LES RAISINS DE LA COLÈRE (J. Steinbeck) : L’Éloge de la colère

 

  • Arte, « Le Roman de la colère », disponible du 2/10 au 11/02/2020, à ne manquer sous aucun prétexte.

 

 Paru en avril 1939, le roman de John Steinbeck fit l’effet d’une bombe. Cette œuvre très réaliste – fruit d’une investigation journalistique scrupuleuse - eut d’emblée ses adversaires. Ceux-ci s’éteignirent piteusement sous la clameur universelle. L’auteur se limitait pourtant à un tirage modeste. Il eut tort : le succès public ne cessa jamais. Steinbeck estima, plus tard, avoir écrit là son meilleur roman. Nous le pensions hier, nous le pensons toujours. « The Grapes of Wrath » est même l’un des plus grands romans sociaux du XXe siècle, une œuvre prophétique. On retrouve ici tous les drames qui nous harcèlent encore. Le roman dresse un inventaire en plusieurs dimensions : la cruauté fondamentale du capitalisme, l’aveuglante discorde de l’homme avec le milieu naturel, l’exil contraint, la naissance et le développement du racisme, et, comme antidote, la lutte solidaire des opprimés pour un avenir meilleur. John Ford, l’un des plus grands réalisateurs au monde, l’adapta l’année suivante. À la conclusion du chapitre XXV qui admire, à l’orée, le « printemps merveilleux en Californie, les vallées, mers odorantes d’arbres en fleurs, aux eaux blanches et roses », Steinbeck écrit ceci : « […] ; et la consternation se lit dans les regards, et la colère commence à luire dans les yeux qui ont faim. Dans l’âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent annonçant les vendanges prochaines ». Dieu sait que le monde a continûment besoin de cette noble colère. Car, rien, hélas… Rien de cet univers féroce ne nous est, à l’heure présente, épargné.

 

  • Phrases dites :

-        « Dans les années 1930, le réalisme documentaire s’attache à montrer les États-Unis tels qu’ils sont, la réalité et les souffrances des habitants de ce pays. »

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-        « Steinbeck dit en mots, ce que Dorothea Lange a exprimé en images. Ils ont tous les deux immortalisé ce moment historique. »

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-        « L’hyper-capitalisation de toute l’économie américaine, c’est cela que dénonce Steinbeck. L’endettement dont ont été victimes les Joad de Steinbeck (la pauvre famille de métayers de l’Oklahoma), on le retrouve, de manière extraordinaire, dans la crise des « subprime » de 2008. » (M.-C. Lemardeley, professeur Sorbonne Nouvelle)

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-        « Une fois qu’on commence à migrer, on n’est plus qu’un émigrant et plus douloureusement encore aux yeux des autres. » (D. Coulin, auteure)

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-        « Un homme ça migre et ça marche. C’est tout à fait illusoire d’arrêter cela. » (D. Coulin)

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-        « Le « spam » c’est cette viande en conserve qui est produite massivement par les usines de Chicago, viande sans goût, symbole d’une nourriture qui remplit l’estomac mais qui n’a plus de rapport direct avec la nature, avec les animaux. Bref, qu’un homme de la terre puisse se nourrir de « spam », c’est évidemment le symbole de cette déconnexion entre les hommes et la nature. » (Pap N’Diaye, historien)

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-        « C’est une œuvre écologique (ndlr : « The Grapes of Wrath »). Elle réfléchit à l’impact humain sur la planète. […] C’est un exercice de compréhension de la relation de l’homme à la nature. » (G. Jones, professeur de littérature)

-        Chapitre XII (J. Steinbeck) : « La 66 est la route des réfugiés, de ceux qui fuient le sable et les terres réduites, le tonnerre des tracteurs, les propriétés rognées, la lente invasion du désert vers le nord, les tornades qui hurlent à travers le Texas, les inondations qui ne fertilisent pas la terre et détruisent le peu de richesses qu’on y pourrait trouver. C’est tout cela qui fait fuir les gens, et par le canal des routes adjacentes, les chemins tracés par les charrettes et les chemins vicinaux creusés d’ornières les déversent sur la 66. La 66 est la route-mère, la route de la fuite. » ("The Grapes of Wrath)


  •  JOHN FORD et « Les Raisins de la colère »

 

« Quand Ford lut le roman de Steinbeck à l'époque de sa publication, au printemps 1939, il fut frappé par la similarité entre les Okies expulsés du livre, « errant sur les routes pour mourir de faim » et les Irlandais expulsés par leurs propriétaires pendant la Grande Famine, sujet du roman du cousin de Ford, Liam O'Flaherty, « Famine » (1937). L'émotion ressentie par Ford à la lecture du roman venait d'un souvenir atavique de ses ancêtres fuyant la famine en quittant leur patrie. » (In : J. McBride, À la recherche de John Ford).

 


 

https://www.arte.tv/fr/videos/082774-000-A/le-roman-de-la-colere/

Les Raisins de la colère (J. Ford, 1940)

Les Raisins de la colère (1940, J. Ford)

Migrant Mother (photo D. Lange)

Migrant Mother (Dorothea Lange)

Migrant Mother (D. Lange)