Histoire d’un regard (France, 2019 – documentaire, M. Otero)

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« C’est à compter d’Histoire d’un secret en 2003, que la documentariste Mariana Otero s’installe à demeure dans la conscience des cinéphiles. Avec ce très beau film, pesé et sensible, sur les raisons tenues cachées de la mort prématurée de sa mère, la réalisatrice en passera par la chronique d’une grève dans une entreprise de lingerie féminine (Entre nos mains, 2010), la prise en charge institutionnelle d’enfants autistes (À ciel ouvert, 2013), une histoire filmée du mouvement Nuit debout (L’Assemblée, 2017). Son œuvre va aujourd’hui à la rencontre de Gilles Caron, photojournaliste mystérieusement disparu en 1970, au Cambodge. Histoire d’un regard fait écho à Histoire d’un secret : le secret des êtres réside dans leur regard. »

(J. Mandelbaum, « Le Monde », 29/01/2020)

 

« La coïncidence entre l’une des dernières photos qu’il ait prises de ses deux petites filles et l’un des derniers dessins que ma mère avait faits de ma sœur et moi a été un signe. Je me suis intéressée à la disparition de Gilles Caron, j’ai rencontré sa femme et ses filles. Puis j’ai vite compris qu’il n’y avait rien à espérer du côté du Cambodge, le corps y était définitivement perdu. D’où l’idée de redonner une présence à son corps à travers ses photos. »

(M. Otero, « Caron ne réduit pas le personnage au sujet », entretien avec J. Mandelbaum, « Le Monde », 29/01)

 

« […] Une certaine discrétion caractérisait, semble-t-il, la personnalité de Gilles Caron, photoreporter pour l’agence Gamma […] C’est de ce retrait que part Mariana Otero : alors qu’on lui doit certaines des photographies les plus célèbres de la seconde moitié des années 1960 […] Durant sa courte période d’activité (1964-1970), Caron est monté au front des conflits et événements les plus significatifs de son temps. Ses images resplendissent de présences humaines intenses, saisies dans le feu ou la fugace parenthèse d’un regard éloquent. Le film ne se contente pas de compiler les meilleurs clichés de Caron, […], mais les investit comme un terrain propice à reconstituer des phases entières et décisives de reportages. […] C’est dans cet angle « analytique » que se situe la part la plus passionnante du film. Inscrire la photographie dans la dimension temporelle du cinéma permet de saisir la part de tâtonnement, de recherche, qui la caractérise – ce qu’on pourrait appeler « l’exercice » du regard. […] L’histoire d’un regard s’avère le meilleur fil à découdre pour retrouver l’homme disparu derrière l’objectif. »

(M. Macheret, « L’homme derrière l’objectif », « Le Monde », 29/01)

 

« […] Devant les scènes de Mai 68, Mariana Otero cherche le visage manquant de sa mère qui aurait dû se trouver dans la foule. Scrutant pendant des mois les planches-contacts de tous ses reportages, rétablissant la chronologie précise de ses déplacements, repérant l’endroit exact et le cadrage de ses clichés, elle épouse son cheminement intérieur, mental et physique. Cinéaste, elle cherche à comprendre comment il parvenait au milieu du chaos, à rendre si présents, si singuliers, les individus que son objectif isolait. […] Film magnifique et bouleversant, vibrant tombeau brodé de silence, au montage somptueux de délicatesse, cette Histoire d’un regard mêle celui, perdu, de Gilles Caron et celui, si intense, de Mariana Otero, au long d’un monologue de murmure ému. »

(J.-C. Raspiengeas, « Portrait intime d’un photoreporter disparu », « La Croix », 29/01)

 

« […] Ce qui impressionne ici, c’est la courte période considérée et l’intensité des situations traversées par le photographe qui veut toujours voir par lui-même, prend des risques tout en paraissant, sur les images qui le montrent ou lors d’une courte apparition télévisée, l’exacte antinomie du baroudeur cuirassé. Pendant six mois, Mariana Otero a exploré le disque dur que lui a confié la fondation Gilles-Caron, soit 100 000 photos, 4 000 rouleaux de pellicule numérisée. Son approche, presque japonaise dans l’attention minutieuse aux détails, la prudence des conjectures, le goût aussi pour les silences et la mélancolie entourant ce corpus, permettent aux images de se redéployer dans leur contexte, à l’échelle d’un quartier, d’un moment, d’une vie. »

(D. Péron, « Hommage par l’image », « Libération », 29/01)

 


 

« Histoire d’un regard », documentaire français, M. Otero. 93 minutes. Sortie : 29/01/2020.

 


 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Caron


 

Mariana Otero

Gilles Caron, Biafra 1967

G. Caron, D. Cohn-Bendit, mai 1968