Higuchi Ichiyô (1872-1896) : Feuille de Lune


 De la lune, de la neige et des fleurs, Higuchi Ichiyô n'ignore rien quand, en 1890, à l'âge de dix-huit ans, elle décide de devenir romancière. Elle s'est imprégnée de ces motifs emblématiques du raffinement de la littérature classique japonaise en suivant assidûment, à partir de ses quatorze ans, les classes d'une école de poésie de Tokyo, en lisant les grandes œuvres des époques passées, et en composant elle-même des waka*. Dans le silence de sa chambre, elle entreprend de rédiger un journal intime qui est tenu aujourd'hui pour un modèle du genre. Mais c'est assurément sous le signe de la lune, symbole de la mélancolie dans la tradition nippone, qu'elle place par la suite son œuvre romanesque. Cette compagne discrète, hors d'attente, immobile et silencieuse, qui éclaire les injustices du monde, assiste sans jamais juger au combat auquel se livre, avec une énergie désespérée, en dessous d'elle, toute l'humanité. 

Et c'est, en réalité, dans cette même position, dans ce même regard distant mais compatissant, que le talent d'Ichiyô parvient à placer le lecteur.  L'œuvre est certes profondément pessimiste, témoignant dans chaque récit que la vie est éphémère, instable dans les situations comme dans les sentiments et vains les efforts des personnages pour échapper à leurs destins implacables. Cependant, comme une belle mélodie pathétique, la force du texte, elle, remonte à contre-courant de la tristesse. La brève existence de la romancière est marquée au sceau du labeur. Tout Japonais sait qu'elle fut la première femme-écrivain de renom du Japon moderne, qu'elle vécut pauvrement et disparut tragiquement emportée par la tuberculose au sommet de la gloire et de la fleur de ses vingt-quatre ans. Canonisée dès les années 1920, comme l'un des classiques de l'ère Meiji (1868-1912), la romancière figure de nos jours sur les billets de banque de 5 000 yen au Japon. 

Les récits de Higuchi Ichiyô font la part belle aux femmes, dans leur malheur invariable. Dans une moindre mesure, la romancière touche également à la difficulté d'être un enfant ou un homme au destin tout tracé dans les milieux défavorisés. Malheureuses, les femmes le sont dans chaque histoire, décrites comme les premières victimes des mœurs, de la piété filiale notamment, de la pauvreté, d'un mauvais mari, ou encore de la prostitution. Sôma Gyofû (1883-1950)** marqua, quant à lui, durablement la perception de la romancière en répétant sans cesse qu'elle avait été "la dernière femme du Japon ancien, la première à faire entendre la voix de la souffrance et du désespoir des femmes du Japon ancien, opprimée depuis longs siècles, mais qu'elle avait décidément été la dernière femme du Japon ancien." 

Claire Dodanne.

 


 Genre de poésie classique locale appelée aussi yamato uta. Elle désigne plusieurs formes : les plus connus sont le tanka (poème court, 31 mores sur 5 lignes) et le choka (poème long). 

** Poète tanka et critique littéraire japonais.

 


 

Ichiyô HIGUCHI, née Higuchi Natsu, le 2 mai 1872 et décédée (à l'âge de 24 ans) le 23 novembre 1896. Son nom d'écrivain, Ichiyô, signifie simple feuille, suggérant, sans doute, la modestie de sa condition. 

* Oeuvres :

- Roman : Takekurabe (Qui est le plus grand ?). 1895. Traduction et préface française de André Geymond, Éditions Philippe Picquier, Mas de Vert/Arles, 1993.

- Nouvelles : La Treizième Nuit et autres nouvelles (Jour de neige - Le Son du Koto - Fleur de cerisier dans la nuit - Eaux troubles). 1892-94. Trad. et présentation : Claire Dodanne, Les Belles Lettres, Paris, 2008.


 Le cinéma japonais s'est inspiré de deux œuvres d'Ichiyô. Tadashi Imai adaptait, à sa façon, Nigorie/Eaux troubles en 1953. Deux ans plus tard, le grand Heinosuke Gosho - méconnu en France - transcrivait Takekurabe devenu Croissance en France.

