GARY COOPER AU DÉBUT DES ANNÉES CINQUANTE OU L’IMAGE DE L’AMÉRIQUE

 

 


 

L’acteur avait désormais une filmographie significative. Que ce soit dans le film de guerre ou le film sur la conquête de l’Ouest, l’image du beau Gary flattait celle des States. Du reste, l’acteur cumulait les récompenses et les nominations. De la sinistre période du maccarthysme, il en sortit blanc comme neige : personne n’aurait pu soupçonner Gary d’être sympathisant communiste. D’un autre côté, avait-il la figure d’un dénonciateur ? Il ne fréquentait pas les « rouges » et, par conséquent, qu’aurait-il pu signaler ?

Aussi, il était bon qu’il apparaisse sous les traits de ce marshal Kane obstiné et courageux qui, on l’a compris, incarne la conscience de l’Amérique (« Si toi aussi, tu m’abandonnes »…), la vraie, celle des dix premiers amendements à la Constitution (sic). Ce sont d’ailleurs des citoyens « progressistes » qui concocteront ce fameux « Train sifflera trois fois/High Noon » : le réalisateur Fred Zinnemann, un réfugié d’Europe centrale qui avait collaboré au scénario de Menschen am Sonntag (1929) durant la République de Weimar ; le producteur Stanley Kramer et le scénariste Carl Foreman inscrit, quant à lui, sur la Liste noire.

Un an auparavant, Gary incarna le capitaine Quincy Wyatt, cette fois-là en Technicolor, chez Warner. Le réalisateur de « Distant Drums » fut le prestigieux Raoul Walsh (« Pursued/La Vallée de la peur », « Silver River », « White Heat » etc.), un des grands borgnes d’Hollywood. Le film sacrifiait au mythe de l’Ouest et au culte du héros. Sous la direction de Walsh, Gary restait pourtant accessible. L’expérience et les épreuves en avaient fait un homme. « Distant Drums » était une profonde méditation morale inscrite dans un paysage magnifiquement sublimé. Gary Cooper brillait dans le rôle d’un individu se sentant  « aussi éloigné de l’armée régulière à laquelle il appartient que des Indiens séminoles contre lesquels il combat. » (J. Lourcelles) À vrai dire, le thème n’était pas bien neuf. Il est évident que « L’Homme de l’Ouest », le fameux conquérant, n’était et ne serait qu’un prototype en voie de disparition, juste propice à nourrir la légende d’Épinal d’une Amérique dominée par les blancs.

Aussi, un autre borgne – encore un natif d’Europe centrale ! - André De Toth fit, quant à lui, ce que peu osèrent. L’image de Gary Cooper en prit un sacré coup. Bertrand Tavernier jeune en fut durablement ébranlé. « J'ai toujours en mémoire la scène - et même les cadrages, la musique de Max Steiner - où l'on chasse Gary Cooper de l'armée pour cause de lâcheté. J'éprouve d'ailleurs toujours le même choc quand on le marque dans le dos, ultime infamie, d'un grand trait de peinture jaune qui abîme sa chemise blanche. J'avais douze ans. J'étais atterré et en même temps je savais que cela ne pouvait être 'vrai' en terme de fiction, que Gary Cooper, mon idole à l'époque (et qui l'est resté) ne pouvais pas se comporter ainsi », dira-t-il. Le film d’André De Toth, « Springfield Rifle/La Mission du commandant Lex » (1962) – considérablement écourté – ne fut, selon les dires du cinéaste lui-même, qu’un « squelette ». On aurait certainement pu avoir là un chef-d’œuvre. Toutefois, le film eut le mérite de détruire une autre mythologie : celle du « sens de l’honneur ». On y émettait l’idée que durant la Guerre de Sécession, espionnage et contre-espionnage étaient dans les usages. Du reste, De Toth décrivait aussi un univers d’aventuriers sans principes, capables de passer, du jour au lendemain, dans le camp adverse. Quant à ceux que les armes à feu intéressent, ils verront un film-témoignage sur la mise en service du fusil militaire Springfield Model 1861.

Le 17/06/2019.

MiSha

 


 

  1.       G. COOPER sur le tournage de « High Noon/Le Train sifflera trois fois » (1952)
  2.     « Les Aventures du capitaine Wyatt » (« Distant Drums », 1951) avec Mari Aldon
  3.     « La Mission du commandant Lex/Springfield Riffle » (1952)