Corleone, l'Heure Juste


 

« Mais c’est un commencement difficile. C’est comme si le cadran solaire de la cathédrale marquait une heure du 13 juillet 1789 ; demain, l’ombre de la Révolution française passera sur le cadran, puis le Risorgimento, […], et qui sait quand le cadran marquera, l’heure d’aujourd’hui, l’heure qui, pour tant d’autres hommes dans le monde, est l’heure juste. »

(L. Sciascia, « Les Paroisses de Regalpetra »)

 

C

orleone (Cunigghiuni en sicilien), commune sicilienne située à trente-cinq kilomètres, à vol d’oiseau, de Palerme, est notamment célèbre pour avoir donné son nom au patriarche mafieux de Mario Puzo adapté à l’écran par Francis F. Coppola. Corleone est donc le lieu natal de quelques chefs mafieux. Outre le fameux « parrain » et sa descendance, on citera Salvatore Riina, dit La belva (« Le Fauve »), patron du clan des Corleonesi qui a ensanglanté la Sicile dans les années 1980 et 1990, ainsi que celui de son successeur Bernardo Provenzano, alias « Le Tracteur » (Binnu u’Trattori).

 Dans le roman et dans la trilogie cinématographique de Coppola, le Parrain de la famille mafieuse new-yorkaise a, en effet, pour nom Vito Corleone. Il s'appelle en fait Vito Andolini ; mais, à son arrivée enfant aux États-Unis au début du XXe siècle, portant une pancarte où est écrit le nom de sa ville natale, l'agent de l'immigration  se méprend et inscrit « Corleone ». Une partie seulement du Parrain 2, se passe dans la ville sicilienne, racontant les jeunes années de Vito (Robert De Niro), l'assassinat de son père, de son frère et de sa mère par les hommes du parrain local Don Ciccio, sa fuite, et son retour adulte où il se venge en éventrant le responsable de la mort de sa famille. Le premier film de la trilogie de Francis Ford Coppola présente également son fils Michael, réfugié un temps à Corleone, pour s'éloigner de New York où il a tué un chef mafieux rival et un responsable véreux de la police.

Corleone est devenue un fief de la mafia sicilienne, dont la présence remonte au xixe siècle, à une époque où les grands propriétaires terriens laissaient l'administration de leurs terres à des hommes de main violents et cruels [1]. Il était aussi le lieu de recrutement de tueurs réputés pour le compte de la mafia américaine. La ville abrite maintenant un centre sur la mafia et la lutte contre la mafia. Un des premiers grands crimes de la mafia est celui, exécuté en 1915, contre la personne du maire socialiste de la ville, Bernardino Verro, qui luttait contre ses agissements. La statue qui commémore sa mémoire est fréquemment l'objet de vandalisme. Qui est donc Bernardino Verro ? Et, s’il fut élu jadis, c’est que la population de cette commune ne devait pas forcément ressembler à l’image écornée qui s’est malencontreusement inscrite dans nos cerveaux. Corleone mérite, à vrai dire, un plus juste sort.

 1.   La réputation de Bernardino Verro (1866-1915) se construit, à partir de 1893, dans le cadre des mouvements paysans Fasci siciliens. Ces faisceaux n’avaient rien en commun avec l’organisation militaire et foncièrement antidémocratique que créa le Duce, des dizaines d’années plus tard. Les fasci étaient surtout des fraternités d’aspiration sociale qui regroupaient des ruraux opprimés contre les grands propriétaires fonciers et leurs intendants, les gabelloti. La misère des paysans de l’intérieur de la Sicile s’explique ainsi : les latifundiaires des bourgades similaires à celle de Corleone vivaient à Palerme et louaient leurs domaines par contrats à court terme à des intendants (gabelloti). Ces contrats avaient pour inconvénient majeur de favoriser l’exploitation la plus féroce des paysans sans terre. La plupart des intendants étaient âpres au gain et inflexibles ; leur situation spécifique les conduisait à amasser, dans des délais les plus courts possibles, un patrimoine capable de les rendre un jour omnipotents. Cependant, leur cupidité les rendait infâmes et leur métier finissait par être abhorré des ouvriers agricoles. Ils devaient donc s’en protéger. Ils furent, pour ces raisons-là, en lien étroit avec les bandits qu’ils cherchaient à contrôler. Ils se servaient également de la complicité d’hommes de loi et d’administrateurs pour s’octroyer des terres que l’Église et l’État mettaient aux enchères publiques. Dans cette optique, on comprend pourquoi ici le terme gabelloto et celui de mafioso ont été si maintes fois associés. Il est plus exact de dire que ceux-ci, les gabelloti, s’affiliaient aux sociétés secrètes mafieuses afin de mieux accomplir leurs objectifs. La Mafia avait non seulement le pouvoir de réprimer le mouvement populaire, mais celui d’établir les contacts indispensables avec les milieux financiers susceptibles d’être corrompus. À cette époque-là, c’est-à-dire dès les années 1860, la mafia s’était déjà immiscée dans l’ensemble des secteurs de la finance, de l’économie voire de la politique. Les cinéphiles reconnaîtront dans cette sociologie-là quelques films célèbres, et pour n’en citer qu’un, le fameux Gattopardo du prince Lampedusa, alias Salina, mis en scène par le comte lombard Luchino Visconti.  