La Treizième Nuit, édition espagnole.

Ichiyô Higuchi : Le Son du Koto (extrait)


 "Dans le ciel, le soleil et la lune ne font pas la différence : ils brillent pareillement pour tous sur cette terre. Au printemps, l'éclosion tranquille des fleurs est elle aussi impartiale. Était-ce donc seulement sur la cime de cet arbre que la tempête faisait rage ? Un innocent enfant assistait depuis quatorze ans à la dispersion des membres de sa famille, tombés un à un comme les feuilles mortes dans l'automne. Battu par la pluie et les vents, lui seul était encore accroché à la branche, flottant sans soutien dans un monde incertain. 

Sa mère l'avait abandonné lorsqu'il avait quatre ans. Ce n'est pas elle qui avait décidé de fuir seule la maison, mais ses parents qui l'y avaient incitée, convaincus que la ruine de leur beau-fils avait atteint un point de non-retour. Ils ne pouvaient se résoudre à laisser vivre leur fille en larmes aux côtés d'un homme qui n'arrivait jamais à rien. Ils se doutaient de la peine qu'aurait cette dernière à se séparer de son enfant, mais ils pensaient que cette séparation devait avoir lieu avant la naissance d'autres enfants. Ils réussirent ainsi à convaincre leur fille, aux jeunes et naïves oreilles de laquelle ces arguments semblaient raisonnables. Elle n'eut pas de mal à quitter son mari. Abandonner l'enfant qu'elle aimait fut en revanche un vrai crève-cœur. Après son départ, elle eut dans sa peine l'impression de cracher du sang. Son sens du devoir l'incita cependant à se plier à la volonté de ses parents. Elle était trop faible pour y résister. Aussi, et parce que la fortune de son mari fondait comme glace au soleil, elle laissa tout derrière elle : sa maison, son mari, et son enfant. 

Par la suite, son mari vint de temps en temps chez les parents de la jeune femme. Il venait tantôt seul, tantôt l'enfant dans ses bras, tantôt encore il laissait l'enfant à sa mère. "Peu importe ce que je vais devenir", disait-il, "la seule chose qui compte est que notre enfant ait ses chances dans la vie. Est-ce que tu ne veux pas revenir à la maison ?" Il ne lui demandait pas de revenir pour toujours, seulement quatre ou cinq ans, le temps que l'enfant ait atteint l'âge de raison. Il la supplia, l'amadoua, se lamenta. Quelle mère aurait pu ne pas se soucier de son enfant ? Elle ressentait aussi un chagrin immense, mais l'espoir de son mari de la voir revenir et s'excuser la laissait perplexe. Il traversa une période de vaine et longue attente : si elle ne venait pas aujourd'hui, alors sans doute viendrait-elle demain...

Finalement, quand il se rendit chez elle pour l'implorer une dernière fois, il ne put la voir. Elle avait disparu. Était-elle devenue nourrice dans quelque maison ? S'était-elle mariée à un autre homme ? Combien étaient creuses les promesses de fidélité éternelle faites au moment du mariage ?

Près d'une demi-année passa. Le père de l'enfant n'était plus l'homme qu'il avait été. Certains faisaient l'éloge de sa femme, voyant dans son départ une preuve d'intelligence, tandis que quelques rares personnes éprouvaient de la compassion pour les deux hommes abandonnés. Sans doute était-ce inéluctable... Boire devint la seule activité capable de dissiper les nuages amoncelés dans le cœur du mari. Il retrouvait ainsi un peu de lumière, l'espace d'un moment. Mais plus il buvait, plus son tempérament s'assombrissait, et plus il devenait désagréable pour autrui. L'année touchait à sa fin. Le père et le fils ne possédaient pas même une couverture dans laquelle enrouler leurs corps, moins encore un toit sous lequel se protéger de la pluie. Cependant, l'enfant avait encore un père. Il levait ses yeux vers lui comme l'ombre réconfortante d'un grand arbre. La literie était certes peu épaisse dans les endroits où ils passaient la nuit, mais l'amour les maintenait au chaud. Le jeune garçon n'avait pas encore atteint sa dixième année ce jour où son père se rendit à une invitation chez un ami fortuné. Les tonneaux d'alcool déjà ouverts attendaient là les convives. L'homme décida que cette boisson du ciel serait le guide qui mènerait son cœur au paradis. L'estomac vide, il but de tout son soûl. Sur le chemin du retour, il s'évanouit sous un arbre et mourut là misérablement. 

