Bubù (1971) Mauro Bolognini

 


 




 

 

 

 

 


 

 

 

  • Sono convinto che esistesse tra il regista e il libro di Charles-Louis Philippe una fortissima vicinanza di sensibilità e di coscienza. Inoltre, è naturalmente affascinante che le lettere MB siano le iniziali di Mauro Bolognini e altrettanto quelle del romanzo Bubu di Montparnasse. Questa somiglianza si riproduce per gli eroi del libro che, presso Filippo, si chiamano rispettivamente Berthe Méténier e Maurice Bélu. Non credo che Philippe abbia scelto questi nomi a caso. Non credo che Mauro Bolognini non se ne sia accorto e non abbia visto in quel segno un significato più profondo. È che Berthe ama Maurice alla follia. Ma Maurice ama anche Berthe. BM e MB è scritto. Maurice lo ama comunque in un modo divertente. C'è in questo fatto una forma di predestinazione, brevemente felice e troppo pienamente infelice. L'indicazione di un determinismo sociale momentaneamente insuperabile. È evidente: Bubù è un film pessimista. Ma preferisco, da parte mia, considerare questo pessimismo da un punto di vista gramsciani.

 

 

 

  • J’ai la conviction qu’il existait entre le réalisateur et le livre de Charles-Louis Philippe, une très forte proximité de sensibilité et de conscience. Aussi, est-il naturellement fascinant que les lettres MB soient les initiales de Mauro Bolognini et tout autant celles du roman Bubu de Montparnasse. Cette similitude se reproduit pour les héros du livre qui, chez Philippe, se nomment respectivement Berthe Méténier et Maurice Bélu. Je ne crois pas que Philippe ait choisi ces noms au hasard. Je ne crois pas que Mauro Bolognini ne l’ait pas remarqué et qu’il n’y ait pas vu dans ce signe une signification plus profonde. C’est que Berthe aime Maurice à la folie. Mais Maurice aime Berthe aussi. BM et MB c’est écrit. Maurice l’aime néanmoins d’une drôle de manière. Il y a dans ce fait une forme de prédestination, brièvement heureuse et trop pleinement malheureuse. L’indication d’un déterminisme social momentanément infranchissable. C’est évident : Bubù est un film pessimiste. Mais, je préfère, pour ma part, envisager ce pessimisme d’un point de vue gramscien. 

 

MiSha

 

 

 


 

 

 


 

 

 

Après le magnifique Metello (1970), inspiré du roman de l’écrivain florentin Vasco Pratolini, Mauro Bolognini tourna Bubù, librement adapté de Charles-Louis Philippe (1874-1909) et de son Bubu de Montparnasse, publié en 1901. Le réalisateur dirigeait, à nouveau, en tant qu’acteurs principaux, Ottavia Piccolo, dans le rôle de Berta, et Massimo Ranieri dans celui de l’étudiant Piero. Bubù, l’ouvrier-boulanger devenu souteneur, était en revanche incarné par un inconnu, le bel Antonio Falsi, « un jeune homme aimable et sympathique mais qui n’avait pas d’affinités avec le métier d’acteur », dira Ottavia Piccolo.[1] Bolognini n’avait pu compter sur Gian-Maria Volontè, retenu ailleurs. En second lieu, Massimo Ranieri, pourtant proche du rôle, refusa de l’incarner et exigea de jouer le « bon » rôle, celui de l’étudiant Piero. De fait, l’héroïne ce sera Berta. Et le film aurait pu se nommer Berta. Car, et ce n’était guère surprenant chez Mauro Bolognini et chez Charles-Louis Philippe, la condition de la femme et, à travers celle-ci, l’exploitation de son corps, en tant que marchandise, en constituait le thème central. Dans Metello, la fleuriste Ersilia, l’épouse du maçon joué par Massimo Ranieri, y occupait déjà une place remarquée. Du reste, Ottavia Piccolo obtint un Prix d’interprétation féminine à Cannes. Toutefois, elle n'aurait pu prendre la place centrale dans un récit marqué essentiellement par l'initiation sentimentale et l'apprentissage politique d'un jeune rural devenu ouvrier. Le réalisateur a ressenti sans doute le besoin de modifier la perspective. Mais il ne s'est pas éloigné du décor historique. Nous sommes encore à cheval entre deux siècles.

