(SIC TRANSIT) GLORIA MUNDI (2019 – R. Guédiguian)

 

  • Revue critique

 

« Dans Sic transit Gloria Mundi (pour lui donner son titre intégral), Guédiguian joue la carte du mélo flamboyant et de son émotion communicative. Il nous éblouit dès sa séquence d’ouverture (la naissance de Gloria, hommage à « Vie » de Péléchian), nous immerge dans le « Requiem » de Verdi, multiplie les coups de théâtre et fait de Gérard Meylan un taulard gitan, auteur de haïku et rédempteur christique. Il s’interroge sur ce qu’il est convenu d’appeler les liens du sang (Gloria, telle Mathilda [Anaïs Demoustier], a deux pères putatifs) et décoche ses flèches acérées à un « premier de cordée » arrogant et menteur qui se réclame de Macron (Grégoire Leprince-Ringuet). » (J.-L. Bourget in : « Positif », n° 705)

 

« Gloria Mundi est un mélodrame. Et qu’on ne prenne pas cela pour une réserve. Qu’ont fait d’autre Douglas Sirk ou Fassbinder, sinon parler de familles confrontées à la nécessité de survivre dans une époque donnée ? C’est bien de cela qu’il s’agit dans ce film, et c’est sa grandeur. […] Ce film qui s’ouvrait sur les vagissements d’une vie à venir s’achève sur l’œil noir d’un guichet de prison. Sur un homme à jamais enfermé. » (E. Breton, « L’Humanité », 27/11/2019)

 

« Ce n’est pas un hasard si, à quelques semaines d’intervalle, Ken Loach et Robert Guédiguian nous livrent le même diagnostic sur l’état du monde. À savoir le constat amer du triomphe de l’ultralibéralisme avec la réussite individuelle pour seul horizon, et la destruction des dernières solidarités, y compris au sein de l’ultime refuge que constitue la cellule familiale. […] Mais, au constat quasi clinique dressé par le Britannique (ndlr : « Sorry We Missed You »), Guédiguian préfère les sentiments et la dramaturgie. Celle qui donne à cette chronique sociale et familiale des allures de drame shakespearien et fait de sa morale un refus de fatalité. […] Dans le rôle de Sylvie, toujours digne malgré un travail éreintant, qui refuse de faire grève parce qu’elle n’a pas le choix, Ariane Ascaride, prix d’interprétation à Venise, est magnifique de retenue et d’humanité blessée. […] À la tête de sa troupe habituelle de comédiens talentueux, Guédiguian, en militant jamais résigné, force parfois le trait. Mais n’est-ce pas là toute l’essence de la tragédie ? » (C. Rouden , « La Croix », 27/11/2019)

 

« Gloria Mundi […] reparti de la dernière Mostra avec le prix de la meilleure actrice, appartient à la veine ténébreuse du cinéaste, dressant un constat sans appel sur l’état de concurrence généralisée qui sévit aujourd’hui dans la société. […] Même Marseille, le port d’attache de Guédiguian, n’y apparaît plus sous le jour rayonnant d’autrefois, mais comme une ville froide aux perspectives bouchées, où les hautes tours, tels des miradors vitrifiés, surplombent avec arrogance les quartiers lépreux, laissés à l’abandon. […] Mais ce tableau ne serait pas complet sans un regard extérieur : celui de Daniel (Gérard Meylan, complice des premières heures de Guédiguian), le père biologique de Mathilda, sortant de longues années d’incarcération et venant à Marseille rendre visite à sa petite fille. Ce personnage magnifique […] juste là pour aider les autres […] habite un versant repenti, pacifié de l’existence (il consigne des haïkus sur son carnet de notes). C’est à travers lui, ange gardien, conscience du passé, figure sacrificielle, que le film prend la forme d’un mélodrame, parfois simplificateur […] mais souvent bouleversant. Mélodrame politique où le paroxysme du malheur désigne ce qui est devenu invivable dans nos sociétés, ces forces conjuguées qui laminent les individus. Les personnages de « Gloria Mundi » traînent au fond d’eux […] un épuisement qui est aussi celui de notre monde. Jusqu’à quand pourra-t-il encore tenir ? (M. Macheret , « Le tableau d’un monde ubérisé, au bord de l’épuisement », « Le Monde » 27/11)

« Les mondes de Loach de la banlieue à Newcastle, au nord-est de l’Angleterre, et de Guédiguian, dans la banlieue de Marseille, sont les mêmes : ils sont rongés par la dépression des temps modernes des braves gens ordinaires, qui finissent broyés par le système. Le constat social […] pourrait se suffire à lui-même, mais Guédiguian y ajoute une strate de dramaturgie, dans une forme de tragédie grecque, faits de déchirements, d’adultère et de trahison familiale. (N. Chifflet, « Le Progrès », 27/11)



 

Réalisation Robert Guédiguian
Scénario Robert Guédiguian
Serge Valletti
Acteurs principaux

Ariane Ascaride (Sylvie)
Jean-Pierre Darroussin (Richard)
Gérard Meylan (Daniel)
Anaïs Demoustier (Mathilda)
Robinson Stévenin (Nicolas)

Sociétés de production Agat Films & Cie / Ex Nihilo
Pays d’origine  France
Durée 106 minutes
Sortie 2019

 

Ariane Ascaride et Gérard Meylan