Il n'y eut personne ensuite pour recueillir l'enfant, prendre soin de lui et l'accompagner jusqu'à l'âge adulte. Lui-même n'avait d'ailleurs plus l'espoir de devenir un homme. Au début, il envia beaucoup ceux qui avaient encore leurs parents sur terre. Il savait que sa mère était en vie quelque part, mais il ignorait où, et ce qu'elle faisait. Cependant, lorsqu'il repensait à la mort tragique de son père, et qu'il se disait qu'il était le dernier membre de la famille Watanabe, il haïssait sa mère pour un acte qu'il comparait à celui d'un démon. Longtemps, il n'avait pu retenir ses larmes chaque fois qu'on lui avait demandé où était sa mère et s'il avait un père. Mais, à présent, il avait compris que la compassion n'existait pas en ce monde, ni non plus la sincérité. Ceux qui montraient un semblant de pitié pour lui le dégoûtaient : leur sollicitude lui semblait une odieuse moquerie. La vie était dure ? Eh, bien qu'elle le soit !

Dans l'acceptation totale de cette fatalité, son cœur s'était dénaturé. Les dieux comme les bouddhas étaient ses ennemis. Il ne pouvait s'en prendre à personne, seulement à continuer de suivre un chemin hors norme en concevant des pensées hors norme. Derrière sa tignasse ébouriffée, son regard en vrille transperçait tout ce qu'il regardait. La crasse qui recouvrait son visage dissimulait ce qu'il pouvait avoir de beau. Tout le monde se méfiait de lui. On le montrait du doigt en soupçonnant le sale gosse des pires félonies. Même la police lui lançait des regards noirs. Les jours de fête, quand la foule était rassemblée, il était perpétuellement suspecté. On lui criait qu'il était un voyou, un voleur.

En fait, dès son arrivée, le regard des autres s'obscurcissait. Sans doute, parlait-on de lui dans toute la région, en rappelant des faits imaginaires. Son nom signifiait, à présent, voleur. Sous peu, il serait même appelé "le bandit de l'ère Meiji", ou qualifié de tout autre nom suffisamment effrayant pour faire sursauter quiconque, y compris lui-même. Il ne pouvait plus supporter l'amertume de son cœur. Il espéra même la mort. Plusieurs fois, il contempla la rivière, s'imaginant sauter dans l'eau, mais mourir n'est pas chose aisée. 

Réduit à sa solitude, le garçon avait de plus en plus de peine à se nourrir. Il trouvait parfois à être employé ici dans la journée, tandis que la nuit il dormait là. Il dérivait, de jour en jour et de lieu en lieu, dans un cauchemar quotidiennement répété. Il avait, au fil du temps, grandi en taille, mais la croissance s'était faite aussi dans l'altération de son cœur."

 

Dans la seconde partie du récit, l'enfant découvre la maison dans laquelle vit une jeune femme, Morie Shizu. Celle-ci joue du koto.*

"Dans la minceur et la fragilité de ses dix-neuf ans, elle avait la grâce d'une branche de saule au vent. [...] Rien n'échappait au rayonnement de la Lune. Elle enveloppait tout. Sous elle, le pur étincelait dans sa pureté, tandis que le souillé demeurait dans le trouble. Scintillante comme un joyau, et désintéressée, elle suivait les choses du monde dans toutes les directions. Pour l'heure, elle accompagnait le son du koto qui s'élevait et promenait dans les alentours tant de beauté, de charme, de limpidité et de noblesse que l'on eût dit la musique des cieux. Et cette nuit-là, la femme allait avec son koto aider un homme à renaître."

