Otto Preminger : La Rivière sans retour (II)


 

Otto Preminger avait réalisé en 1953, « The Moon Is Blue » en indépendant ; le film étant distribué par la United Artists. Un an auparavant, il flairait déjà un vent d’indépendance chez RKO Pictures avec « Angel Face/Un si doux visage », interprété par Jean Simmons et Robert Mitchum. Revoilà donc Preminger chez la Fox et, de surcroît, avec Mitchum. Le titre de 1954 est magnifiquement allusif : « River of No Return » est l’unique incursion de Preminger dans le western. Au sommet, il y a aussi la rencontre inédite de Mitchum et de Marilyn Monroe. Enfin, réalisé en technicolor et en format CinémaScope 2,55 :1, le film se veut, parmi d’autres, une réponse à l’emprise croissante de la télévision : « River of No Return » doit procurer des sensations que le téléspectateur ne pourra jamais éprouver. Au-delà des impressions, il faut ressentir ici le goût du bonheur. Preminger nous donne un western inattendu, si l’on veut bien le comparer aux autres productions du genre. Mais, c’est aussi un film singulier dans l’opus du réalisateur. On ne verra nulle part, chez lui, une telle énergie vivifiante, l’expression d’une joie de vivre et d’un épanouissement ravi au cœur d’une nature superbe, magnifiée ici par le cadre des Montagnes Rocheuses canadiennes. Marilyn Monroe est, quant à elle, au meilleur. Le cinéaste « a livré ici un des portraits les attachants qu’on ait vu d’elles, faisant un sort à sa séduction, à sa gentillesse, aussi bien qu’à son côté maternel frustré ou à ses incertitudes sur son identité. » (J. Lourcelles). « River of No Return » est la métaphore d’une voie intérieure de régénération : les lyrics de Ken Darby l’expriment suffisamment et c’est Marilyn qui nous les chante. Preminger anticipe, en même temps, sa propre libération artistique.

« Carmen Jones » (1954) sera la dernière réalisation chez Fox : une transposition audacieuse de Prosper Mérimée, du livret de Meilhac et Halévy et d’une pièce d’Oscar Hammerstein réunis. Elle vaudra à son auteur des soucis avec les héritiers français ; le film restera inconnu dans l’hexagone deux décennies durant. C’est une Carmen entièrement afro-américaine, et, dans le contexte de l’époque, ce fut forcément une première et un acte politique. Cinq ans plus tard, Preminger persévérait en ce sens : il adaptait le « Porgy and Bess » de George Gershwin, reprenant Dorothy Dandridge, Pearl Bailey et Diahann Carroll. La deuxième partie de la carrière de Preminger s’annonçait cependant avec moins d’évidence. Même s’il y connut d’incontestables succès commerciaux et/ou reconnaissances critiques avec « The Man With the Golden Arm » (1955) et  « Anatomy of a Murder » (1959). Le cinéaste abordait les sujets avec témérité mais sans a priori. On mésestima « Sainte Jeanne » (1957), tandis que l’on sous-estima « Bonjour tristesse » (1958), d’après Françoise Sagan, ou « Le Cardinal » (1963).

 


 

 

«Carmen Jones», 1955 - Dorothy Dandridge, Harry Belafonte

«The Man With The Golden Arm», 1955 - Frank Sinatra, Kim Novak

«Sainte Jeanne», 1957 - Tournage avec Jean Seberg sur le "bûcher"

«Anatomy of a Murder», 1959 - Lee Remick, J. Stewart, B. Gazzara

«Bonjour Tristesse», 1957 - J. Seberg

«Exodus», 1960 - Paul Newman, Eva Marie Saint