Giorgio BASSANI : Gli occhiali d’oro/Les Lunettes d’or

 

 

 

  • Incipit. Chapitre 1.

 

  “ Le temps a commencé à éclaircir leurs rangs, et pourtant on ne peut encore dire qu’ils soient peu nombreux, à Ferrare, ceux qui se rappellent le docteur Fadigati[1] : ils revirent certainement Athos Fadigati, l’oto-rhino-laryngologiste dont le cabinet médical et le domicile se trouvaient via Gorgadello, à deux pas de la piazza delle Erbe, et qui a fini si mal, le pauvre homme, si tragiquement, lui qui, quand il était jeune et qu’il était venu de sa Venise natale s’établir dans notre ville, avait paru promis à la plus normale, à la plus tranquille et, par cela même, la plus enviable des carrières…

  Ce fut en 19, tout de suite après l’autre guerre. Pour des raisons d’âge, je ne puis, moi qui écris ces lignes, donner qu’une image plutôt vague et confuse de cette époque. Les cafés du centre regorgeaient d’officiers en uniforme ; à chaque instant, dans le corso Giovecca et dans le corso Roma (aujourd’hui rebaptisé corso Martiri della Libertà), passaient des camions pavoisés de drapeaux rouges ; sur les échafaudages qui recouvraient la façade en construction de l’immeuble des Assicurazioni Generali, face au côté nord du château, était tendu un énorme calicot publicitaire écarlate qui invitait amis et adversaires du socialisme à boire ensemble l’APÉRITIF LÉNINE ; des bagarres entre paysans et ouvriers maximalistes d’une part et anciens combattants d’autre part éclataient presque tous les jours… Ce climat de fièvre, d’agitation et d’insouciance générales dans lequel se déroula la première enfance de tous ceux qui devaient devenir des hommes au cours des vingt années suivantes de fascisme, dut en quelque sorte favoriser le Vénitien Fadigati. Toujours est-il qu’en 25, lorsque, chez nous aussi, l’agitation commença à s’apaiser et que le fascisme, s’organisant en grand parti national, fut en mesure d’offrir des situations avantageuses à tous les retardataires (fu in grado di offrire vantaggiose sistemazioni a tutti i ritardatari), Athos Fadigati était déjà solidement établi à Ferrare, médecin titulaire d’une magnifique clinique privée et, de plus, directeur du service nez-gorges-oreilles du nouvel Arcispedale Sant’Anna.

  Comme on dit, ça avait marché (Aveva incontrato, come si dice). On apprécia que, plus très jeune et avec l’air, alors déjà, de ne l’avoir jamais été, il eût quitté Venise (il le raconta lui-même un jour) non tant pour chercher fortune dans une ville autre que sa ville natale, que pour fuir l’atmosphère angoissante d’une vaste maison sur le Grand Canal, où il avait vu s’éteindre en peu d’années son père, sa mère et une sœur très aimée. Ce qui avait plu, c’étaient ses manières courtoises et discrètes, son évident désintéressement et son esprit de charité raisonné vis-à-vis de ses malades les plus pauvres. Mais plus encore que ces raisons, c’est la manière dont il se présentait qui dut lui servir de recommandation : ces lunettes d’or qui scintillaient sympathiquement sur le teint terreux de ses joues glabres et l’embonpoint nullement déplaisant de son grand corps de cardiaque congénital, échappé par miracle à la crise de la puberté et toujours enveloppé, même l’été, de douillets lainages anglais (pendant la guerre, il n’avait pu, pour raisons de santé, servir que dans la censure postale). Bref, il y eut certainement en lui quelque chose qui, dès le premier abord, attira et rassura.

  Le cabinet de la via Gorgadello, où il recevait tous les après-midis de quatre heures à sept heures, compléta plus tard son succès.

  Il s’agissait d’un lieu de consultation vraiment moderne, tel que, jusqu’alors à Ferrare, aucun docteur n’en avait jamais eu de pareil.

