LES POINGS DANS LES POCHES (I PUGNI IN TASCA, 1965, M. Bellocchio)

 

https://www.arte.tv/fr/videos/082714-000-A/les-poings-dans-les-poches/

 

 Tandis que nos écrans projettent le dernier-né de Marco Bellocchio – « Il traditore/Le Traître » (2019) est son 26e long métrage -, Arte programme son film-matrice, un véritable coup d’éclat, film aussi personnel que prémonitoire. Le cinéaste dira qu’il fut « tourné dans une naïve inconscience, sans penser qu’il pouvait signifier une volonté de détruire la famille. » Bellocchio attacha beaucoup d’importance à la construction d’un récit qui avait bien des similitudes avec sa propre expérience – le film était situé dans les environs de Piacenza (Plaisance), sa commune natale.

Cette rage originelle, aussi naturelle que contrôlée, Bellocchio ne la retrouvera plus. Il n’est pas question de le lui reprocher, ni de s’en lamenter. Reprocherait-on à Chostakovitch ou à Mahler de ne plus avoir refait leurs premières symphonies, expressions d’un « cri du cœur » ? La jeunesse est forcément un moment privilégié, indispensable et éphémère. Aussi, doit-on goûter sans vaine nostalgie « I pugni in tasca » et sa révolte émancipatrice. D’autant que cette confession n’a rien de surfait : beaucoup nous est dit là, et qui, aujourd’hui même, nous rend perplexe. Le personnage d’Alessandro, sublimement incarné par Lou Castel, lui-même épileptique, est un jeune homme qui effraie. Le film est d’ailleurs traversé par la mort : outre celle d’Alessandro, dans un épilogue cathartique inoubliable, on assiste à celle de la mère et celle du frère retardé mental. « Récit de la dégénérescence d’une famille, le film repose sur la structure du huis-clos qui sera désormais l’espace de prédilection du réalisateur. » (M.-P. Lafargue)

À sa sortie, « I pugni in tasca » provoqua des réactions mitigées. L’œuvre atténuait volontairement l’ancrage sociopolitique, et on le lui fit reproche. Or, en cela, Bellocchio innovait. Il ne cessera à la suite d’explorer toutes les formes de conditionnement et d’aliénation auquel l’espèce humaine pourrait être confrontée. La révolte de l’adolescent ne peut être celle de l’ouvrier dans l’usine ou du soldat sur les champs de bataille ; on comprend aisément qu’elle s’exerce essentiellement à l’endroit de la famille et de l’éducation. Dans tous les cas, si cette révolte est légitime, elle n’est pas forcément génératrice de justice et d’équilibre. Marco Bellocchio aime à rappeler ce que fut sa famille : « Il y avait de la part de ma mère une fascination pour Mussolini, l’homme d’ordre qui remettait l’Italie à sa place. […] Mon père avait un comportement à la fois bourgeois et paysan. Il voulait créer une famille nombreuse et forte (ndlr : exactement ce que souhaitait le Duce) » Pourtant, ni lui, ni son épouse n’adhérèrent entièrement au fascisme : ils accueillirent négativement et, comme beaucoup d’Italiens, la déclaration de guerre. S’il est juste de critiquer l’attitude conservatrice commune, il est normal également d’en comprendre les fondements. À partir de quel moment, la révolte devient-elle, à son tour, l’expression de la tyrannie ? La posture d’Alessandro (Lou Castel) nous interpelle constamment: il s'abrite derrière des alibis - la maladie, en la circonstance l'épilepsie - pour justifier une réelle impuissance et une volonté criminelle. Le réalisateur percevait l'épilepsie en tant que représentation visuelle d'un symptôme excessif, lequel n'était, au fond, que l'expression funeste d'une forme « d'hypocrisie de l'adolescence. » (M. Bellocchio)  « Alessandro que l’on voit maintenant comme un fou, un crypto-nazi, un eugéniste, est apparu à l’époque comme un rebelle contre la famille en particulier, et les institutions en général. Je gardais un regard critique en montrant qu’il tuait froidement, éliminerait les faibles qui ont des problèmes physiques et mentaux », affirme le réalisateur. Plus tard, dans Buongiorno, notte (2003), Bellocchio décrivait une spirale dans laquelle les fils assassinaient leurs pères. « Dans les années 70 on voit le détournement des idées révolutionnaires au profit du terrorisme des Brigades rouges », ajoute-t-il. […] Avec « Les Poings dans les poches » - l’ascendance du titre est rimbaldienne -, Bellocchio montrait, en effet, les bornes et le danger d’un comportement immature.

Le 6/11/2019,

MiSha

 

 

 

 


 

I pugni in tasca
 
Paese di produzione Italia
Anno 1965
Durata 105 min (2700 m)
Dati tecnici B/N
Genere drammatico
Regia Marco Bellocchio
Soggetto Marco Bellocchio
Sceneggiatura Marco Bellocchio
Produttore Enzo Doria
Casa di produzione Doria Cinematografica
Fotografia Alberto Marrama
Montaggio Aurelio Mangiarotti (Silvano Agosti)
Musiche Ennio Morricone
Scenografia Gisella Longo
Costumi Rosa Sala
Interpreti e personaggi
Doppiatori originali