Ichiyô HIGUCHI. [Le Son du koto (1893), in : La Treizième Nuit et autres nouvelles, trad. française, C. Dodane].

 


 * Le Koto est une cithare à 13 cordes, dont on joue soit avec les doigts, soit avec des plectres. De nombreux poèmes japonais classiques associent le son de cet instrument aux motifs de la Lune et du Vent dans les pins. La cithare donne son titre à la nouvelle et renvoie par ailleurs à un passage de l'illustre Genji monogatari (Dit du Genji, XIe siècle).


 

Ichiyô Higuchi : Takekurabe

 


 

Le terme Takekurabe est difficilement traduisible. Littéralement, take signifie taille, et kurabe, comparer. On gardera donc l'idée principale : comparaison de taille. Le roman de Ichiyô, comme le poème dont son titre s'inspire - Ise monogatari, Xe siècle -, met en présence deux personnages d'enfants de sexe opposé, et ayant grandi ensemble dans un lieu géographique circonscrit. Ces deux êtres sont le garçon Shinnyo et la fille Midori. Ce n'est pas une nouveauté, mais ici cela ressort nettement : la plupart des protagonistes de Takekurabe sont des enfants. Or, ces enfants - du moins, dans certaines circonstances - grandissent vite. Ainsi, le titre s'éclaire. La nouveauté d'Ichiyô se tient aussi, et, dans le contexte littéraire nippon, de ce côté-là. 

Ce qu'il faut observer, en second lieu, c'est le quartier et les gens que la romancière décrit. Pressée par des nécessités économiques, Ichiyô loue un commerce dans un quartier modeste. C'est pour elle une véritable découverte : à la frontière de l'illustre et riche quartier des plaisirs du Yoshiwara*, dans l'ancienne Edo (la prochaine Tokyo), un dédale de ruelles expose un monde de gens humbles - concierges, hommes de peine, servantes, artisans, marchands ambulants -, leurs coutumes, leurs fêtes : tous et toutes méconnues par la littérature traditionnelle. Or, c'est l'univers que met en scène Ichiyô Higuchi. Elle va, en conséquence, se servir de sa formation classique pour en métamorphoser le contenu. La poétique de la suggestion est splendidement utilisée pour rendre une ambiance concrète : la succession des saisons et les occurrences qui leur sont étroitement liées. André Geymond, spécialiste de l'auteure, note : "Il faut garder présente à l'esprit la topographie des lieux et prendre comme point de départ la demeure où l'auteur a habité de juillet 1893 à avril 1894, à Ryûsenji-machi : les bruits venant du Yoshiwara sont tout proches, mais la Grande Porte est encore loin, et d'ailleurs l'auteur entraîne le lecteur à sa suite dans une promenade en sens opposé dans la "rue des endormis" où, dépassant bientôt le quartier du Daionji-mae (ndlr : célèbre temple bouddhique rattaché au Chion-in de Kyôto, mae signifiant aux alentours), elle se dirige vers celui, plus pauvre, situé vers le sanctuaire Mishima." Tout cela indique bien les choix manifestes de la romancière, et, sans insistance, l'idée d'une séparation extraordinairement proche, et, infiniment éloignée pourtant, entre classes sociales. De ce point de vue, la cité nippone ne se différencie point des métropoles occidentales.  