  Comprenant un cabinet médical impeccable, qui, quant à la propreté, à l’équipement et même aux dimensions, ne pouvait être comparé qu’aux locaux analogues de l’Hôtel-Dieu Sant’Anna, il disposait en outre des huit pièces, pas moins ! de l’appartement privé contigu, ainsi du même nombre de salles d’attente pour les clients. Nos concitoyens, surtout les plus notables socialement, en furent éblouis. Ne pouvant plus tout à coup supporter le désordre, pittoresque, si l’on veut, mais trop familier et, au fond, équivoque, où les trois ou quatre autres vieux spécialistes locaux continuaient de recevoir leurs clientèles respectives, ils y virent comme un émouvant hommage personnel. Où étaient, chez Fadigati – ne se lassaient-ils jamais de répéter – les interminables attentes, entassés les uns sur les autres comme du bétail, à écouter, à travers de minces cloisons, les voix plus ou moins lointaines de familles presque toujours joyeuses et nombreuses, cependant qu’à la faible lueur d’une ampoule de vingt bougies, l’œil, en parcourant les lugubres murs, ne trouvait pour l’arrêter qu’un DÉFENSE DE CRACHER ! en majolique ou la caricature d’un professeur de Faculté ou d’un confrère, pour ne pas parler d’autres images, encore plus mélancoliques et de mauvais augure, représentant des malades en train de recevoir d’énormes clystères sous les regards d’un plein amphithéâtre ou des laparotomies auxquelles, ricanante, procédait la mort elle-même, déguisée en chirurgien ? Et comment, comment était-il possible que l’on eût supporté jusque-là d’être traité, en somme, comme au Moyen-Âge ?

  Aller chez Fadigati fut bientôt plus qu’une mode : cela devint une véritable distraction (Andare da Fadigati costitui ben presto, più che una moda, una vera e propria risorsa). Les soirs d’hiver, en particulier, lorsqu’un vent glacial, venu de la piazza del Duomo, s’engouffrait en sifflant dans la via Gorgadello, c’était avec une nette satisfaction que tel riche bourgeois, emmitouflé dans son gros manteau fourré, prenait comme prétexte le moindre mal de gorge pour franchir le seuil de la petite porte qui était entrouverte, gravir les deux rampes d’escalier et sonner à la porte vitrée. Là-haut, de l’autre côté de ce magique rectangle de lumière, à l’ouverture duquel présidait une infirmière en blouse blanche, toujours jeune et toujours souriante, là-haut, donc, il trouvait les radiateurs d’un chauffage central qui marchait à toute vapeur, et cela, non pas comme chez lui, mais même pas, ou presque, comme au Cercle des Commerçants ou à celui des Amis. Il trouvait des fauteuils et des divans en abondance, des guéridons où s’amoncelaient des revues toujours récentes et des abat-jours d’où pleuvait une lumière blanche, forte et généreuse. Il trouvait des tapis qui, si l’on était fatigué de rester là à somnoler bien au chaud ou à feuilleter les revues illustrées, lui donnaient envie de passer d’un salon à l’autre, en contemplant les innombrables tableaux et gravures, anciens et modernes, accrochés aux murs.

  Il trouvait enfin un médecin débonnaire et disert, qui, pendant qu’il le faisait personnellement entrer « par là » pour lui examiner la gorge, semblait surtout anxieux, en authentique homme du monde qu’il était, de savoir si son client avait pu, quelques soirs plus tôt, aller écouter, au Théâtre Municipal de Bologne, Aureliano Pertile dans Lohengrin ; ou bien, que sais-je ? s’il avait bien vu le De Chirico ou la toile « Casoratienne » qui étaient accrochés à tel mur de tel salon, ou ce qu’il avait pensé du De Pisis[2] ; et il manifestait du reste le plus grand étonnement si, en entendant nommer ce dernier, le client avouait non seulement ne pas connaître De Pisis mais avoir attendu jusqu’alors pour apprendre que Filippo De Pisis était un jeune peintre ferrarais plein de promesses. En somme, un espace confortable, agréable, raffiné et, même, riche d’enseignements. Où le temps, ce maudit temps, qui a toujours été partout le grand problème de la province italienne, passait que c’en était un plaisir. •

© Giorgio Bassani, 1958.

