Jean Rochefort (1930-2017) : Un cavaleur au paradis


Jean Rochefort est au paradis. Le 9 octobre, hélas, je naviguais en flots amers, comment aurais-je pu le pleurer ? On aurait placé la terre, aussi ronde et aussi belle qu'elle puisse être, dans mes mains... et je l'aurais méprisée et maudite de toute mon âme ! Alors, un comédien, un artiste, un clown ou un saltimbanque, il eût mieux valu ne pas y penser ! Fût-il un prodige, un éclair, un génie, le meilleur d'entre tous. Comme Jean Rochefort en l'occurrence. Tout de même, faut-il vous le concéder : je l'appréciais é-nor-mé-ment ! FORT je veux dire ! Du reste, ses glorieuses sont passées désormais à la postérité... Ainsi, demeure-t-on, en toute modestie, dans l'excellence sans rouler a priori les mécaniques. Tout le monde le sait : les moustachus se la frise et cela n'a jamais rien d'arrogant. Bacchantes et élégance ne font qu'un !

Jean Rochefort n'était pas un casse-pied, il s'esquivait au bon moment. Rien d'un éléphant, non plus. Il jouait et ne jouait plus quand il le fallait. Au point qu'on se perdait parfois : quand commence Rochefort Jean et quand finit Jean Rochefort ? Voilà le secret du charisme. C'était naturel, comment lui en faire reproche ? Son talent ne trompait personne : la grâce l'avait enveloppé d'une aile protectrice. Discret et distingué, jovial et suffisamment grave pour que l'on puisse - même dans la drôlerie - le prendre au sérieux, l'acteur demeurait à distance respectable. Afin que l'on ne vienne pas empiéter dans son domaine. Mais, en revanche, il s'affichait accueillant et volontiers affable. Sa passion des chevaux ne l'avait pas transformé en ennemi des humains, un de ces exécrables rabat-joie et grincheux qui ne voient la vie que sous les couleurs de l'encre fielleuse et ingrate. Il déclarait, néanmoins, qu'il pouvait être homme détestable. Dit par lui, et non par sa concierge, c'est encore savoureux ! On est tout prêt à l'engager pour un prochain film... en cavalier, en écuyer, en boucanier, en arquebusier, en marquis, en Don Quichotte, en officier, en haut fonctionnaire, en abbé, en chirurgien, en sculpteur, en tueur ou en détective, qu'importe, dût-il tromper son entourage ou... son épouse légale ! Ma foi, on peut rêver. Car, désormais, Paris et sa circulation, sont à ses pieds... pour de vrai !

Moi, je suis peinard : je ne crois nullement aux fantômes. Je ne crois qu'en la liberté chérie. En Jean Rochefort, et,  mon flair est infaillible, j'ai humé l'odeur de la liberté chérie. Salut l'artiste !

Le 5/12/2017.

S.M.   

Cartouche (1961) - avec C. Cardinale

Les Tribulations d'un Chinois... (1965), avec Belmondo

Le Diable par la queue (1969) - avec M. Renaud

Le Complot (1973) - avec M. Bouquet

L'Horloger de Saint-Paul (1973) - avec Ph. Noiret

Salut l'artiste (1973), avec M. Mastroianni

Le Fantôme de la liberté (1974), avec A. Celi

Que la fête commence (1975), avec Ph. Noiret

Les vécés étaient fermés... (1976), avec Coluche

Un éléphant ça trompe énormément (1976)

Le Crabe-tambour (1977), avec C. Rich

Courage, fuyons (1979), avec C. Deneuve

Le Cavaleur (1979), avec N. Garcia

Un étrange voyage (1981)

Tandem (1987), avec G. Jugnot

Cible émouvante (1993), avec Guillaume Depardieu