Femmes d’Argentine (Que sea ley - Juan Solanas, 2019)

 

 

Que sea ley. Que ce soit loi. C’est le titre original de ce documentaire très militant qui retrace la mobilisation des femmes en Argentine entre juin et août 2018 pour obtenir une légalisation de l’avortement. Le projet de loi adopté par la Chambre des députés alors qu’un million de manifestant(e)s, foulard vert autour du cou, défilaient dans les rues, a échoué aux portes du Sénat, à sept voix près. C’était la septième fois qu’un tel projet, qui divise encore profondément la société argentine, était présenté sans succès devant la représentation nationale. Alors que la mobilisation des pro- et anti-avortement ne désarme pas, le film de Juan Solanas sort à point sur les écrans français pour éclairer les enjeux du débat et le replacer dans le contexte politique, économique et religieux de son pays. [...] Au-delà du sujet même de l’avortement, c’est la question de la laïcité, concept inconnu dans ce pays de tradition catholique, et plus globalement de la place des femmes qui est posée par les personnalités que le cinéaste interroge, reflétant un débat qui traverse actuellement toute l’Amérique latine.”

(Céline Rouden, “L’arme du cinéma en Argentine”, “La Croix”, 11/03/2020)

 

“ [...] À vouloir uniquement filmer le combat mené par les militantes pro-IVG, Solanas fait abstraction d’une idéologie qui bafoue le droit des femmes à disposer de leur corps. Exception faite d’une manifestation anti-avortement montrée très succinctement au début du documentaire, la voix des opposants reste à la périphérie des tribunes pro-IVG qui, au cœur du débat politique, constitue l’unique intérêt du réalisateur. De la même manière, la forme trop schématique et informative du film ne permet pas d’interroger fondamentalement le problème auquel fait face le féminisme, à savoir le bloc patriarcal derrière les institutions ; un problème qui, par ailleurs, existe à l’échelle internationale. Peut-être aurait-il fallu montrer les visages de ceux qui empêchent les femmes d’avorter légalement pour comprendre la racine du mal et poser le problème tel qu’il persiste ? Un combat est mieux mené quand on connaît les motivations et les faiblesses de son adversaire.”

(V. Touzé, “La Surface du problème”, “Critikat” 11/03)

 

En Argentine, “une adolescente devient mère toutes les 5 minutes, 400 000 femmes avortent clandestinement chaque année, 49 000 finissent à l’hôpital et 50 en meurent. Juan Solanas, fils du plus important des cinéastes argentins, Fernando Solanas, exilé à l’âge de 10 ans avec sa famille en France durant la dictature, vit actuellement en Uruguay. Entretien avec Michèle Levieux pour “L’Humanité”.

 

-         Comment avez vous décidé de tourner Femmes d’Argentine ?

 

-         J. S. : Un jour, j’ai pris ma caméra pour capter cette réalité qui me paraissait très importante. Je ne savais pas au début si je réalisais vraiment un film ou juste quelques séquences. Le Sénat aurait fait passer la loi, je n’aurais rien fait. [...] Il faut dire qu’au début le fait que je suis un homme n’était pas vraiment bien vécu dans les manifestations où la présence des femmes domine. Il y a beaucoup plus d’hommes dans les manifestations “pro-vie”. C’est totalement inversé. C’est un phénomène de pendule. Selon moi, il est clair que l’ennemi est le machisme, pas l’homme.

 

-         Et quelle a été la position des femmes quant au vote de la loi ?

 

-         J.S. : Au Parlement, le pourcentage du vote était de 49 % des femmes pour la loi et 51 % contre. Au Sénat, c’était 50/50. Elles sont très violentes. Tout est une question de pouvoir et d’idéologie, le fait d’être femme ne rentre pas en ligne de compte. Il ne faut pas oublier que Cristina Kirchner, qui a gouverné durant deux mandats, avec la majorité dans les deux chambres, était contre le droit à l’avortement. Elle était une présidente soi-disant de gauche alors que les femmes qui décèdent sont très pauvres.

 

(“Avec Juan Solanas, le cinéma fait honte au gouvernement argentin”, “L’Humanité”, 11/03)

 

« [...] En 2018, les militantes du droit à l'avortement en Argentine furent très près de l'emporter. Un septième projet de loi déposé en ce sens obtint une très courte majorité à l'Assemblée après un débat homérique de vingt-quatre heures. Mais il fut retoqué quelques semaines plus tard au Sénat. C'est ce court laps de temps que Juan Solanas [...] a mis à profit pour réaliser ce documentaire aussi utile que classique dans sa forme. Parcourant 4 000 kilomètres dans un pays en pleine crise économique, il est parti seul à la rencontre des femmes voulant témoigner de leur lutte, de leur souffrance, de la domination patriarcale. Muni d'une caméra, d'un trépied et d'un peu d'éclairage, il a pu, seul face à ses interlocutrices, recueillir sur le vif et sans filtre une parole brute, sincère et nécessaire. [...] Dans l'opinion publique, les proavortement gagnent du terrain. Echaudées, les femmes d'Argentine ont repris la mobilisation de plus belle. Le documentaire de Juan Solanas reste plus que jamais d'actualité. 

(Ph. Ridet, «Le Monde», 11/03)

 

« [...] Beaucoup de femmes interrogées par Juan Solanas révèlent le mépris avec lequel une partie de la caste médicale traite celles qui doivent recourir à une interruption volontaire de grossesse. Bien pires, les récits d'avortements clandestins sont tragiques, funèbres. Tous ces témoignages se succèdent sans doute un peu trop vite, comme si la nécessité était que toutes les paroles - ou le plus possible - soient dites. [...] Femmes d'Argentine ne se présente certes pas sous la forme d'un « documentaire de création », mais constitue néanmoins une œuvre de musiques et de couleurs. Les maquillages et costumes des manifestantes, à dominante bleu et vert, gais, très expressifs, amènent une beauté qui allume le mouvement social. [...] Au générique de fin, la chanson Libres propose, en miroir, un rythme également soutenu, mais plus posé et porté par la voix fluide et engagée de Mona Navarro. »

(E. Derobert, « Positif » n° 709, mars 2020)

 

 

 

 

 


 

 

 

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  • Femmes d’Argentine
  • (Que Sea Ley)
  • Argentine 2019
  • Réalisation : Juan Solanas
  • Scénario : Juan Solanas
  • Image : Juan Solanas
  • Son : Juan Solanas
  • Musique : Paula Moore
  • Producteur(s) : Victoria Solanas, Juan Solanas
  • Production : Cinesur SA, Les Films du Sud, Gameland
  • Distributeur : Destiny Distribution
  • Date de sortie : 11 mars 2020
  • Durée : 1h 26