Una mujer fantástica (Chili, 2017 – Sebastián Lelio)

Singulièrement femme…

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Auteur d’un beau portrait de femme - « Gloria » (2013) -, interprétée par Paulina García, récompensée à Berlin de l’Ours d’argent de la meilleure actrice, Sebastián Lelio ravit plus encore avec « Una mujer fantástica » (« Ours d’argent du meilleur scénario »). Il n’est pas toujours simple d’éviter les clichés qui agacent lorsqu’on aborde le délicat problème de la transgression. Le réalisateur a bénéficié d’une interprète majestueuse, sobre et intériorisée. Certes, Daniela Vega n’a guère besoin de composer un personnage : elle affronte une adversité qu’elle connaît déjà personnellement. La « femme fantastique » qui déconstruit les conventions morales les plus restrictives gêne forcément. Sa liberté dérange. Aussi, doit-elle braver les adversaires les moins inattendus et les plus déterminés cependant : la famille et la police. Du reste, le titre du film suggère plusieurs significations ; l’itinéraire de Marina Vidal (D. Vega) est hors normes : le garçon est devenu femme. Orlando (Francisco Reyes) ne l’a pas remarqué. Il a été totalement ébloui. Ensuite, accident imprédictible, il s’est éteint sans savoir. Ne sont-ce pas, tout à la fois, l’artiste et l’être humain Marina qui ont finalement subjugué Orlando ? Cette magnifique chanteuse de tango, délicieusement érotique, peut aussi devenir une diva à la voix séraphique. Ici, encore, Marina transgresse genres et frontières. C’est justement ce récit-là, à la fois poétique et chimérique, qui nous fait aimer « Una mujer fantástica ». Orlando a découvert en Marina la muse qu’il ne soupçonnait plus. Comme, chez François Ozon (« Une nouvelle amie », 2014), Claire (Anaïs Demoustier) assouvissait dans les bras de Virginia/David (Romain Duris), un désir saphique inespéré. L’affaire est d’ailleurs troublante : c’est surtout notre inspiration sexuelle qui y est gentiment narguée ou délicieusement éprouvée. Le film de Lelio ne le chuchote qu’à peine : les adversaires de Marina sont effrayés et jaloux. Prisonniers de leurs préjugés, ils ne peuvent croire à cette vérité-là. « Une femme fantastique » n’est donc pas simplement réflexion sur la notion de genre. Il interpelle, avant tout, notre vision du couple, de l’amour et du sexe. Il nous invite au cœur d’un monde qui nous reste diablement inconnu. La falaise n’est toujours pas franchie. La marche de Marina, face au vent mauvais qui se déchaîne, ne fait que débuter. Un jour, pourtant, ni trop lisse, ni trop rugueux, comme la peau d’une orange, un demain de songe, des Marina couleront des instants de bonheur avec d’autres Orlando.  

Le 12/09/2019.

MiSha


Una mujer fantástica (Une femme fantastique). Chili, 2017. 104 minutes. Réalisation : Sebastián Lelio. Scénario : S. Lelio, Gonzalo Maza. Photographie : B. Echazarreta. Montage : S. Salfate. Musique : M. Herbert. Décors : E. Larraín. Costumes : M. Parra. Production : Fabula, Setembro Cine et Lelio y Maza Limitada. Interprétation : Daniela Vega (Marina Vidal), Francisco Reyes (Orlando), Luis Gnecco (Gabo), Aline Kuppenheim (Sonia), Nicolás Saavedra (Bruno), Amparo Noguera (Adriana). Sortie en France : 12/07/2017.     


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