 Dans son avertissement liminaire aux Parrochie di Regalpetra, Leonardo Sciascia nous prévient : Regalpetra, localité imaginée et située dans la province d’Agrigente, pourrait être la sienne, Racalmuto. L’auteur rappelle ici la tyrannie de quelque seigneurie féodale illustrée par celle des Del Carretto. Il note ceci : « Le ministre Del Carretto – car l’un d’entre eux occupa la fonction de ministre des Polices – semble destiné à demeurer un fantôme familier de l’histoire italienne. » Nous croyons, pour notre part, que la mafia est de cet ordre-là. Bien avant, et, il nous faut le déplorer, Mazzini, Garibaldi, le Risorgimento, la Résistance et la République. Sciascia souffre et voudrait écrire pour ceux que la mafia opprime et salit. Pourquoi faut-il que la Sicile imprime en nous cette boursouflure monstrueuse ? Comme si la beauté d’un individu serait avilie par l’unique verrue qui afflige son visage. « Regalpetra, cela se conçoit, affirme Sciascia, n’existe pas. » Mais, sa réalité existe bel et bien dans quantité de bourgs siciliens. À savoir, des « braccianti qui vivent 365 jours, une longue année de pluie et de soleil, avec 60 000 lires ; il y a des enfants que l’on met en service, des vieillards qui meurent de faim, et des personnes qui, comme disait Brancati, laissent pour unique trace de leur passage sur terre une empreinte dans le fauteuil d’un cercle » (L. Sciascia).

 2.  S’agissant de Corleone, la morale doit suivre le même chemin. C’est encore à ces paysans-là qu’il nous faut songer. C’est toujours à ces anonymes-là qu’il nous faut rendre hommage. Et, non aux capi et à leurs pisciotti qui ensanglantent la terre sicilienne devenue amère au nom de leur loi et de leurs règles impénétrables. Justement, en effet, le Fascio de Bernardino Verro, celui de Corleone, fut l’un des foyers les plus avancés et les mieux organisés de la Sicile. Verro était un modeste fonctionnaire qui avait du mal à faire vivre sa famille. Pourtant, il ne se plaignit pas outre mesure. Ce qui le révoltait surtout c’était la situation du petit paysan sicilien. Il s’adressa à eux avec une foi socialiste tout empreinte d’idéalisme. Un portrait du dirigeant syndical nous a été laissé grâce à l’entretien qu’il accorda à Adolfo Rossi, un journaliste romain qui devint aussi rédacteur en chef d’Il Progresso Italo-Americano, un organe new yorkais d’une communauté italienne installée aux États-Unis. Rossi était enthousiasmé par l’american way of life et le comparait, pour s’en désoler, à l’univers étriqué du provincialisme italien. Pourtant, au contact de Bernardino Verro, il se mit à voir autrement l’Italie. Il demeura, malgré tout, imperméable à la réalité sicilienne. Il ne voyait en Verro qu’un Spartacus moderne. Ce qu’il est intéressant de retenir ici, c’est la réponse du  leader paysan lorsque Rossi évoqua la criminalité et le banditisme. « Ils ne sont pas nombreux et la plupart ont été condamnés pour des motifs bénins, par exemple pour avoir volé dans les champs ; nous les acceptons dans le fascio pour les aider. Depuis que le fascio existe, le nombre de délits a diminué. […] Les vrais criminels, ce sont certains propriétaires ; bailleurs avides, anciens protecteurs de bandits, ils violent les jeunes paysannes et font rosser les ouvriers agricoles. Si vous saviez ce qu’ils font, sans jamais être inquiétés ! Ici c’est comme au Moyen-Âge ! », lui déclara Verro.

