Talking About Trees (Soudan, 2019 – S. Gasmelbari)

 

Revue critique

 

 

« Talking About Trees (« parler des arbres », le titre fait référence à un poème de Bertolt Brecht, […]) est avant tout un éloge, aussi bouleversant que convaincant, du cinéma comme art, mais aussi comme idée, puisque c’est tout ce qui restait à ces quatre irréductibles (ndlr : Ibrahim Shaddad, Suliman Ibrahim, Eltayeb Mahdi et Manar Al-Hilo réalisaient des films avant que l’alliance de l’armée et du clergé ne prenne le pouvoir au Soudan) : une idée du cinéma. […] Rentré au pays, Suhaib Gasmelbari n’a pu réaliser un film de fiction. C’est alors que son chemin a croisé celui du quatuor. […] Ibrahim Shaddad et ses complices se lancent donc dans une procédure kafkaïenne qui consiste à demander la levée d’une interdiction sans existence officielle. […] « Talking About Trees » est une comédie portée par quatre ironistes qui blaguent la difficulté qu’il y a à projeter un film en plein air à l’heure de la prière, quand la salle est entourée de mosquées. Et qui se moquent les uns des autres sans jamais perdre de vue que leur amitié leur a permis de traverser ces décennies de privation. Suhaib Gasmelbari les filme avec le respect que l’on doit aux vedettes de cinéma. Sa façon de montrer Khartoum privilégie les harmonies géométriques, les architectures désertées plutôt que la laideur moderne. Quand il resserre le cadre sur ses personnages, il le fait avec une attention affectueuse communicative. » (Thomas Sotinel, « Le Monde », 18/12/2019)

 

« Drôle et émouvant, ce documentaire primé à Berlin suit quatre cinéastes soudanais plus tout jeunes qui rêvent, malgré la censure du régime d’Omar El Béchir (ndlr : le film a été tourné avant la révolution populaire d’avril 2019) de faire renaître un cinéma de Khartoum en y organisant une projection de « Django Unchained ». En dépit de son sous-texte éminemment politique, cette ode au cinéma comme arme de liberté ne s’attarde jamais sur le contexte d’un pays longtemps malmené pour mieux nous embarquer aux côtés de ces attachants papys dont le fol espoir de voir renaître un jour leur art est peut-être en passe de se réaliser. » (Céline Rouden, « Le fol espoir d’un quatuor soudanais », « la Croix », 18/12)

 

« Sur un scénario découvert en 2015 (ndlr : La commission d’aide aux cinémas du monde était alors présidée par Abderrahmane Sissako), « Talking About Trees » du cinéaste Suhaib Gasmelbari, sort sur les écrans. Un document exceptionnel doublé d’une aventure humaine de cinéma, d’humour et de résistance politique. » (« L’Humanité », 18/12)

 

« C’est lorsque je suis revenu au Soudan, un an après la signature de ce qui s’appelait les accords de paix, en 2005, que j’ai commencé à penser au film en rencontrant ces quatre cinéastes. C’était l’époque du « fantôme de la liberté ». Je suis né à Omdourman, une vraie ville populaire, au nord de la capitale, mais plus ancienne. Khartoum a été construite du temps de la colonisation et est restée une ville administrative, réservée aux communautés européennes […] mon film en ce sens est oumdourmanien. » (S. Gasmelbari, entretien avec Michèle Levieux, « L’Humanité », 18/12) »

 

« Documentaire du manque, tourné dans la clandestinité absolue, « Talking About Trees » décrit d’abord le combat des quatre hommes pour organiser une projection publique dans un cinéma abandonné au nom idoine, la Révolution. […] Et la deuxième trame qui nourrit le film, travaillé de part en part par le motif du vestige, est précisément l’élégie d’un cinéma sinistré – un « héros mort », entend-on lors d’une interview radio, « un arbre magique » dont la survivance comme objet de culte profane pour une poignée d’irréductibles paraît concurrencer les vocalises du muezzin à la nuit tombée. » (S. Onana, « Bobines de résistance au Soudan », « Libération », 18/12)

 

 

« Talking About Trees », documentaire soudanais, 93 minutes. Sortie : 18/12/2019.