Un vent de liberté (Iran, B. Behzadi – 2016)

 

Arte, mercredi 15 avril, 23 h 45

 

https://www.arte.tv/fr/videos/083249-000-A/un-vent-de-liberte/

 

  Que l’on soit en République islamique ou pas, certaines réalités se ressemblent. Elles sont telles qu'on les vit à l'Ouest, cet Ouest que les dirigeants iraniens critiquent fort volontiers. Le film de Behnam Behzadi nous fait donc comprendre que le « vent de liberté » qui submerge la belle Niloofar (Sahar Dowlatshahi) n’est rien d’autre que le besoin impérieux d’un monde qui étouffe… au même titre que sa mère, atteinte de détresse respiratoire et contrainte de s’expatrier au nord du pays.  Même à Téhéran, l’esprit religieux – le film ne parle jamais d’Allah et de son Prophète – ne souffle plus - à supposer que celui-ci puisse exprimer encore la solidarité, l’attention aux autres, l’amour…  

De fait, la cité est encombrée par la circulation, le pic de pollution atmosphérique atteint des sommets-records, au point que des gens fragilisés y portent des masques et que les écoles y sont fermées par intermittence… tandis que l’iPhone (ou le portable) ne cesse d’interrompre l’authentique dialogue ou le début de compréhension qui pourrait s’instaurer dans la vie familiale ou professionnelle.  Cette mise en perspective est également une manière de fluidifier le récit. Au fond, l’intelligence du réalisateur, digne de celle d’un Asghar Farhadi, est d'interroger d'abord le problème du libre-arbitre, celle d’une femme seule qui aimerait que les hommes (et l’institution familiale par conséquent) ne décident plus à sa place - celle de vendre son atelier de couture (« Vous décidez de ma vie, de mon travail et je dois l'apprendre par hasard », proteste-t-elle), voire même de changer une pièce de son automobile ! - ; puis de le questionner à la lumière de méfaits proprement actuels. La pratique de l’écoute et de l’empathie surgit aujourd'hui comme une exigence concernant l'humanité tout entière. Au fond, « Un vent de liberté » est un film d’une grande modernité. Aliénation et incommunicabilité sont les deux préjudices décrits ici. Qu'ils s'abattent, ici et partout dans le monde, essentiellement à l'endroit des femmes, ne surprendra guère. Le film doit cependant être lu et interprété selon plusieurs niveaux. Car, les êtres qui s’y meuvent – exceptés Niloofar, sa mère, sa nièce et quelques autres figures très rares – sont souvent mesquins, intéressés, hypocrites : en un mot d’une médiocrité confondante. Nous sommes persuadés, disons-le avec humour, qu’en d’autres circonstances, ils redeviendraient, comme par enchantement, de « très bons musulmans ». « Un vent de liberté » est un film singulièrement contemporain ; sa seule particularité est qu’il se situe en Iran, où le combat pour l’égalité et la liberté des femmes en constitue une donnée majeure.

MiSha


Un vent de liberté (Varoonegi). Iran, 2016. 81 minutes. Réalisation : Behnam Behzadi. Scénario : B. Behzadi, H. Shahsavari. Photographie : B. Badakhshani. Interprètes : Sahar Dowlatshahi (Niloofar), Ali Mosaffa (Farhad, son frère),  Ali Reza Aghakhani (Soheil), Setareh Pesyani (Soudabeh). Sortie en France : 19/07/2017.