LES MISÉRABLES (France, 2019 – Ladj Ly)

 

 

Revue critique

 

« Porté par un élan qu’il sait insuffler à toute son équipe et à ses comédiens, le cinéaste dresse le portrait d’une banlieue qu’il connaît bien, pour y avoir grandi et filmé depuis de longues années. […] Comme dans « L.627 » auquel on songe parfois, le film se garde de tout regard dogmatique sur une réalité complexe et protéiforme. […] Enfermés quotidiennement dans une vaste prison à ciel ouvert, les jeunes n’ont, dès lors, plus rien à perdre puisqu’ils ont le sentiment d’être déjà incarcérés. » (F. Garbarz in : « Positif », n°705)

 

« Ici, pas de bons et de méchants mais des personnages pris dans un engrenage, une spirale de violence filmée à l’os, sans fioritures, sans les clichés qui collent à la banlieue (rap, drogue, etc.). Le scénario repose sur les trois unités propres au théâtre : unité de lieu, unité d’action, unité de temps. Tout se joue dans le huis clos de la cité. La caméra de Ladj Ly explose le temps, disséminant çà et là des allusions au roman de Hugo dont il reprend le titre. Et cette phrase qui sonne comme une épitaphe : « Il n’y a pas de mauvaise graine ni de mauvaise plante, il n’y a que des mauvais cultivateurs. » (M.-J. Sirach in « L’Humanité », 20/11/2019)

 

« Emmanuel Macron, à ce qu’il paraît, aurait été bouleversé par le film de Ladj Ly qui sort demain sur les écrans après avoir fait sensation à Cannes et qui est consacré à une flambée de violence en banlieue après une bavure policière. Il aurait même demandé à ses ministres d’agir au plus vite pour apporter des réponses à la situation des quartiers les plus en difficulté. […] L’anecdote sur « Les Misérables » en dit long. Il aurait donc fallu plus de deux ans à Emmanuel Macron pour s’apercevoir qu’il y a des problèmes dans les territoires urbains « oubliés » de la République. » (M. Ulrich, éditorial « L’Humanité », 19/11/2019)

 

« Les Misérables est un film complexe, qu’il serait un peu facile de réduire à un objet choc et sensationnaliste au regard du sujet qu’il traite – rien de moins que la banlieue, les violences policières, l’influence grandissante de l’Islam dans « les quartiers » et la représentation d’une révolte face à l’ordre. […] Les Misérables n’est pas un film à thèse, c’est même plutôt un film que l’on devine animé par la peur d’en être un et qui se pose dès lors constamment une question : comment construire un regard ? […] Indéniablement, il manque quelque chose aux Misérables pour livrer une réflexion qui parviendrait à tenir sa complexité et à construire un regard nuancé sans passer par un aplanissement généralisé. Mais il faut reconnaître aussi qu’on n’attendait certainement pas que le film soulève autant de beaux problèmes. » (J. Morel , Critikat.com, 20/11)

 

« Les Misérables de Ladj Ly se tient au point de rencontre entre Victor Hugo et Spike Lee, dont jailliront des étincelles éblouissantes. […] Ce paysage instable que Ladj Ly a mis en scène se désintègre sous les coups de la colère des jeunes, ceux qui n’ont pas encore appris l’art des arrangements avec l’ordre établi. Il ne reste qu’un huis clos dans une cage d’escalier, à l’issue forcément tragique, aussi spectaculaire qu’un finale de western, aussi inquiétant que les informations du jour. » (T. Sotinel in : « Le Monde », 20/11/2019)

 

« À Montfermeil, la cité des Bosquets s’embrase à la suite d’une bavure policière, filmée par un enfant. Une œuvre magistrale.

C’est rare, la mesure et la nuance pour traiter d’un sujet explosif. Encore plus rare quand un film épique en résulte, dont chaque minute captive. Voilà le prodige qu’offre aujourd’hui « Les Misérables », où une cité de Montfermeil, à l’est de Paris, devient le condensé de toutes les tensions sociales, puis une poudrière, sans qu’on passe jamais par les codes et les caricatures du cinéma dit de banlieue. » (L. Guichard, « Télérama », 19/11)

 

 

« Tout est inspiré de faits réels, de la première séquence jusqu’à la scène finale. Ce sont des choses que j’ai vues et vécues que j’ai filmées. Même l’histoire du lion volé dans un cirque. […] Ce qui se passe autour du film me dépasse. […] Comme on a délaissé ces territoires, les gens s’organisent comme ils peuvent pour faire en sorte que ça aille mieux et que ça ne dégénère pas. […] Quand on entend parler des religieux musulmans, dans les médias, on fait de suite l’assimilation islam=terrorisme, alors que dans nos quartiers, la religion joue un rôle social. […] Je voulais éviter les clichés. » (Ladj Ly, interview « Le Progrès », N. Chifflet, 20/11/2019)

 

 

« Je leur dis que « Les Misérables » est un film important, universel. C’est un film qui veut rassembler […] un film patriote sur la France multiculturelle, qu’on l’accepte ou pas. La première image montre des gamins qui soutiennent l’équipe de France. » (Ladj Ly aux votants de l’Académie des Oscars).

 

 

 

 


 

 

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  • LES MISERABLES
  • France 2019
  • Réalisation : Ladj Ly
  • Scénario : Ladj Ly, Giordano Gederlini, Alexis Manenti
  • Image : Julien Poupard
  • Décors : Karim Lagati
  • Costumes : Marine Galliano
  • Son : Arnaud Lavaleix, Matthieu Autin, Jérôme Gonthier, Marco Casanova
  • Montage : Flora Volpelière, Karim Lagati
  • Musique : Pink Noise
  • Producteur(s) : Toufik Ayadi, Christophe Barral
  • Production : SRAB Films
  • Interprétation : Damien Bonnard (Stéphane / Pento), Alexis Manenti (Chris), Djebril Didier Zonga (Gwada), Issa Perica (Issa), Al-Hassan Ly (Buzz), Steve Tientcheu (Le Maire), Almany Kanoute (Salah)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 20 novembre 2019
  • Durée : 1h42