Dieci ritrovati (I)


 

  • Antonio Gramsci - I giorni del carcere (1977)

 

Italie. b/n. 127 minutes. Réalisation : Lino del Fra. Scénario : L. Del Fra, Cecilia Mangini, Piergiovanni Anchisi. Photographie : Gábor Pogány. Musique : Egisto Macchi. Montage : Silvano Agosti. Interprétation : Riccardo Cucciolla (Antonio Gramsci), Mimsy Farmer, Paolo Bonacelli. Léopard d’Or au Festival de Locarno 1977

 « La vie politique et intellectuelle de Gramsci (Riccardo Cucciolla) dans la prison de Turi (Pouilles), de juillet 1928 à octobre 1933, où il rédige ses « Cahiers » dans lesquels il prend ses distances avec la théorie stalinienne du social-fascisme. Del Fra met en relief un Gramsci polémiste, assez peu conformiste dans le cadre de la culture politique italienne de l’époque. La réduction du feuilleton télévisuel gomme beaucoup de figures, surtout celles des femmes : Tatiana, sa belle-sœur (Lea Massari) et Giulia Schucht, sa compagne (Mimsy Farmer). Paolo Bonacelli (Bocchini) compose un chef de la police odieux et captivant. »

(Il Mereghetti – Dizionario dei film 2017 . Baldini-Castoldi)

https://www.youtube.com/watch?v=Mi9T0mrFrIs&feature=emb_logo&ab_channel=RebeldeMule



 

 

  • La città dolente (1949)

 

Italie. b/n. 98 minutes. Réalisation : Mario Bonnard (avec E. Moretti). Scénario : M. Bonnard, Anton Giulio Majano, Aldo De Benedetti, Federico Fellini. Photographie : Tonino Delli Colli. Montage : Giulia Fontana. Production : Istria Scalera Film. Interprétation : Luigi Tosi, Barbara Costanova, Gianni Rizzo, Elio Steiner, Constance Dowling.

  Après le second conflit mondial, le traité de Paris (10 février 1947), consécutif à la conférence tenue dans la même ville, attribue la souveraineté de la ville de Pula (Pola), ancienne cité romaine sise en Istrie sur la côte dalmate, à la Yougoslavie socialiste du maréchal Tito. À l’issue de la guerre, Pola est préalablement assiégée par les troupes yougoslaves (4 mai 1945). En 1947, en l’espace de quelques mois, 28 000 italiens c’est-à-dire la quasi-totalité de la population italienne de la cité, s’expatrient, effrayés par les exécutions de masse effectuées par les partisans communistes. Ces massacres sont commis dans des grottes (foibe) d’origine karstique. La nature et l’ampleur de ces crimes demeurent encore l’objet de dures polémiques. On s’explique ainsi l’anonymat d’un pareil film et le silence dont il fut entouré à sa sortie. Restauré, il a été redécouvert à la Biennale de Venise en 2008. La città dolente (La ville douloureuse) ressort étrangement dans la filmographie italienne et, tout autant, chez un vieux routier comme Mario Bonnard (1889-1965), acteur à succès au début du XXe siècle devenu producteur et réalisateur à l’ère du parlant. Celui-ci s’illustra, avec un certain métier, dans le mélodrame et surtout la comédie (Il feroce Saladino qui fit découvrir, en 1937, Alida Valli et Alberto Sordi ; Campo de’Fiori (1943) avec Anna Magnani et Aldo Fabrizi, les deux futurs protagonistes de Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini). « À travers l’exode des habitants de Pola, écrit Geoffroy Caillet, cet épisode dramatique [...] donne au film un caractère historique de premier ordre. La caméra d’Enrico Moretti, coréalisateur chargé des prises de vues de l’exode, filme les exilés embarquant sur les bateaux qui les emmènent à Trieste. Elle traduit leur douleur à travers des scènes emblématiques, où on les voit arracher jusqu’aux clous de leur mobilier et exhumer du cimetière les cercueils de leurs défunts pour les emporter avec eux. » (In : Dictionnaire du cinéma italien, Nouveau Monde Éditions).  À cette observation quasi documentaire, se greffe le récit d’un couple déchiré par les choix à adopter. Silvana (Barbara Costanova) n’attend presque rien du régime socialiste tandis que Berto (Luigi Tosi) cherche à tirer parti du système. L’habileté du cinéaste doit être signalée. La città dolente est autant une histoire bien racontée qu’un film-témoignage. On remarquera au scénario la présence de Fellini tandis que la direction de la photographie est dévolue à Tonino Delli Colli, collaborateur futur de Pier Paolo Pasolini et Sergio Leone. 