 

 


 

› Natif de Bologne, Giorgio Bassani (1916-2000) a passé toute son enfance et son adolescence à Ferrare. Son œuvre est directement liée à son expérience personnelle, elle-même reliée à l’histoire d’un pays et d’une cité particulière. Issu d’une famille de la bourgeoisie juive, Bassani aura vécu une jeunesse heureuse, chargé des illusions d’une intégration à la nation italienne et d’une émancipation réussie. Le père de Bassani a connu l’expérience de la Première Guerre mondiale, il s’est même engagé volontaire au combat. La famille Bassani a cru au fascisme. Elle ne fut pas la seule : de nombreux Juifs ont adhéré au fascisme, et, tout particulièrement, à Ferrare. Or, dans un ciel apparemment dépourvu de racisme, le régime mussolinien adopte brusquement un profil ouvertement ségrégationniste. Les lois raciales antisémites de 1938 bouleversent l’existence de Bassani. À partir de cet instant, l’écriture s’impose à lui comme le besoin vital de rendre compte de cette expérience douloureuse. Toutefois, Giorgio Bassani ne s’y résigne pas. Il participe à la Résistance dès 1937.

Les romans ou nouvelles écrites par Bassani sont regroupées, pour l’essentiel, dans un ensemble appelé « Le Roman de Ferrare ». « Gli occhiali d’oro » (« Les Lunettes d’or ») succède aux « Cinque storie ferraresi » et précède « Le Jardin des Finzi-Contini », l’œuvre la plus célèbre de son auteur, datant de 1962. Bassani a reçu le prix Strega pour ses premières nouvelles publiées en 1956 et le prix Viareggio pour « Il giardino dei Finzi-Contini ».

« À travers « Le Roman de Ferrare », Bassani décrit les différents mécanismes d’une idéologie qui dénote un refus de la différence culturelle, politique et identitaire. Il dépeint ainsi les multiples ruptures sociologiques que le Ventennio a provoquées dans une société italienne où juifs et catholiques ont vu leur chemin se séparer dramatiquement », écrit Sophie Nezri-Dufour. L’œuvre de Bassani a, bien entendu, une portée littéraire incomparable. Elle ne saurait être réduite à une dimension uniquement dénonciatrice. Face au chaos et à l’absurdité du monde, Bassani recrée esthétiquement un univers cruellement défait et dont la disparition est forcément définitive.

Muriel Gallot, traductrice en français des « Lunettes d’or », écrit : « Bassani a souvent, dans ses souvenirs isolé cinq années de sa vie, les années fatales, celles qui vont de 1937 à 1943. » Le romancier se détacha complètement soit de sa famille, soit de sa ville « devenues par certains côtés étrangers à tout ce qui l’avait entouré jusqu’alors. » (in : « In risposta V » avec Anna Folli) « Les Lunettes d’or » est le premier texte situé au cœur de ses cinq années, tout comme le sera « Il giardino dei Finzi-Contini ». La deuxième partie de ce dernier roman débute à l’instant où « Gli occhiali d’oro » s’achève. Italo Calvino note, dans une missive expédiée à François Wahl, le traumatisme « bassanien » (22 juillet 1958) : la persécution antijuive vécue dans la société bourgeoise ferraraise. Le romancier quitte sa ville en août 1943 avec un sentiment de rupture. Dans « Une nuit de 43 », nouvelle adaptée à l’écran par un autre Ferrarais, Florestano Vancini, Bassani expose les griefs : « Aucune ville de l’Italie du Nord n’avait fourni à la république de Salò un plus grand nombre d’adhérents, aucune bourgeoisie n’avait été plus prompte à s’incliner devant les sinistres étendards, les mitraillettes et les poignards de ses diverses milices et corps spéciaux. » (Chapitre 4)

