La Bête curieuse (2016) : Céline/Héloïse ou Laura Smet


Distraire mes ami(e)s autour d'une fiction conçue pour le petit écran paraîtra sacrilège. Mais, enfin, pourquoi pas ? Rien à faire cette Bête curieuse m'intrigue. Pour celle qui l'incarne, l'excellente Laura Smet, et pour son sujet. Comment Laurent Perreau, le réalisateur, traitera-t-il ce récit, banal en apparence, et, cependant toujours crucial et si particulier, d'un(e) détenu(e) de droit commun recouvrant sa liberté ?  Une liberté toute conditionnelle pourtant... puisque notre Céline (Laura Smet), dissimulée en Héloïse, traîne un bracelet électronique à la cheville. Oublier son vécu, est-ce donc possible ? Retrouver les siens comme si rien n'était, exercer un emploi relationnel - réceptionniste d'un hôtel de tourisme -,  tenter d'aimer à nouveau - le médecin Idir (Samir Guesmi)... voilà le pari qu'engage, envers et contre tout, une jeune femme ayant purgé une peine criminelle. Entourée d'une distribution artistique prometteuse - Micha Lescot, Marie Bunel, Naidra Ayadi et Oulaya Amamra, couronnée du César du meilleur espoir féminin pour Divines (2016) de Houda Benyamina -, Laura Smet relèvera sûrement le défi. Il existe, par ailleurs, un trait commun aux deux interprètes : Laura fut autrefois récompensée du même prix pour Les Corps impatients (2003) de Xavier Giannoli. Elle y campait, de façon remarqué, Charlotte, une jeune femme atteinte d'un cancer, aux côtés de Nicolas Duvauchelle. Faut-il vous présenter Laura Smet ? Née à Neuilly-sur-Seine un 15 novembre 1983, elle est la fille de Nathalie Baye et de Johnny Halliday. C'est désormais une comédienne accomplie. À ce jour, sa filmographie fait état de 21 rôles, 16 au cinéma et 5 pour la télévision.

Ainsi, récemment encore, Arte programmait La Demoiselle d'honneur (2004) du regretté Claude Chabrol. L'actrice y incarnait déjà une jeune femme en mal d'identité (Senta/Stéphanie). Mais, elle instaurait surtout, grâce à un pouvoir d'envoûtement étrange, une relation passionnelle de laquelle Benoît Magimel, en amant totalement hypnotisé, n'arrivait guère à se défaire. Avec cette maîtrise et cette virtuosité qui fut la sienne, Chabrol concourait, en disciple d'Alfred Hitchcock, à hisser la comédienne sur des cimes. L'Heure Zéro (2007), inspiré d'un récit d'Agatha Christie (Towards Zero), aurait pu être l'œuvre de ce réalisateur : le film dû à Pascal Thomas en contenait de solides éléments. Située dans une luxueuse demeure des Côtes-du-Nord, l'histoire déroule son mystère au cœur d'une famille bourgeoise. Là, de sombres combines conduisent au meurtre de la "poule aux œufs d'or", la vieille tante Camilla Tressilian, interprétée par l'ineffable Danielle Darrieux. Le réalisateur essaie, non sans succès, de soutenir  l'ironie narquoise de la romancière britannique au fil d'un suspense parsemé de fausses pistes. Laura Smet faisait, quant à elle, désordre dans le tableau : hystérique et volontairement vulgaire, elle s'attirait l'antipathie des autres dames et la gêne des messieurs. Cela ne perturbait, en aucune manière, la cohérence du récit et la valeur de sa prestation au sein d'une distribution étincelante (Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, François Morel, Jacques Sereys). Quelques mois auparavant, Laura, jouait un rôle plus intériorisé, celui d'une institutrice dans une localité reculée du Cotentin que décrivait, avec beaucoup de reconnaissance, Florence Moncorgé-Gabin, la fille du célèbre acteur. Dans Le Passager de l'été (2006), face à une mère au caractère trempé (Catherine Frot), veuve de guerre dirigeant avec autorité une ferme normande, Jeanne (Laura Smet) parvenait à imposer sa personnalité. La rivalité devenait forcément amoureuse lorsqu'apparaissait le beau Joseph (Grégori Derangère), un saisonnier analphabète pour lequel Jeanne devait forcément exercer ses compétences.  Un film foncièrement émouvant et qui, de surcroît, apprend beaucoup sur le protagoniste du Quai des brumes, sur la situation de la France d'après-guerre et sur la ruralité. "J'avais également envie d'aborder le désir des femmes de différentes générations, attirées par un même homme", déclara alors la réalisatrice. 

Il nous faudra cependant oublier les rôles - secondaires pour les derniers - qu'assume Laura Smet dans les réalisations de Philippe Garrel (La Frontière de l'aube, 2007) ou de Mia Hansen-Løve (Eden, 2014) et de Frédéric Schoendoerffer (96 heures, 2014). Celle-ci demeure toutefois fascinante dans Premiers crus (2015, Jérôme Le Maire), mais on la voit parcimonieusement et le film, très conventionnel, illustre assez mal la cause qu'il prétend défendre. On retiendra, en revanche, le biopic consacré à Yves  Saint-Laurent, réalisé par Jalil Lespert et sorti en 2014. Dans une œuvre sagement classique, mais au décor et à la mise en scène soignés, l'actrice compose une juste image de Loulou de la Falaise, une des muses privilégiées du grand couturier. Pour l'heure, nous espérons beaucoup des sorties annoncées : Les Gardiennes de Xavier Beauvois, dans lequel joue aussi Nathalie Baye, et Carbone d'Olivier Marchal qui la confrontera, de nouveau, à Benoît Magimel et... à l'ogre Gérard Depardieu ! 

En attendant, place à la fiction du vendredi soir sur Arte, avec Laura Smet et Samir Guesmi.

Le 31/03/2017.

 

S.M.

 

La Bête curieuse. France, 2016. 91 minutes. Réalisation : Laurent Perreau. Scénario : L. Perreau, Marcia Romano et Gaëlle Macé. Photographie : Céline Bozon. Montage : Muriel Breton. Décors : Julia Lemaire. Musique : Yaron Herman, Bastien Burger. Production : Ex Nihilo, ARTE F. Interprétation : Laura Smet (Céline/Héloïse), Samir Guesmi (Idir), Laurent Poitrenaux (Vitrac), Marie Bunel (Agnès), Naidra Ayadi (Nadia), Micha Lescot (Bruno).