 À dire vrai, ce dernier et Rossi sous-estimaient le phénomène mafieux ; en second lieu, Verro cachait une chose : il avait été lui-même « initié » au sein d’une cosca quelques mois auparavant. C’était, à vrai dire, très rare dans le milieu syndical et politique de gauche. Lorsque Bernardino Verro sut apprécier à sa juste mesure l’influence et la dangerosité du crime organisé, alors seulement il estima impérieux et, malgré sa propre frayeur, de faire face et de laisser, par écrit, la confession touchante d’une « initiation » qu’il cherchait à se faire pardonner.

 On peut légitimement s’interroger. Qu’est-ce que la Mafia attendait de Bernardino Verro et des fasci en le réveillant, un matin à l’aube, pour le « convertir » à leur association ?  Toute l’Onorata Società se trouve dans cette complexité : elle n’affronte ouvertement que lorsqu’elle se sent vraiment menacée. Auparavant, elle louvoie, recherche la négociation, est attentive au moindre signe de changement. La phrase, désormais illustrissime, du Prince Salina dans Le Guépard pourrait s’appliquer à sa philosophie fondamentale. John Dickie écrit : « L’honorable société a une attitude politique peu scrupuleuse envers les idéologies ; elle n’a aucune ligne politique, seulement une stratégie adaptée aux circonstances. L’opportunisme est son seul credo. Pour cette raison, aucun mouvement politique, de quelque couleur qu’il soit, n’est immunisé contre l’influence mafieuse. »[2] En l’occurrence, dans les années 1892-93, les gabelloti (et donc la Mafia qui lui était associée) restaient dans l’expectative. Si les fasci l’emportaient, ils tenteraient de s’adapter et d’orienter ses dirigeants dans un sens propice à leurs intérêts ; dans le cas contraire, les fasci seraient impitoyablement nettoyés par le « milieu ».

 Début 1894, le gouvernement de Rome, dirigé par Francesco Crispi, ancien député républicain de Palerme, compagnon de Mazzini et Garibaldi, ainsi que ses alliés en Sicile réglèrent les « problèmes » à leur manière : on envoya 40 000 soldats pour imposer la loi martiale, la dissolution des fasci, la censure et l'interdiction des réunions publiques. Un mois auparavant, les faisceaux paysans avaient déclenché une grève des impôts et exigé la dislocation des conseils municipaux corrompus : un sérieux défi aux intérêts de la Mafia. Quoi qu’il en soit, la répression fut sévère : 83 paysans trouvèrent la mort. Verro, en fuite, fut récupéré à bord d’un paquebot en partance vers Tunis (16 mars 1894). Il fut accusé de conspiration et condamné à douze ans de prison. Deux ans plus tard, à la surprise générale, il fut amnistié. Mais, ses soucis ne s’achevèrent jamais plus. Il fut écroué une seconde fois au cours de l’été 1907 sous le prétexte de diffamation à l’endroit d’un officier de police. À la fin de sa peine, un train de paysans socialistes avait été affrété spécialement pour l’accueillir. Le moral des fasci, malgré la répression, demeurait au plus haut. Une nouvelle législation avait, en outre, permis aux coopératives agricoles d’emprunter à la Banque de Sicile au nom des paysans ; l’argent récolté facilitait la location directe aux propriétaires. C’était là braver le pouvoir exorbitant des gabelloti et, du même coup, la Mafia. Mais, Verro n’était plus naïf : il prit suffisamment de précautions afin que la Mafia n’infiltre point les organisations fasci. En face d’eux, désormais, se trouvaient, la « quadruple alliance » composée de l’Église catholique romaine, des propriétaires fonciers, représentés par leurs fidèles gabelloti et de l’Onorata Società, défenseurs de la « morale chrétienne » et adversaires congénitaux du « partage socialiste ». En 1910, le soir d’un 6 novembre, Verro attendait, dans une pharmacie, la fin d’un vote électoral. Un inconnu déchargea, à travers la vitrine, le contenu de deux chargeurs de revolver. Verro fut seulement atteint au poignet. Le tueur avait été gêné par les reflets de la lumière dans la vitrine. L’année suivante, Lorenzo Panepinto, un camarade de Verro, fut cette fois-ci abattu sur le pas de sa porte. Verro était alors totalement désemparé : « J’ai dû quitter Corleone, où la Mafia m’a déclaré traître. Quel choix me reste-t-il ? », écrivait-il à un de ses compatriotes. S’il n’y avait pas eu une drôle d’affaire d’escroquerie – le trésorier de la coopérative livrant un faux témoignage accablant Verro -, le leader syndical aurait-il été assassiné plus tôt ?