Bassani ne s’est pas limité cependant à l’exclusion juive survenue à la fin des années 30. Il a débusqué l’essence même du fascisme, régime d’exclusion par excellence. « Les Lunettes d’or » en offre un tableau plus complet. Le destin du docteur Fadigati se rapproche de celui de Giorgio Bassani. « Le malheur sans grandeur de l’homosexuel n’est compris que par le narrateur, ce qu’Attilio Fadigati avait bien noté : être juif en 1937 donnait au jeune homme une sensibilité qu’il ne pouvait partager qu’avec d’autres exclus. »  

« Gli occhiali d’oro » fut adapté à l’écran par Giuliano Montaldo en 1987. L’écrivain souffrit qu’elle ne soit pas à la hauteur de cette description de deux êtres marginalisés au sein d’une société totalitaire et conformiste. L’écrivain renia aussi le film de Vittorio De Sica, réalisé dix-sept ans auparavant, transcription du « Jardin des Finzi-Contini ». Il reprochait à ce film d’avoir instruit l’idée d’un narrateur extrayant « l’encre de son écriture des cendres de son père. » (Lire « Il giardino tradito », Opere, p. 1261). On n’omettra pas de signaler que l’œuvre de Bassani échoua initialement dans les mains de Valerio Zurlini, cinéaste natif de Bologne et qui avait une profonde connaissance de la spécificité ferraraise et de l’opus bassanien. Pourtant, le film de Vittorio De Sica conserve, en dépit de tout, une grande part d’authenticité : le sentiment d’un « paradis perdu » et circonscrit et la conclusion s’achevant en une plongée panoramique sur Ferrare, « la ville de toute part et l’espace/vert infini qui l’entoure ». Tout ramène vers cette cité autant aimée qu’haïe, cité à la conscience collective apathique et souffrante.      

 

 



[1] Le docteur Fadigati revient dans divers romans : le narrateur du « Jardin des Finzi-Contini » (1962) raconte à son ami Malnate au chap. 8 de la troisième partie, dans un débit de vin de la via Gorgadello, toute l’histoire du docteur Fadigati et son amitié pour lui, ce qui marque la continuité entre les deux romans. Dans le texte suivant, Derrière la porte (1964), qui se passe à la fin des années vingt, c’est le docteur Fadigati qui soigne le jeune héros d’une infection aux amygdales.

[2] Filippo De Pisis (1896-1956) est né à Ferrare. Après avoir côtoyé la peinture métaphysique et Giorgio Morandi, il travaille à Paris dans les années vingt. Ses natures mortes sont célèbres tout comme ses portraits. Alberto Finzi-Contini (dans Le Jardin des Finzi-Contini) a accroché dans sa chambre un petit nu masculin de De Pisis, notoirement homosexuel. La première édition des Occhiali d’oro (1960) est illustrée par une aquarelle du peintre de 1932, représentant un jeune garçon allongé sur une serviette de bain ; l’édition de poche Oscar Mondadori de 1970, par une troublante tête de jeune garçon peint en 1926.


 

Giorgio BASSANI

« Gli occhiali d'oro » (1987), - R. Everett, Ph. Noiret

Ferrare. Perspective du Cours Giovecca. La construction de cette rue a lieu à la Renaissance sous la direction de l'architecte Biaggio Rossetti. Les travaux avaient été commandés par le seigneur de la ville, Ercole I d'Este, au pouvoir jusqu'en 1505, afin d'élargir les frontières de la cité. Giovecca ? « L'étrangeté de ce nom, appliqué à la principale avenue de Ferrare, soulève mainte perplexité, écrit Dominique Fernandez. Un dérivé du provençal "luec", jeu; le quartier étant réservé autrefois aux fêtes et divertissements populaires ? Ne serait-ce pas plutôt une variante du mot vénitien Giudecca, pour indiquer le lieu des Juifs ? Omniprésence des souvenirs juifs à Ferrare ; et le sénateur PCI Mario Roffi [ ndlr : décédé en 1995] nous montre près du cours, contiguë au palais Bonacossi que distingue une tour crénelée, la maison natale de Bassani, via Cisterna del Follo. La citerne était la vasque où l'on purgeait la laine, au moyen de l'instrument dit "follo". Dans la cour d'angle de la maison, débordant du mur d'enceinte, s'épanouit un splendide magnolia. Les Bassani le plantèrent en 1939, peu de temps après la promulgation des « leggi razziali ». Non loin de là, sous les remparts, le cimetière juif, qui est, avec celui de Prague, le plus beau et le plus poétique des cimetières juifs au monde, a gardé un caractère rustique. »