 

Vasco Pratolini et Charles-Louis Philippe parlait pour les humbles, les méprisés. Cependant, tous deux n’offraient pas une identique vision du monde. Il faut donc envisager les deux films tout à la fois conjointement et séparément. Ils forment les deux versants paradoxaux d’un monde et d’une époque. Bolognini qui avait tourné Metello à Florence ne pouvait, en raison d’impératifs de production, tourner, comme il l’aurait désiré, à Paris. « Ce film a été pour moi une épine dans le cœur », avoua-t-il plus tard à Jean Antoine Gili.[2] Il fut, par conséquent, contraint d'imaginer une cité italienne indéfinie, mais il ne cessa pas d’oublier que l’origine du sujet se trouvait en France, à Paris essentiellement. Bien des séquences, aux antipodes d'un formalisme trompeur, nous ramènent aux descriptions accablantes du romancier français. Il y a de la France dans cette Italie que Bolognini recomposait entre Turin, Milan… et Rome. Ottavia Piccolo décrit cette situation ainsi : « La scène initiale du film se déroule dans un lavoir, où Berta travaille en compagnie d’une multitude de collègues. Il s’agissait d’un vrai lavoir qui se trouvait à Rome, près du Janicule, et nous avons tourné en plein été, avec une chaleur asphyxiante. Dans le film, Berta salue ses camarades et sort dans la rue : sauf qu’on ne se trouve plus au Janicule mais sur le canal Pavese à Milan, avec de la brume et, même, très loin à l’horizon, le trafic des automobiles ! »[3] Toujours est-il qu’on entendra, par ailleurs, la voix de Léo Ferré chantant le poème Écoutez la chanson de Paul Verlaine, dans un prologue puis un générique qui renvoyait visuellement autant vers Toulouse-Lautrec, Manet et Renoir que vers les macchiaioli. Je me suis forcément posé la question : Pourquoi avoir nommé, en France, le film “Bubu de Montparnasse” qui, du reste, ne fut projeté que six ans plus tard à Paris ?

 

Le destin continuait, en quelque sorte, de s’acharner sur Charles-Louis Philippe, trop méconnu en nos contrées – nul n’est prophète en son pays -, trois fois recalé au Goncourt. Le film de Mauro Bolognini aurait pu constituer une incitation à une plus juste reconnaissance.

 Il est vrai que M. Philippe, tout comme Mauro Bolognini, travaillait avec obstination et rigueur, sans se préoccuper de “cirer les pompes” des officiels. À Maurice Barrès qu’il remercia de lui avoir, quand même, obtenu un poste à la préfecture de la Seine, il écrivit ceci : “Ma grand-mère était mendiante, mon père, qui était un enfant plein d’orgueil, a mendié lorsqu’il était trop jeune pour gagner son pain. [...] Il faut que je vous rappelle qu’il est en moi des vérités plus impérieuses que celles que vous appelez “les vérités françaises”. Vous séparez les nationalités, c’est ainsi que vous différenciez le monde, moi je sépare les classes. [...]”

 

Quant aux “femmes du trottoir” ou du bordel, il les voyait et les abordait, tout comme Mauro Bolognini, avec humanité et tendresse : selon lui, elles étaient encore des femmes, c’est-à-dire des êtres capables d’aimer et de raisonner. C’en était trop pour M. Jules Renard – l’auteur de Poil de carotte - qui, au sujet de Bubu de Montparnasse, jabotait ainsi, le caquetage embarbouillé de fausse morale : “Les misérables y raisonnent un peu trop. Ils se vantent. Tel marlou théorise. Une fille qui fait le trottoir est une pauvre femme mais n’oublions pas que c’est aussi une grue.”

