toutefois, cette solution se solde par un vrai fiasco : fin août, 17 000 jeunes travailleurs seulement ont franchi le Rhin. Le 22 août, Sauckel préconise alors un recrutement forcé. Toutes les mesures de coercition sont reçues en France avec une grande impopularité. Laval va donc instaurer, à la mi-février 1943, un Service du travail obligatoire, d'abord nommé SOT puis modifié en STO, un mois plus tard, le sigle initial étant l'objet de nombreuses moqueries. De fait, les travailleurs français furent les seuls à avoir été réquisitionnés par les lois de leur propre État. C'est une des plus grandes forfaitures du gouvernement de Vichy parce qu'elle reflétait le degré d'abaissement dans lequel les représentants de la collaboration s'étaient enfoncés. Notre pays devait participer à l'effort de guerre d'un régime totalitaire qui déniait les droits les plus élémentaires de la personne humaine, ramenant la civilisation européenne au-dessous de l'âge de la barbarie.

Ceci étant dit, dès janvier 1942, Franz Richard Hemmen, chef de la délégation économique allemande à la Commission d'armistice, affirmait déjà : "Les Français employés dans l'industrie, les chemins de fer, la navigation fluviale et la majeure partie de la marine marchande travaillent presque exclusivement pour le Reich." (in : document de Nuremberg -PS). "La France est étranglée économiquement et épuisée financièrement par la saignée que lui impose l'Allemagne", note Robert O. Paxton. (in : La France de Vichy, 1972). Et, que les dirigeants de la révolution nationale (sic) agréent sans remords. Comme ils ont accepté de fournir de la main-d'œuvre française suivant une législation indigne. Le drame se tient surtout là : ces jeunes hommes furent doublement pénalisés. Non seulement, ils firent ce que leur âme et leur conscience refusaient ("travailler pour l'ennemi héréditaire") et, dans des conditions ignobles qui n'avaient rien à voir avec les affiches trompeuses que l'occupant fit placarder, mais, la Libération venue, ils portèrent encore le fardeau de Vichy. Le régime Pétain/Laval les fit souffrir au présent et au futur. Sa traîtrise est forcément impardonnable. Loin des imageries d'Épinal , STO, avoir 20 ans sous l'Occupation nous permettra d'y voir plus clair et plus justement. On ne peut effectivement progresser qu'en observant la vérité en face.     

 

misha.