Wadjda (Arabie saoudite, Haifaa Al Mansour - 2012)

À nouveau sur Arte, ce 1er/04/2020.

J'écrivais le 24/11/2016.

Vu hier sur, ARTE, "Wadjda" (2012), le premier film de la réalisatrice saoudienne Haifaa Al Mansour. Un événement puisqu'il s'agit de la première cinéaste d'Arabie Saoudite. Réalisé dans son pays avec un casting exclusivement local - Reem Abdullah, Waad Mohammed, la fillette Wadjda, entre autres -, le film convainc absolument parce qu'il refuse l'optique critique ouverte - qui lui aurait été, de toutes façons, proscrite - au profit de l'analyse psychologique subtile. Comme chacun sait, l'Arabie Saoudite est une monarchie religieuse implacable dirigée par un clan indéracinable ("les deux faces d'une même pièce") constitué par les héritiers de Saoud ben Mohammmed ben Mouqrîn et du prédicateur musulman Mohammed Ibn Abdelwahab. La loi du pays, en toutes circonstances, c'est Le Coran et la Sunna ou, plus justement, une vision littérale et conservatrice des textes religieux. Ici, la charî'a est de rigueur. Les femmes en sont, bien entendu, les victimes expiatoires. Le film n'insiste pas : les interdits, les restrictions et les obligations entravent l'existence humaine dans ses moindres détails et ce sont les femmes qui les subissent de plein fouet.

Comment donc une jeune fille aussi espiègle, dynamique et assoiffée de vie comme Wadjda pourrait-elle s'accommoder de tels principes ? Elle devrait aller à l'école avec l'abaya noire et le hijab traditionnel, dissimulant ainsi son visage et son corps, ne pas marcher avec son copain de toujours, éviter d'être vue par des hommes plus âgés, ne pas chanter trop fort - sa voix pourrait charmer les hommes -, ne pas écouter des poèmes d'amour - on décrète que parler d'amour est interdit en classe -, ne pas toucher le Livre Saint lorsqu'on est en période de menstruation et surtout ne pas le laisser ouvert (" Satan pourrait cracher dessus") etc. La liste est longue et Wadjda doit sans cesse ruser, contourner, négocier... Voilà pourquoi les petites combines et les arrangements parsèment la vie des Saoudiens et de Wadjda bien évidemment. En même temps, les hommes font ce qu'ils désirent : comme le papa de Wadjda qui prend une nouvelle épouse... sans abandonner tout à fait sa première épouse "qu'il aime encore", dit-il ! C'est ainsi.

Surtout, Wadjda voudrait, comme son petit ami, avoir un beau vélo... Mais, c'est impensable... Pensez-donc : Les femmes ne peuvent rien conduire ou enfourcher. Elles n'ont pas le sens de l'orientation et ne savent pas se guider. Wadjda est têtue cependant, sa bicyclette elle l'obtiendra. Une opportunité se présente : la directrice de l'école organise un concours de récitation coranique ("il faut obligatoirement psalmodier et non lire simplement") dont la gagnante percevra 1000 riyals. Wadjda se prépare donc avec une persévérance sans exemple : ce prix, elle l'aura. Mais, ne voilà-t-il pas qu'elle dévoile à sa directrice ce qu'elle fera de son prix : Acheter un vélo ! Une abomination pour une pieuse et fidèle croyante !!! La récompense sera donc redistribuée au profit de la cause palestinienne. Dépitée et immensément déçue, Wadjda c'est "Jean qui rit, Jean qui pleure". Heureusement, sa mère aime sa fille et s'en sent solidaire : elle n'a pas attendu son succès au concours - bien qu'elle en conçoive une légitime fierté - pour lui acheter sa belle bicyclette. A présent, elle peut pédaler fort, si fort que même son copain ne pourra plus la suivre. "Rattrape-moi si tu peux !", lui crie-t-elle. Le jour où les femmes seront totalement libres, les hommes ne pourront plus les rejoindre. « Wadjda, reviens, tu me plais ! »

MiSha.


 

Sortie France : 6/02/2013. Durée du film : 97 minutes.

 

 
 
 
ARTE.TV
 
Au royaume wahhabite, Wadjda veut transgresser le précepte qui interdit aux filles d’enfourcher un vélo... En 2012, l’Arabie saoudite entrait par la grande porte dans le cinéma mondial grâce à ce film subtil réalisé par une femme.
Au royaume wahhabite, Wadjda veut transgresser le précepte qui interdit aux filles d’enfourcher un vélo... En 2012, l’Arabie saoudite entrait par la grande porte dans le cinéma mondial grâce à ce film subtil réalisé par une femme.