Le décès de Rafael Eitan (1926-2019)

 


 

Né dans le kibboutz Eïn-Harod (Palestine mandataire), Rafael Eitan, décédé ce 23 mars 2019 à Tel Aviv, fut le leader du parti politique Gil (parti des retraités en Israël), qui a fait un résultat inattendu aux Élections legislatives de 2006). Il fut aussi Ministre des Retraites de 2006 à 2009.

 

Mais ce qui le distingua surtout dans l’histoire c’est sa participation, en tant qu’agent du Mossad, et comme chef des opérations,  à la capture d’Adolf Eichmann, à Buenos Aires, le 11 mai 1960. On le considérait, à ce titre, comme un chasseur de nazis impénitent. En tous les cas, cet enlèvement fut son haut fait d’armes : Eichmann avait été l’élément primordial dans la logistique de la « solution finale (Endlösung) de la question juive », selon Adolf Hitler.

Pourtant, Rafael Eitan incarnait, à mon sens, toute l’ambiguïté d’une grande partie des cadres sionistes. Il avait intégré le Mossad, dès sa création en 1951. Auparavant, durant la guerre israélo-arabe de 1948, il faisait déjà partie des services de renseignements militaires de Tsahal.

Il n'hésita pourtant pas à coopérer secrètement, dans le cadre de l’opération Damoclès (août 1962), avec un S.S. notoire, l’Autrichien Otto Skorzeny (1908-1975), recherché par ses propres services. Il donna ordre à celui-ci d’exécuter un scientifique allemand, Heinz Krug, qui collaborait précisément avec l’Égypte dans la mise au point de fusées utilisant des déchets radioactifs. Or, la plupart des scientifiques militaires qui travaillait avec l’Égypte dans une optique anti-Israël étaient allemands et avaient été employés dans des programmes de fusées de l’Allemagne nazie. Bien entendu, l’affaire finit par s’ébruiter. Et l’on fut obligé de stopper cette opération. À vrai dire, Israël comme l’Égypte, et comme les États-Unis également, embauchaient ou se servaient des nazis comme cela les arrangeait. Les nazis, quant à eux, ne changeaient pas : ils travaillaient à la guerre entre les peuples. Leurs ennemis jurés demeuraient, avant tout, ceux qui prônaient la paix entre les peuples.

Un mot sur Otto Skorzeny : il fut rendu célèbre pour avoir, sur ordre d’Hitler, organisé la libération du Duce Mussolini, le 12 octobre 1943, alors incarcéré dans le Gran Sasso. A posteriori, on prit conscience du rôle qu’il y joua. L’opération « Eiche » avait surtout été placée sous le commandement du général Kurt Student, et, si celle-ci fut brillamment conclue, on le doit aux unités d’élite de la Luftwaffe. Au-delà du mythe de l’homme investi de missions audacieuses, Skorzeny était un authentique criminel nazi : son activité au camp de concentration d’Oranienbourg Sachsenhausen aurait mérité qu’il soit déféré devant des tribunaux. S’il ne fut pas inquiété, c’est qu’il se mit au service d’Israël. Il mourut dans son lit, le 6 juillet 1975, dans une Espagne franquiste à l’agonie, celle d’un Caudillo qui s’éteindra, pour sa part, le 20 novembre de la même année. Je me rappelle encore d’un article de « L’Humanité » - j’étais adolescent – sur Skorzeny, et que ma maman (d’origine italienne) froissa avec rage. Je ne comprenais pourquoi ma génitrice s’en prenait à « L’Humanité ». Je lui posai derechef la question : Elle bredouilla alors qu’elle n’en savait rien… Terrible !

Rafael Eitan n’émargeait plus, quant à lui, au Mossad. Trois ans plus tard, cependant, Menahem Begin, alors Premier ministre israélien, sioniste de droite (Herout), futur négociateur des accords de Camp David avec le président égyptien Anouar el-Sadate, le rappela comme conseiller en terrorisme. Nous étions en 1978, les accords furent signés en septembre de cette année-là. C’était forcément suspect. Un an auparavant, Begin, qui était un « faucon »  issu de l’Irgoun – il avait coordonné l’attentat terroriste contre l’hôtel King David à Jérusalem -, avait réussi l’impensable : il avait mis fin au règne travailliste en Israël ! Les questions seront donc les suivantes : Qui était Sadate ? Qui était Eitan ?  

Quoi qu’il en soit, fin 1985, le FBI est mis sur la piste d’un certain Jonathan Pollard. Cet américain d’origine juive était entré dans les services de la marine américaine, en tant qu’analyste puis officier de garde du « Navy antiterrorist Alert Center ». Il avait auparavant tenté, sans succès, d’incorporer les services de la CIA. C’est un officier de l’aviation israélienne, Aviem Sella, venu étudier aux États-Unis, qui découvre ses capacités. Grâce à Sella, Pollard devient un informateur au service du Lakam, le renseignement scientifique israélien dirigé par Eitan. Cet organisme n’a aucune existence officielle. Seule la haute administration israélienne est informée de sa fonction précise et de ses activités. Le FBI dévoile le « scandale » : Pollard aurait fourni à Israël plus d’un millier de documents confidentiels américains. Eitan est bientôt contraint de démissionner. Je vous invite à prendre connaissance des informations que ledit Pollard avait transmises à Israël : ce serait probant et instructif.

Eitan est disparu maintenant. Mais, ce type de personnage ne disparaîtra pas de si tôt, tant que dureront tous ces conflits interminables sous le ciel nationaliste chauvin et belliciste, les deux étant souvent jumeaux. Car, c’est de cela qu’il faut parler… et de la souffrance des peuples qui subissent la guerre et les privations. Comment Eitan vivait-il son « job » en regardant les atrocités courantes auxquelles il apportait sa contribution ? Cependant, mon regard ira se porter, avant tout, sur un paradoxe : Eitan, chasseur de nazis ? Je répondrais, en mon for intérieur : « Avant d’aller chasser du nazi aux quatre coins de la planète, ne vaut-il pas mieux  commencer par soi-même ? » Le reproche s’adresse à beaucoup de gens qui nous dirigent : « Chassez le nazi qui est en vous ! » Du reste, dans le récit qui vient d’être fait, la conclusion est valable autant au sens propre qu’au sens figuré ! Tiens, puisque je commence à en avoir marre de certains de mes "adversaires", je vais faire appel à un nazi pour les liquider ! Je plaisante, bien sûr !

 

Le 24/03/2019.

MiSha.