Roberto LONGHI (1890-1970). Historien de l'art, célèbre pour avoir minutieusement étudié des artistes comme Piero della Francesca, Brugghen, Caravage, Velasquez, Masaccio entre autres. Il fit un voyage de deux ans - entre 1920 et 1922 - afin d'y visiter églises, monuments, musées et collections d'art. Dans le même temps, cet érudit fut un esthète de la plume. Au moyen d'une écriture raffinée et d'un style approprié, il laissera une fine analyse de l'art du Trecento et du Quattrocento dans des revues et à travers des ouvrages devenus des classiques. En 1934, il est nommé professeur d'art médiéval et d'art moderne à l'université de Bologne. Giorgio Bassani ira suivre ses cours de Ferrare à Bologne. On peut songer à lui s'agissant du personnage créé par l'auteur, à savoir le docteur Athos Fadigati. Le chapitre 5 du roman évoque le trajet Ferrare-Bologne et la présence de Fadigati dans un train peuplé d'étudiants. La solitude et la singularité du personnage y sont décrites parfaitement. « Le personnage est extraordinairement vraisemblable, une des créatures les plus humaines de Bassani », écrit Muriel Gallot qui ajoute : « On notera qu'il n'est pas ferrarais, qu'il a la distinction des Italiens du Nord, esthète, un rien précieux. Pourrait se profiler comme modèle le maître par antonomase, Roberto Longhi, le but en fait du déplacement du jeune narrateur vers Bologne, tout comme celui de Bassani au même âge. » Parmi ses autres élèves, très nombreux à dire vrai, on retrouve les noms de Pier Paolo Pasolini et du poète Attilio Bertolucci, le père du réalisateur Bernardo Bertolucci. En 1943, Longhi démissionne de sa chaire de Bologne, à la suite de son refus d'adhérer à l'éphémère république de Saló. Il fonde en 1949 la revue « Paragone » avec son épouse Anna Banti, historienne, critique d'art et romancière.


 

Le docteur Fadigati, les sportifs et la musique

 

  « [...] De temps en temps, il faisait un voyage ou, pour lui emprunter sa propre expression, il s'accordait "une escapade" à Venise pour la Biennale ou à Florence pour le Mai florentin. Eh bien, maintenant que les gens savaient, il pouvait se faire qu'on le rencontrât en pleine nuit dans le train, comme cela arriva pendant l'hiver 1934 à un petit groupe de Ferrarais qui s'étaient rendus au Berta de Florence pour un match de football, sans que personne se permît les malicieux «Tiens, tiens, en voilà une rencontre ! » toujours de rigueur entre Ferrarais, dès qu'ils se trouvent en dehors du territoire exigu limité par les rives parallèles du Reno et du Pô. Après qu'ils l'eurent invité avec empressement à s'installer dans leur compartiment, nos braves sportifs, qui n'étaient certes pas des musicomanes (Wagner : à ce seul nom ils avaient le sentiment de sombrer dans un océan de tristesse !), restèrent là, sages comme des images, à écouter un compte rendu enthousiaste que leur fit Fadigati du Tristan que Bruno Walter avait dirigé, ce même après-midi, au Municipal de Florence. Fadigati parla de la musique de Tristan, de l'admirable interprétation qu'en avait donnée le "maestro germanique", et, surtout, du second acte de l'opéra, qui, dit-il, « n'est qu'une longue plainte d'amour ».

Gli occhiali d'oro. Giorgio Bassani. Gallimard, 1962.

 


 

 

Bruno Walter dirige Tristan et Isolde (R. Wagner)