Giuseppe De Santis o l'orgogliosa speranza


Mais les hommes, les grands, les adultes, ne cessaient de se tromper et de se tourmenter les uns et les autres. Ce qu'ils considéraient comme important, ce n'était ni cette matinée de printemps, ni cette beauté de l'univers que Dieu accorde à tous les êtres pour leur bonheur - beauté qui invitait à la paix, à l'union, à l'amour : non ce qui était important et sacré, c'était ce qu'ils avaient eux-mêmes imaginé pour dominer leur prochain."  (L. Tolstoï, Résurrection, 1899).

 

Identifier, en quelques paragraphes, les traits fondamentaux d'une personnalité et d'une œuvre - celle d'un homme et celle d'un créateur -; en dresser, en seconde instance, de justes correspondances sont toujours un essai périlleux. S'agissant du réalisateur italien Giuseppe ("Beppe") De Santis, les choses se compliquent dans la mesure où celui-ci, contraint au silence - son dernier long métrage, Un apprezzato professionnista di sicuro avvenire (1972), fit l'objet d'une censure -, n'avait jamais abandonné son métier, ni renoncé à ses aspirations. Pour toutes ces raisons, il demeura, malgré ce qu'il faut bien appeler une mise en quarantaine, un point de mire et une référence. Sa disparition, en 1997, ne laissera personne de marbre. Deux ans auparavant, le jeune cinéaste Bruno Bigoni n'invitait-il pas l'auteur de Riso amaro à réaliser, à ses côtés, le documentaire Oggi è un altro giorno (Aujourd'hui est un autre jour), forme d'hommage analeptique à un artiste que la gangrène morale n'était jamais parvenue à détruire ?  Aujourd'hui encore, il n'est pas simple de comprendre les complications et les incompréhensions spécifiques auxquelles la carrière de "Beppe" fut exposée. Les saisir dans leurs paradoxes et leurs injustices oblige forcément à réévaluer le travail du cinéaste. Ensuite, à se défaire, s'il y a lieu, des préjugés et approximations qui lui sont maladroitement accolés. Or, de quoi dispose-t-on, en France notamment, pour jauger l'œuvre de De Santis ? Riso amaro (1949), triomphal succès au box office transalpin (4 850 000 entrées) ayant, de fait, traversé le temps et les frontières, est l'unique film couramment disponible. Que dire, à présent, de celui qui fut l'un des initiateurs du courant néoréaliste ? Et qui, en cette année 2017, aurait eu 100 ans !   

On se bornera à établir d'utiles instruments de réflexion. Elles instruiront un projet plus exaltant : partir à la trace d'une destinée et d'une aventure. Au-delà, découvrir un univers complexe et fouillé, un récit singulier qui ne suivant aucun schéma prédéterminé et, par l'effet d'une harmonie subtile, donnera d'un pays l'image d'une vivante authenticité historique.  Car, il y a bien un cas De Santis, non en tant qu'individu ou créateur marginal - le militant qu'il fut s'y opposait de toutes ses forces -, mais surtout comme révélation d'une Italie polymorphe. Au feu, par conséquent, les notices du portraitiste qui traite le paysage sans scruter l'âme de laquelle s'élèvent contour, couleur et tempérament !   

Tournage d' Uomini e lupi (1956, avec Yves Montand).

Caccia tragica (1947)

Riso amaro (1949, S. Mangano)

Non c'e pace tra gli ulivi (1950, R. Vallone, L. Bose)

Roma ore 11 (1951)

Uomini e lupi (1956, S. Mangano, Y. Montand)

Filmographie

G. De Santis - Paris, mai 1950


Giuseppe De Santis

[Fondi (Latium), 11/02/1917 | ┼ 16/05/1997]

 

 Longs métrages :

1947 : Caccia tragica

1948 : Riso amaro

1950 : Non c'e pace tra gli ulivi/Pâques sanglantes

1952 : Roma ore undici/Onze heures sonnaient

1953 : Un marito per Anna Zacheo/La Fille sans homme

1954 : Giorni d'amore

1956 : Uomini e lupi

1958 : La strada lungo un anno

1960 : La garçonnière

1964 : Italiani brava gente/Marcher ou mourir

1972 : Un apprezzato professionista di sicuro avvenire

 

Documentaires :

1945 : Giorni di gloria (avec M. Pagliero, M. Serandrei et L. Visconti)

1995 : Oggi è un altro giorno (mm), coréalisé avec B. Bigoni.