XIe Rencontres du cinéma italien 2017 (Grenoble)


Rendez-vous traditionnel des amateurs du cinéma transalpin, les Rencontres de Grenoble (18 au 26 novembre), organisées par l'association Dolce Cinema, sont placées cette année sous le signe des femmes. L'affiche représentant la silhouette de l'immense Anna Magnani en est un symbole fort. 

Se permettete parliamo di donne - parlons femmes -, c'était le titre de la prima opera d'Ettore Scola, décédé en 2016, et cela pourrait être celui de cet événement. Auquel, en contrechamp, ou, comme en écho, répondrait ironiquement celui du film de Lina Wertmüller, Questa volta parliamo di uomini, réalisé un an plus tard, plus exactement en 1965. Car, bien entendu, les hommes n'y seront guère absents. Comme ils n'ont jamais été une abstraction dans la vie et les réflexions d'Anna Magnani, dont une des phrases constitue l'épigraphe des 11e Rencontres :

"Je ne sais pas si je suis une actrice, une grande actrice. Je ne sais pas si je suis capable de jouer. J'ai à l'intérieur de moi plusieurs figures, plusieurs personnages, deux mille femmes. J'ai seulement besoin de les rencontrer. Elles doivent être vraies, voilà tout."

Ici, au sein d'une manifestation diverse, riche et contrastée, les femmes le seront manifestement, qu'elles soient réalisatrices, scénaristes ou productrices ; qu'elles soient plus simplement travailleuses, militantes ou mères de famille. Ces Rencontres, ce seront, bien sûr, des films - courts métrages, fictions et documentaires -,  en avant-première essentiellement, réalisés par des débutants et des chevronnés, tels Gianni Amelio, Daniele Vicari ou Paolo Virzì ; puis, également des expositions, de la musique, des débats et beaucoup de convivialité. Enfin, d'Anna Magnani, nous verrons son troisième grand film néo-réaliste - après l'historique Roma città aperta/Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini et Il bandito d'Alberto Lattuada -, L'onorevole Angelina/L'Honorable Angelina (1947)¹, réalisé par l'un des meilleurs artisans de l'après-guerre, Luigi Zampa (1905-1991), cinéaste que la Cinémathèque française nous a permis de redécouvrir l'an passé. (Séance : j 30/11 à 20 h, cinéma Juliet-Berto). Nannarella retrouve, quant à elle, à travers le rôle d'une banlieusarde romaine du pauvre faubourg de Pietralata, une incarnation à sa mesure : "femme du peuple forte en gueule et courageuse, prête à tout pour défendre le sort de son quartier contre les hommes politiques véreux et les spéculateurs." (G. Caillet). Zampa participera d'ailleurs, en 1953, au film collectif  Siamo donne/Nous, les femmes, auquel la Magnani sera certes associée, mais dans le segment réalisé par Luchino Visconti. 

Côté jeunes réalisateurs, cinq films d'entre eux seront en compétition - les récompenses seront octroyées le dimanche 26/11 à 20 h : Lunàdigas, ovvero delle donne senza figli (Lunàdigas, c'est-à-dire des femmes sans enfants - 2016, 69 mn), documentaire de Nicoletta Nesler et Marilisa Piga ; Orecchie (Oreilles - 2016, 90 mn), comédie, en noir et blanc, d'Alessandro Aronadio, avec Daniele Parisi, déjà honoré au Festival de Monte-Carlo ;  Il padre d'Italia (2017, 93 mn) de Fabio Mollo, avec Luca Marinelli et Isabella Ragonese ; Easy - Un viaggio facile, facile (2017, 91 mn) d'Andrea Magnani, avec Nicola Nocella et See You in Texas (2015, 74 mn), documentaire de Vito Palmieri.