 

 

 

MS

 


 

 

 

 Opinion

 

 

 

 

  •  « Bubù est sans conteste le film le plus lucide de Mauro Bolognini, celui qui laisse le moins d'ouverture et d'espoir aux personnages qu'il met en scène. À travers la peinture désabusée de la vie d'une femme (Berthe) issue d'un milieu populaire et de son amour pour Bubù, située au tournant du siècle, ce sont toutes les structures esclavagistes de l'Europe en voie d'urbanisation (le matériau de base est constitué par un roman français, mais de nombreux détails en font une œuvre profondément italienne) qui nous sont dévoilées par mélodrame interposé. 

 

[...] Ce film est malgré tout profondément italien (importance de la famille, sens de l'honneur, etc.) car il nous fait sentir le poids phénoménal qui écrase la femme italienne dans un pays où la misogynie est une véritable tradition sacrée, bénie par des institutions religieuses encore honteusement puissantes, dont la pérennité constitue une implacable négation de tout ce qui peut toucher à l'identité féminine. Dans ce sens, comparons la photo (voir plus bas) qui illustre cet article avec La naissance de Vénus de Sandro Botticelli ; nous voyons qu'à la représentation  idéaliste du peintre florentin qui nous offre une simple image du « beau » d'après des canons esthétiques figés par son époque, correspond dans un axe de composition à peu près semblable (rémanence culturelle ?) la figure défaite d'Ottavia Piccolo : les cheveux sales et tombants remplaçant la coiffure altièrement arrogante de l'archétype : exemple conscient ou non d'interprétation d'un fonds artistique national. »

 

(Raphaël Bassan, Écran 77, n° 57)

 


 

 Bubù (Bubu de Montparnasse). Italie, 1970. Eastmancolor, 97 minutes. Production : Manolo Bolognini. Réalisation : Mauro Bolognini. Scénario : Giovanni Testori, M. Di Nardo, M. Bolognini d'après le roman de Charles-Louis Philippe. Photographie : Ennio Guarnieri. Musique : Carlo Rustichelli. Chansons : Écoutez la chanson d'après le poème de Paul Verlaine Léo Ferré ; Ascolta la canzone Giorgio Gaber ; La maestra di mandolino Micalizzi, L. Proietti. Montage: Nino Baragli. Décors et costumes: Piero Tosi, Gabriella Pescucci. Direction artistique: Guido Josia. Interprétation: Massimo Ranieri (Piero), Ottavia Piccolo (Berta), Antonio Falsi (Bubù), Luigi Proietti (Giulio), Gianna Serra (Bianca). Sortie : 17 février 1971 en Italie.

 

 

 


 

 

 

 

 



[1] In : Vingt-cinq solistes pour un chœur, les actrices de Bolognini. Roberto Cadonici, Gliori, 2019.

[2] In : J. Gili : Le cinéma italien. 10/18. 1978.

[3] Opus cité.

 

Bubù. Ottavia Piccolo (Berta)

30e minute. Les premiers signes de la maladie infectieuse de Berta (Ottavia Piccolo) et la scène qui a suggéré la comparaison de Raphaël Bassan plus haut. Et le crissement du tramway, signe d'une modernité à venir... Le film a été tourné entre Milan et Turin. Cette dernière ville fut la première des cités italiennes à être dotée de tramways hippomobiles en 1871.

Après un prologue nettement « italien » - la couturière Berta, nonobstant l'attitude désapprobatrice de son père, quitte la demeure familiale pour rejoindre le bel ouvrier-boulanger Bubù. Elle traverse l'étage circulaire d'une « casa di ringhiera » et se retrouve au bras de son amant. Le générique défile alors avec le poème de Verlaine chanté par Léo Ferré et les images du repas dansé très évocateur d'Auguste Renoir, la boulangerie et le crissement du tramway...