 En dépit de tout, l’Italie changeait et des événements importants se préparaient. Grâce à l’instauration du suffrage universel, intervenu en 1912, Bernardino Verro accéda à la mairie de Corleone, deux ans plus tard. C’était une victoire génératrice d’espoir. Malheureusement, l’entrée en guerre de l’Italie (mars 1915) obscurcissait diablement l’horizon. L’existence personnelle du leader syndical s’éclaira néanmoins d’une brève lueur de tendresse : il s’éprit d’une compagne avec laquelle ils mirent au monde une petite fille qu’ils nommèrent « Giuseppina Pace Humana ». Pourtant, cette « paix humaine » était refusée à Verro. Tandis que la date du procès pour escroquerie se rapprochait, Bernardino Verro fut sauvagement abattu au franchissement de la via Tribuna, à Corleone. La procédure ne trompait guère : Une balle l’atteint à l’aisselle gauche, puis cinq autres, venues de deux angles différents, le firent basculer face contre terre dans la boue. Verro était sûrement mort. Il n’empêche : un des assassins sortit de l’ombre et vida quatre nouvelles balles dans sa nuque, et, pour finir, braqua son canon sur sa tempe et fit feu encore et encore… Une méthode qui portait une signature et qui, à chaque fois, serait inlassablement rabâchée. Comme pour confirmer les propos de Giuseppe Pitré (1841-1916), ce douteux sociologue (et non pas ce « grand », comme l’affirme Dominique Fernandez) qui cherchait à minorer la nature et la place de la Mafia. Celui-ci déclarait, sans l’ombre d’un scrupule, que le terme était issu de l’arabe (?!) et renvoyait à une « conscience exagérée du moi, refus de se soumettre au plus fort. » Comme si l’on pouvait se contenter d’expliquer un phénomène sociologique à l’aune de caractères humains, fussent-ils extrêmes et néfastes. En attendant, le meurtre de Verro fut éclipsé par les informations provenant du Front... Quant aux autorités, elles ne restaient pas inactives en matière de répression du banditisme : mais qui frappait-on essentiellement ? Face à une situation qui s'aggravait, on rappela en Sicile le fameux Cesare Mori, le futur «préfet de fer» des années fascistes. À Caltabellotta (province d'Agrigente), il fit arrêter, en une nuit, plus de 300 personnes. On crut qu'il s'agissait d'un coup fatal porté à la grande criminalité. Or, Mori lui-même tint à déclarer ceci : « Ceux-là n'ont pas encore compris que brigands et mafia sont deux choses différentes. Nous avons touché les premiers, indubitablement, ils représentent l'aspect le plus visible de la pègre sicilienne mais pas le plus dangereux. Le vrai coup mortel nous le donnerons quand nous serons autorisés à agir pas seulement entre les figues de barbarie mais dans les promenoirs des préfectures, des commissariats, des grands palaces, et pourquoi pas, dans certains ministères. » (in : A. Petacco : Il prefetto di ferro, 1975 Mondadori). Plus tard, Benito Mussolini lui conféra des prérogatives exceptionnelles ; dès lors, au cours des années 1926-27, il usa, avec une brutalité parfois contestable, des grands moyens. Le fascisme fit courir le bruit que la Mafia avait été définitivement éradiquée. Certes, la plaie avait été anesthésiée. Cependant, les germes qui avait engendré le phénomène mafieux n'avaient pas disparu, prêts à raviver de nouveaux foyers infectieux. Il n'est guère utile de le démontrer aujourd'hui.  

