Actrices à Hollywood

 

  Gene Eliza Tierney (19/11/1920, Brooklyn-†1991)

 

 

 Vive, prévenante et distinguée, Gene Tierney semblait pourtant naviguer entre deux mondes.  Son aura de mystère hypnotisait. Quels songes pouvaient habiter cet être d’apparence si douce, ange qu’aucune vulgarité ne paraissait devoir altérer ? « Hollywood mit plusieurs années à tirer parti de cette actrice originale, se contentant de miser sur sa splendeur alors que son véritable atout résidait dans son étrangeté », écrit Antoine Sire.  Otto Preminger changea la donne avec « Laura » (1944). Désormais, la femme prenait à l’intérieur d’un genre – le film noir - une dimension métaphorique insoupçonnée. Gene Tierney effaçait l’image de la femme fatale destinée à entrer et disparaître du récit, au gré d’une man’s matter. Son absence devenait ici centrale, voire obsédante. Dès lors, l’actrice interprétera des rôles qu’aucun cinéphile ne peut évacuer de sa mémoire : la riche héritière, excessive et jalouse, de « Péché mortel » (1945) de l’excellent John M. Stahl ; la veuve poétiquement décalée, amoureuse d’un fantôme, dans « L’Aventure de Madame Muir » (1947) de Jo Mankiewicz ou la kleptomane, épouse d’un psychanalyste, dans « Le Mystérieux docteur Korvo » (1949) d’Otto Preminger… Hélas, drames familiaux et sentimentaux interrompirent la carrière prometteuse de Madame Tierney, la conduisant aux confins de l’indéchiffrable démence. On en détecte fêlures et égarements dans ses films les plus troublants.

 

Anecdote :

Darryl F. Zanuck aurait déclaré que Gene Tierney fut assurément, en son temps, la plus belle actrice d’Hollywood. Dans ses mémoires, l’interprète de « Laura » raconte que le producteur la découvrit, un soir de 1940, dans une pièce jouée à Broadway. Subjugué, il demanda à un de ses assistants de la recruter. Après quoi, il se rendit au Stork Club et là encore, une danseuse retint fortement son attention. Il dit alors à son assistant : « Laisse tomber celle de Broadway, on prend celle-là ! » Or la jeune femme qu’il voyait maintenant n’était autre que la femme qu’il venait de voir au théâtre ! Qu’il ne la reconnut pas d’emblée indique, à quel point, l’actrice pouvait endosser plusieurs figures.

 

  

 

 


 

Photos/films :

1.     « The Ghost and Mrs Muir » (1947, J. Mankiewicz) – avec R. Harrison

2.     « Laura » (1944, O. Preminger) – avec D. Andrews

3.     « Leave Her to Heaven/Péché mortel » (1945, J. M. Stahl)

4.     « Whirlpool/Le Mystérieux Dr Korvo » (1948, O. Preminger)

5.     « Shangaï Gesture » (1941, J. Von Sternberg)

6.     « The Razor’s Edge/Le Fil du rasoir » (1946, E. Goulding), avec T. Power

7.     « Where the Sidewalk Ends/Mark Dixon, détective » (1950, O. Preminger), avec D. Andrews

8.     « Night and the City/Les Forbans de la nuit » (1950, J. Dassin)

9.     « Dragonwyck/Le Château du dragon » (1946, J. Mankiewicz), avec V. Price

10.  « Heaven Can Wait/Le ciel peut attendre » (1943, E. Lubitsch)

11.  « Way of a Gaucho » (1952, J. Tourneur)

 


 

The Ghost and Mrs Muir (1947, J. Mankiewicz)

Way of a Gaucho (1952, J. Tourneur)