Bubu de Montparnasse (Bubù - 1971, Mauro Bolognini)

 

  Après le magnifique “Metello” (1970), inspiré du roman de l’écrivain florentin Vasco Pratolini, Mauro Bolognini tourna “Bubù”, librement adapté de Charles-Louis Philippe (1874-1909) et de son “Bubu de Montparnasse”, publié en 1901. Le réalisateur retenait, à nouveau, en tant qu’acteurs principaux, Ottavia Piccolo, dans le rôle de Berta, et Massimo Ranieri dans celui de l’étudiant Piero. Bubù, l’ouvrier-boulanger devenu souteneur, était en revanche incarné par un inconnu, le très beau Antonio Falsi. Bolognini n’avait pu compter sur Gian-Maria Volontè, retenu ailleurs. À vrai dire, l’héroïne c’était Berta. Et le film aurait pu se nommer “Berta de Montparnasse”. Car, et ce n’était ni surprenant de la part de Bolognini, ni vraiment non plus de Charles-Louis Philippe, la condition de la femme et, à travers celle-ci, l’exploitation de son corps en tant que marchandise, en constituait le thème central. Dans “Metello”, Ersilia, l’épouse de l’ouvrier-maçon joué par Ranieri, y occupait déjà une place remarqué. Du reste, Ottavia Piccolo obtint un Prix d’interprétation féminine à Cannes. Toutefois, elle ne pouvait prendre la place centrale dans un récit marqué essentiellement par le combat pour l’émancipation ouvrière. Le réalisateur a ressenti sans doute le besoin de changer la perspective. Mais il n’a pas modifié l’époque fondamentalement : nous sommes encore à l’extrême fin du XIXe siècle.

  Vasco Pratolini et Charles-Louis Philippe parlait pour les humbles, les méprisés. Cependant, tous deux n’avaient pas une identique vision du monde. Il est, par conséquent, difficile d’envisager les deux films tout à la fois uniment et  séparément. Ils sont les deux versants paradoxaux d’un monde et d’une époque. Bolognini qui avait tourné “Metello” à Florence ne pouvait, en raison d’impératifs de production, tourner, comme il l’aurait désiré, à Paris. Il imagina donc une cité italienne indéfinie, mais il ne cessa pas d’oublier que l’origine du sujet se trouvait en France, à Paris essentiellement. Bien des séquences, au-delà de l’aspect calligraphique du film, nous ramènent aux descriptions du romancier français. Il y a de la France dans cette Italie que Bolognini situait entre Turin et Milan. On entend, par ailleurs, la voix de Léo Ferré chantant le poème “Écoutez la chanson” de Paul Verlaine. Je me suis forcément posé la question : Pourquoi avoir nommé, en France, le film “Bubu de Montparnasse” ? Du reste, même tourné en France, le film n’aurait jamais pu se situer dans ce quartier-là, celui-ci ayant considérablement changé depuis ? Quoi qu’il en soit, le destin continua de s’acharner sur le pauvre Charles-Louis Philippe, trop méconnu en nos contrées – nul n’est prophète en son pays -, trois fois recalé au Goncourt : le film de Bolognini ne fut jamais distribué en France et le public hexagonal ne put le découvrir qu’en mai 2006, et à la télévision uniquement. Fort heureusement, il est à présent diffusé en DVD.

  Il est vrai que M. Philippe, tout comme Mauro Bolognini, travaillait avec obstination et rigueur, sans se préoccuper de “cirer les pompes” des officiels. À Maurice Barrès qu’il remercia de lui avoir, quand même, obtenu un poste à la préfecture de la Seine, il écrivit ceci : “Ma grand-mère était mendiante, mon père, qui était un enfant plein d’orgueil, a mendié lorsqu’il était trop jeune pour gagner son pain. [...] Il faut que je vous rappelle qu’il est en moi des vérités plus impérieuses que celles que vous appelez “les vérités françaises”. Vous séparez les nationalités, c’est ainsi que vous différenciez le monde, moi je sépare les classes. [...]”

  Quant aux “femmes du trottoir” ou du “bordel”, il les voyait et les abordait, tout comme Mauro Bolognini, avec humanité et tendresse : selon lui, elles étaient encore des femmes, c’est-à-dire des êtres capables d’aimer et de raisonner. C’en était trop pour M. Jules Renard – l’auteur de “Poil-de Carotte” - qui jabotait ainsi, le caquet embarbouillé de fausse morale, à propos de “Bubu de Montparnasse” : “Les misérables y raisonnent un peu trop. Ils se vantent. Tel marlou théorise. Une fille qui fait le trottoir est une pauvre femme mais n’oublions pas que c’est aussi une grue.”     

MS


 

Bubù  
Paese di produzione Italia
Anno 1971
Durata 99 min
Genere drammatico
Regia Mauro Bolognini
Soggetto Charles-Louis Philippe (romanzo)
Sceneggiatura Mauro BologniniMario di NardoGiovanni Testori
Produttore Manolo Bolognini
Casa di produzione B.R.C. Produzione Film
Fotografia Ennio Guarnieri
Montaggio Nino Baragli
Musiche Carlo Rustichelli
Costumi Piero Tosi
Interpreti e personaggi

Ottavia Piccolo (Berta) : « Bubù »