De la Mafia, Corleone en souffre toujours. Pitré a beau être palermitain et authentiquement dévoué à sa culture, il rendit autrefois un mauvais service à la Sicile. Quant aux pirouettes muscadines de M. Fernandez, elles diffusent un parfum d’exotisme suranné voire de paternalisme colonial. Écoutez donc notre prosateur : « La folie des Siciliens, mille fois plus sympathique après tout, consiste à s’entre-tuer entre soi, avec un sens jaloux du secret, un goût baroque de la mise en scène, un mépris tout arabe du bonheur, une fierté tout espagnole de mourir pour rien. »[3] Un tissu de lieux communs joliment brodés sur la soi-disant humeur des peuples qui risque fort d’agacer ; un zeste de temps, cependant, pour juger avec indulgence les pérégrinations inconscientes d’un académicien français…

 

Le 25/08/2019

MiSha  

 

•En introduction au documentaire « Corleone, le parrain des parrains » sur Arte, ce 27/08/2019, 20 h 50

 

https://www.arte.tv/fr/videos/049813-001-A/corleone-le-parrain-des-parrains-1-2/

 

 

 


 

 

 

 

Cinéma italien et mafia en Sicile

 

À chacun son dû (A ciascuno il suo), 1967 – E. Petri d’après L. Sciascia

L’Affaire Mori (Il prefetto di ferro), 1977 – P. Squittieri

À la lumière du soleil (Alla luce del sole), 2005 – R. Faenza

Gli angeli di Borsellino, 2003 – R. Cesareo

Cent jours à Palerme, 1984 – G. Ferrara

Il consigliori, 1973 – A. De Martino

Lucky Luciano, 1974 – F. Rosi

Mafioso, 1962 – A. Lattuada

Oublier Palerme, 1990 – F. Rosi

Porte aperte, 1990 – G. Amelio

Salvatore Giuliano, 1962 – F. Rosi

Salvo, 2013 – F. Grassadonia/A. Piazza

Il sole buio, 1990 – D. Damiani

 



[1] Cas instructif et atypique, le marquis Emanuele Notarbartolo Di San Giovanni fut aussi le premier des « cadaveri eccelenti » de l’organisation criminelle en Sicile. Maire de Palerme entre 1873 et 1876, il devint la « bête noire » de la Mafia. Il cherchait à enrayer un processus de corruption de fonctionnaires de la douane et de la Banque de Sicile, à la tête de laquelle il se trouva de nombreuses années durant. En deuxième lieu, Notarbartolo refusait de suivre le « mauvais » exemple de ses confrères de classe siciliens : il se rendait régulièrement sur ses terres et ceci, en dépit de ses tâches d’administrateur de la Banque de Sicile. Il recruta des paysans et des ouvriers lui-même et fit aménager un système d’irrigation provenant de sources souterraines non encore explorées. Son domaine de Mendolilla lui servait de modèle pour concrétiser l’idéal d’un capitalisme rural et paternaliste respectueux de la force de travail. Il se savait menacé – il avait été enlevé en 1882 : il avait donc mis au point un système de protection de sa demeure extrêmement précautionneux, sans parler du fait qu’il fut désormais armé jusqu’aux dents (« le magasin d’un  navire de guerre », disait son fils). Il fut assassiné, en février 1893, dans un wagon de première classe, alors qu’il se rendait à Palerme, sans doute, afin de débusquer les responsables d’une escroquerie financière de haut vol.

[2] J. Dickie : Cosa Nostra, L’Histoire de la mafia sicilienne de 1860 à nos jours, Buchet/Chastel, 2007.

[3] D. Fernandez : Le Voyage d’Italie, Dictionnaire amoureux. Plon, 1997.

Bernardino Verro (1866-1915)

Emanuele Notarbartolo di San Giovanni (1834-1893)