L'Olivier (2016, Icíar Bollaín)


Née sous le signe des Gémeaux, la réalisatrice madrilène Icíar Bollaín, âgée d’un demi-siècle, est devenue, en l’espace de 7 longs métrages, une personnalité importante du cinéma ibérique. On rappellera ici qu’elle est d’abord une actrice de talent. Elle avait débuté très tôt (à l’âge de 15 ans) dans le métier et c’est sa deuxième prestation qui entrera dans les annales : elle y incarnait l’adolescente Estrella dans l’émouvant « El sur/Le Sud » (1983) du très rare Victor Erice (« El espiritu de la colmena »). Comme son compatriote Carlos Saura, le cinéaste espagnol marquait une prédilection pour l’univers de l’enfance dans un pays, tout à la fois, miné par le conservatisme politico-religieux et hanté par le passé d’une guerre civile impitoyable.

Icíar souhaite, quant à elle, franchir une étape supplémentaire au début des années 1990 en fondant avec Santiago García de Leaniz et Gonzalo Tapia la « Producciones La Iguana ». Elle passe également à la réalisation avec deux courts métrages réalisés en 1993 et 1994. Toutefois, son travail auprès de Kenneth Loach sur « Land and Freedom » (1995), évocation de la Guerre civile espagnole, constitue un tournant aussi décisif. Elle va désormais accompagner le cinéaste britannique. Ce qui la conduira à signer, après « Carla’s Song », un ouvrage sur l’auteur (« Ken Loach, un observador solidario », 1996). Ainsi s’explique sa coopération et sa liaison avec le scénariste Paul Laverty, avec lequel elle aura trois enfants.

En tant que réalisatrice, sa réputation s’établit surtout grâce à « Ne dis rien/Te doy mis ojos » (2003). Le film, centrée sur la réalité contradictoire d’un couple amoureux déchiré par le machisme et la violence du partenaire masculin, fait salle comble et obtient 7 Goyas (meilleur film, meilleure réalisatrice, meilleurs acteurs – Laia Marull, Luis Tosar). « También la lluvia/Même la pluie » (2010), réalisé en étroite collaboration avec Paul Laverty, paraît naturellement plus ambitieux. Icíar Bollain met entre parenthèse l’intimisme qui lui était coutumier : le sujet traite du destin des populations autochtones de l’Amérique latine, entre passé et présent (la révolte des indigènes contre la privatisation de l’eau, y compris celle de la pluie, en 2000). L’équipe de production s’installe au cœur de la jungle bolivienne, à Chaparé. D’un autre côté, Paul Laverty fournit un scénario d’une grande richesse, constitué de trois pistes narratives hélas pas toujours réussies. Il faut féliciter néanmoins la mise en scène de la réalisatrice.  Nous ne connaissons toujours pas en France « Katmandú, un espejo en el cielo » (2011), scénarisé à nouveau par Paul Laverty.

« L’Olivier/El Olivo » (2016) est donc la troisième collaboration Laverty/Bollain. Le sujet relève toujours d’un cinéma engagé. La différence - c’est important à signaler - tient au fait que l’entreprise est envisagée selon une optique plus abordable, celle d’une exploitation familiale contemporaine, dirigée par la jeune Alma (Anna Castillo), affrontant les bévues d’une civilisation qui place au-dessus des règles humaines et naturelles les lois artificielles de la rentabilité immédiate. Aux origines de ce film, surgit donc la réalité d’un drame environnemental. Laverty avait découvert le phénomène grâce à un article d’ « El Pais », racontant l’histoire d’oliviers millénaires déracinés puis envoyés au nord de l’Europe. « Ces arbres âgés de près de 2000 ans devenaient des produits de luxe pour des villas de France, de Chine, du Moyen-Orient ou d’Europe du Nord… C’était la métaphore d’une époque où l’on spolie la nature, en la transformant, en la bétonnant, dans une logique à court-terme qui conduit à des désastres, humains et écologique », déclare Icíar Bollaín.

Malgré une tonalité et un parti-pris réaliste, « L’Olivier » est surtout une fable édifiante et contrasté. Alma incarne une jeunesse frappée par la crise économique et morale. « Elle a hérité d’un pays en ruine, de terres vendues, achetées et revendues par des spéculateurs, d’un paysage transformé par des constructions, restant souvent inachevées », dit la réalisatrice. Ce que « L’Olivier » tente de montrer - la chose est forcément encourageante - c’est la rupture d’une partie de la jeunesse d’avec le monde présent. Or, cette discorde s’exprime essentiellement à l’égard de ceux qui le dirigent à présent. La jeunesse retrouve l’âme et la sagesse des anciens. La vitalité et l’énergie fougueuse d’Alma rejoignent contradictoirement le silence du propriétaire qui lui a transmis l’amour des oliviers, à savoir le  grand-père Ramón (Manuel Cucala), condamné par la maladie. Le rameau est le symbole d’un monde futur réconcilié avec son enfance.

Misha.

Voir sur Arte. 


 

Arte, 26/09/2018, 23 h 25

https://www.arte.tv/fr/videos/077253-000-A/l-olivier/


L'Olivier (El Olivo). 98 minutes. Espagne - Allemagne, 2016. Réalisation : Icíar Bollaín. Scénario : Paul Laverty. Photographie : Sergi Gallardo. Montage : Nacho Ruiz Capillas. Musique : Pascal Gaigne. Dir. artistique : Laia Colet. Production : Morena Films. Interprètes : Anna Castillo (Alma), Javier Gutiérrez (Alcachofa), Pep Ambròs (Rafa), Manuel Cucala (Ramón), Miguel Angel Áladren (Luis), Carme Pla (Vanessa), Ana Isabel Mena (Sole). Sortie en France : 13/07/2016.