En second lieu, seront programmés des film nouveaux - avant-premières ou inédits -, quatre d'entre eux ayant été présentés dans les différents compartiments du Festival de Cannes : Fortunata (2017, 103 mn) de Sergio Castellito, avec Jasmine Trinca, prix d'interprétation dans la section "Un Certain Regard", et Stefano Accorsi, ainsi que Cuori puri (2017, 115 mn) de Roberto De Paolis sont deux mélodrames des périphéries populaires  ; Sicilian Ghost Story (2017, 122 mn) de Fabio Ingrassia et Antonio Piazza et L'intrusa (2017, 95 mn) de Leonardo Di Costanzo, ces deux dernières réalisations, situées respectivement à Palerme et à Naples, cités hantées par les mafias, et prolongeant, en quelque sorte, les premières œuvres de ces auteurs (Salvo, 2013 - L'intervallo, 2012). Liberami (2016, 90 mn) de Federica Di Giacomo est un documentaire fascinant sur la résurgence des pratiques exorcistes, tandis que Indivisibili (2016, 104 mn) de Edoardo de Angelis, interprété par les sœurs Fontana, fusionne rudesse et tendresse, lyrisme et réalisme et réintroduit les thèmes éternels de la gémellité et de la marginalité. 

On accueillera également, avec intérêt, les derniers-nés des cinéastes plus expérimentés. La tenerezza (La tendresse, 2017, 103 mn) de Gianni Amelio, avec Elio Germano et Giovanna Mezzogiorno, photographié par Luca Bigazzi, a pour cadre la ville de Naples (séances : j 23/11 et s 25/11, 18 h, cinéma Le Club). Gianni Amelio, natif de Calabre en 1945, demeure relativement méconnu en France, alors qu'il est l'un des meilleurs réalisateurs italiens. Colpire al cuore (1982), son premier film, est inédit en France, malgré la présence au générique de Jean-Louis Trintignant et Laura Morante, tandis que le magistral Porte aperte (1990), avec l'excellent Gian-Maria Volontè, dont le récit d'un procès est localisé à Palerme et sous le fascisme, n'a toujours pas la place qu'il mérite. Il faudrait, par ailleurs, redistribuer Lamerica (1994) et Così ridevano/Mon frère (1998), tous deux avec Enrico Lo Verso, et dont les thèmes majeurs sont actuels puisqu'ils traitent de l'immigration. Ce grand metteur en scène, auteur de dix-sept films, dont six pour le petit écran - parmi eux, le splendide La città del sole (1993) -, mériterait une rétrospective à lui tout seul. Une telle requête concernant Daniele Vicari serait, sans doute, plus difficile à faire accepter. Ce réalisateur a pourtant une belle filmographie derrière lui. En France, seul Diaz : un crime d'État (2012), éclairage fictionnel issu d'un événement politique réel, a été distribué normalement en salles. Sole, Cuore, Amore (2016, 113 mn), avec Isabella Ragonese et Eva Grieco, est une passionnante histoire d'entraide féminine. Là, encore, Daniele Vicari est fidèle à lui-même : cet excellent documentariste - ses films Uomini e lupi (1998) et Il mio paese (2006) devraient être (re)diffusés dans l'hexagone - s'inspire de faits authentiques. Âgé de 50 ans, Vicari en est, à présent, à sa cinquième fiction. Qui connaît cependant, dans notre pays, Velocità massima (2002), primé à Venise, L'orizzonte degli eventi (2005) ou encore Il passato è una straniera (2008), coréalisé et joué par Elio Germano ?  Paolo Virzì, désormais célèbre grâce à des œuvres comme Ferie d'agosto (1995), Ovosodo (1997), La prima cosa bella (2010) et Il capitale umano/Les Opportunistes (2014),  s'est, de son côté, déplacé aux États-Unis - de Boston à Key West - pour tourner un road movie, The Leisure Seeker (2017, 117 mn), avec deux stars consacrés, Helen Mirren et Donald Sutherland. Nous n'avons pas tout dévoilé cependant : consultez le programme et félicitons l'association Dolce Cinema  pour son engagement en faveur du cinéma italien.

S.M.

 


1. Comme il nous arrive de citer de nombreux films, ceux figurant en gras sont ceux projetés ici.

 

* Programme Aime bienDolce 2017

 

Anna MAGNANI : L'onorevole Angelina (1947, L. Zampa)

Fortunata (2017, S. Castellito - J. Trinca)

Cuori puri (2017, R. De Paolis) -

Orecchie (2016, A. Aronadio - D. Parisi)

L'intrusa (2017, L. Di Costanzo - R. Giordano)

Indivisibili (2016, E. de Angelis - Sorelle Fontana)

Sole, Cuore, Amore (2016, D. Vicari - I. Ragonese)