M. Mastroianni, C. Gaioni.


  L’Assassino (E. Petri, 1961)

 

  En France, l’œuvre d’Elio Petri nous été rendue dans une chronologie désordonnée. Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) nous est infiniment célèbre. En revanche, ses premiers films nous restèrent longtemps méconnus. Ils nous sont progressivement dévoilés, à présent. Ainsi de « L’Assassin », son premier long métrage, sorti en 1961. On y trouve au générique artistique : Marcello Mastroianni, dans le rôle d’un antiquaire (Alfredo Martelli) injustement accusé de meurtre ; Micheline Presle, la maîtresse de celui-ci, et Salvo Randone, toujours aussi remarquable, dans le rôle du commissaire principal chargé de l’enquête. Cet acteur devient, au fil des années, l’interprète de prédilection du réalisateur : ici, il se fait appeler Palumbo (n’y voyez nul Columbo !). Or, on le retrouvera en plombier (Cesare Conversi) dans le rôle-titre d’ I giorni contati, le film suivant, et dans Enquête sur un citoyen… , mais à un niveau secondaire.

 Dans ce film noir, Petri a souvent recours au flash-back. Celui-ci fait intervenir les instants passés de l’accusé. Alfredo/Mastroianni n’est peut-être pas l’assassin de son amante, Adalgisa De Matteis (M. Presle) … mais son existence justifie qu’il puisse, à divers titres, se sentir au moins coupable. Surtout, à travers le portrait d’Alfredo, n’est-ce pas un certain type de citoyen italien qui y est critiqué ? L’Assassin contient déjà les thèmes essentiels du cinéaste. Olivier Maillart écrit : « Qu’on pense aussi à cette scène de « L’Assassin », dans laquelle Mastroianni ouvre la porte à de mystérieux visiteurs, des inspecteurs de police, mais qui tardent tant à expliquer le sens de leur visite qu’on les prendrait presque pour les employés du tribunal qui réveillent Joseph K., un beau matin, dans les premières pages du « Procès ». Angoisse devant la Loi devenue folle (ndlr : à ce titre, le film entretient une parenté avec Détenu en attente de jugement de Nanni Loy, avec Alberto Sordi), violent rejet de la corruption comme de la vie mutilée que la société capitaliste moderne tend à imposer à tous, baroquisme de la mise en scène (mais aussi, et parfois en même temps, réelle élégance dans la conduite du récit, notamment dans l’entrecroisement des temporalités qui caractérise L’Assassin  ou Enquête… avec leurs nombreux flash-backs) […] » La conclusion demeure pessimiste : « L’assassin » a certes passé une drôle de journée, mais, sourire aux lèvres, il n’a guère perdu le goût des belles cylindrées. Alfredo Martelli se prépare à conduire un nouveau modèle qui lui facilitera sûrement d’autres conquêtes féminines. Vive l’Italie du « boom » économique… sauf, pour ceux qui, privé d’emploi et de toit, font la manche à Rome ou dans n’importe quelle grande cité de la péninsule !  

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 L'Assassino. Italie, 1961. 94 minutes. Noir et blancProduction : Franco Cristaldi, Titanus. Réalisation : Elio Petri. Scénario : Pasquale Festa Campanile, Massimo Franciosa, Antonio Guerra, E. Petri. Photographie : Carlo Di Palma. Musique : Piero Piccioni. Montage : Ruggero Mastroianni. Interprétation : Marcello Mastroianni (Alfredo), Micheline Presle (Adalgisa), Salvo Randone (le commissaire Palumbo), Andrea Checchi (Morello), Cristina Gaioni (Nicoletta). Sortie en Italie : 27 mars 1961.

« L'assassino était un film post-antonionien, sur un personnage aliéné, un film sur l'incommunicabilité. Parallèlement, je cherchai à introduire un discours sur la police et les rapports de type kafkaïen avec l'autorité. En Italie, et partout dans le monde, du moment que vous êtes face à l'autorité, vous êtes coupable. » (E. Petri à Jean Antoine Gili).

 


 

Adalgisa (Micheline Presle) à Alfredo (M. Mastroianni) : « C'est ce que j'aime chez toi : tu crois encore à l'infidélité, alors qu'il ne s'agit que de nous et de nos désirs. »