10. janv., 2018

Downsizing (2017, A. Payne) : Lilliput ou le Déluge ?

Le réalisateur américain Alexander Payne aura 56 ans dans un mois. Son dernier-né, Downsizingsort aujourd'hui sur les écrans français. Alexander fait partie d'un cercle restreint, celle des auteurs parcimonieux - 7 fictions en à peine plus de 20 ans de carrière. Tout comme Jeff Nichols, Spike Jonze, James Gray ou Kenneth Lonergan, le réalisateur de Nebraska (2013) n'entre jamais dans le moule préfabriqué des produits hollywoodiens. Comme ces derniers, cependant, il ne craint pas d'utiliser les ressources et les technologies d'un système qu'il observe d'un œil critique. Avec Downsizing c'est naturellement plus frappant. Payne s'écarte de ses chemins de traverse. Voilà donc le chroniqueur de l'existence humaine ou des existences quotidiennes particulières (Sideways, 2004 - The Descendants, 2011), sur un terrain qu'il n'avait pas expérimenté : l'anticipation virtuelle à caractère philosophique. En informatique, le downsizing consiste à remplacer une unité puissante par un réseau de micro-unités toutes aussi efficaces et plus économes. Après un prélude dûment explicatif - un groupe de chercheurs a mis au point un processus de miniaturisation des êtres vivants -, nos héros (le couple Safranek/M. Damon et K. Wiig) vont donc tenter l'aventure, celle qu'échafauda, en d'autres temps, l'illustre Jonathan Swift (1667-1745) dans Les Voyages de Gulliver : la terre entière désormais comme l'île de Lilliput. Ainsi, pourra-t-on - il le faut c'est vital ! - sauver l'humanité ! Le mérite grandiose d'Alexander Payne c'est de conserver le contrôle idéologique des opérations : les atouts de la technologie ne l'envahissent pas et ne le font déchoir ailleurs que dans le récit édifiant. Il ne suffit pas de perdre quelques pouces de nous-mêmes au profit de notre environnement, pour s'imaginer être affranchis : le plus dur reste à accomplir. Et le plus dur n'est justement, comme il fallait s'y attendre, pas accompli. De ce point de vue, Alexander Payne est du côté de Swift et Voltaire, celui du pessimisme volontiers ironique. Le public outre-Atlantique l'a néanmoins boudé. "La vie des films, et leur réception, sont si mystérieuses. Mon premier long-métrage Citizen Ruth (1996) traitait du sujet de l'avortement d'une manière que j'ai la faiblesse de croire assez audacieuse pour l'époque", confie le réalisateur. "Le film, mal sorti par Miramax, est passé complètement inaperçu." (entretien avec J. Mandelbaum, Le Monde, 10/01/2018). Lisez également le commentaire de Thomas Sotinel (journal du même jour).

 S.M. 


Downsizing. États-Unis, 2017. 135 minutes. Couleur. Réalisation : Alexander Payne. Scénario : A. Payne, J. Taylor. Photographie : Phedon Papamichael. Montage : K. Tent. Musique : Rolfe Kent. Production : Ad Hominem Enterprises, Annapurna Pictures. Interprètes : Matt Damon (Paul Safranek), Christoph Waltz (Dusan Mirkovic), Kristen Wiig (Audrey Safranek), Hong Chau (Ngoc Lan Tran), Jason Sudeikis (Dave Johnson).