Nous avons cité Shinnyo, futur bonze au temple Ryûge et Midori, promise geisha au Daikoku-ya. Leurs relations sont équivoques. Seraient-ils déchirés par des querelles entre clans rivaux ? En tous les cas, ils ne sont ni Roméo et Juliette, ni Tony et Maria dans West Side Story. Les bandes adolescentes agissent pourtant : il y a ceux du Boulevard et ceux du Faubourg... Ichiyô construit un récit à la dimension chorale. Or, la rencontre soudaine et inaboutie Shinnyo-Midori occupe, compte tenu de sa durée effective, une place considérable : deux chapitres (12-13).  De ce point de vue, je regrette de n'avoir pu visionner l'adaptation cinématographique due à Heinosuke Gosho. Un monde à la diversité fortement colorée - environ une centaine de protagonistes - se dresse en visions contrastées. L'entrée des personnages nous les fait surgir selon des angles parfaitement contradictoires. Le lecteur est pris à témoin et tout processus d'identification lui est refusé. "En considérant tant les nombreux dialogues que les changements de rythme, descriptions, etc. qui, eux, correspondraient au rôle du récitant, on peut se demander si Ichiyô n'a pas été influencée pour composer son œuvre par la forme du théâtre kabuki", écrit  A. Geymond qui repère dans Takekurabe une figure de "dédoublement" sous la forme de trois personnages : l'écrivain (considérations personnelles qui enrichissent le roman), la papetière - rare personnage adulte - et l'héroïne, Midori.   

La gestation du roman demeure mystérieuse : les chapitres - seize au total - ne gèrent nullement un espace-temps d'égale valeur. A. Geymond explique que "tout est organisé dans ce qui, de prime abord, apparaît comme un savant désordre mais qui n'est en fait que le meilleur ordre pour faire ressortir au maximum les scènes capitales." Ainsi, de la séquence continue, déjà citée, où le chapitre 13 reprend les circonstances du 12. On peut donc penser - rien n'est sûr cependant - que Takekurabe était le fruit d'une astucieuse préméditation. Ce n'est jamais ce que l'on ressent néanmoins : le déroulement et le rythme de l'œuvre échappent à l'entendement. La source de notre fascination provient de cet aspect-là. Si Ichiyô a préparé le lecteur, suffisamment pour qu'il ne perde pas le cours du récit, elle lui a pourtant ménagé une conclusion qu'il n'attendait sûrement pas.** "Trois pages et l'on sait déjà qu'on est en train de lire une œuvre capitale", affirme René de Ceccaty. 

S.M. 


 * Le cinéma et la littérature - kabuki notamment - n'ont pas manqué d'illustrer ce quartier. Le roman de Kesako Matsui, Les Mystères de Yoshiwara, publié en français chez Picquier (2011), en est une reconstitution écrite assez fidèle. Très frequenté, Yoshiwara jouait un rôle considérable dans la vie sociale et culturelle. Au début du XVIIe siècle, les grandes villes japonaises connurent une prostitution importante. Ce qui conduisit le Shogunat (gouvernement militaire) à la borner dans un espace géographique clos. En 1656, en raison de la croissance d'Edo (future Tokyo), on relocalisa Yoshiwara. Or, deux ans plus tard, Yoshiwara subit un incendie. Il ne reste donc plus rien du quartier d'origine. Ichiyô évoque, au début de son œuvre, la Grande Porte et le canal aux Dents Noires. Le quartier était, en effet, fermé : ses entrées et sorties soigneusement contrôlées. Quant au canal, en raison de ses eaux sombres et nauséabondes, il avait sûrement été conçu dans le même esprit

** Au moment où Midori revêt la coiffure des courtisanes de Shimada, elle ignore l'entrée de Shinnyo au séminaire. La coiffure de la jeune femme marque symboliquement son passage à l'âge adulte. Est-ce le motif qui la plonge dans une mélancolie que personne n'avait prévue et que personne ne saisit pleinement, y compris elle-même ? Qui lui a transmis, à présent, et, par un matin de givre, un narcisse en papier ? "Pourtant, elle éprouva sans savoir pourquoi une certaine nostalgie et mit la fleur dans un petit vase sur une des étagères du tokonoma (ndlr : petite alcôve au plancher en tatami) - et s'émerveilla de sa silhouette triste et pure", écrit la romancière. 

Édition française de "Takekurabe".

Ichiyô Higuchi

Takekurabe (Croissance), 1955 - H. Gosho - H. Misora, K. Takashi