 https://www.youtube.com/watch?v=tBqTTYJ8h0U

 


 


 

 

  • La leggenda del Piave (1952)

 

Italie. b/n. 83 minutes. Réalisation : Riccardo Freda. Scénario : R. Freda, Giuseppe Mangioni d'après la chanson de E.A. Mario. Photographie : Sergio Pesce. Muique : Carlo Rustichelli. Production : API Film, Colaminici-Tupini. Interprétation : Gianna Maria Canale, Carlo Giustini, Renato Baldini.

 Durant la Première Guerre mondiale, le comte Riccardo Dolfin (Carlo Giustini), homme d’affaires, s'enrichit traîtreusement au détriment des soldats italiens. Son épouse Giovanna (Gianna Maria Canale) le désapprouve et le quitte. Ébranlé par un tel comportement, le comte se rachète sur le terrain et se bat en héros. Librement inspiré de la chanson homonyme d'E.A. Mario (Giovanni Gaeta). Les faits historiques à la base de ce qui deviendra, pour un temps, l'hymne italien renvoient en amont à l’humiliante défaite de Caporetto (24 octobre au 9 novembre 1917), dans le Nord de l’Italie, aujourd’hui territoire slovène. Écrite en juillet 1918, la chanson a largement contribué à remonter le moral des troupes transalpines. Un ministre de l’époque aurait même affirmé que La leggenda del Piave avait beaucoup plus fait pour l’Italie que n'importe quel brillant général. L’armée italienne a effectivement redressé la situation aux environs du Piave, l’emportant à la bataille de Vittorio Veneto, à l’automne 1918, et scellant, du même coup, le funeste sort de l’Empire austro-hongrois. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un événement de l’Histoire italienne rarement évoqué par le cinéma national. C'est aussi curieusement l'un des films les moins connus de Freda, créateur d’une œuvre populaire de belle qualité, très à l’écart cependant des courants cinématographiques de l’après-guerre en Italie. Le réalisateur d’Aquila nera (L'Aigle noir) «parvient ici à mêler mélodrame et narration historique, loin des schématismes faciles (l'héroïsme et le crime sont caractéristiques d'un même personnage, le comte Dolfin) et de tout manichéisme facile.» (Mereghetti) Jacques Lourcelles note aussi que le film est construit « sur une exaltation systématique des sentiments forts ». Freda ne néglige pas le réalisme, mais il refuse de l’enfermer dans une vérité d’ordre historico-politique. Il privilégie, en virtuose du film d’aventures, la dimension épique et romantique de son récit. Au demeurant, les personnages ne sont jamais approchés de manière conventionnelle. Freda les investit de l’intérieur adoptant, de fait, une vision duale autant féminine que masculine. On aurait pu imaginer La leggenda del Piave comme le reflet d’un moment de l’Histoire italienne. Freda préfère, quant à lui, projeter son regard dans l’éternité des passions humaines.

[Séquence ci-dessus : Après s'être séparée de son mari, la comtesse Giovanna retourne vers son château. Il lui faut néanmoins traverser un bombardement. Elle y égare son fils, Mario, à peine guéri. Elle le recherche désespérément [...]

https://www.youtube.com/watch?v=22hgpbPUHaI


 


 

 


  • Passaporto rosso (1935)

 

Italie. b/n. 90 minutes. Réalisation : Guido Brignone. Scénario : Gian Gaspare Napolitano. Photographie : Ubaldo Arata. Musique : Emilio Gragnani. Interprétation : Isa Miranda (Maria), Tina Lattanzi (Giulia), Olga Pescatori (Manuela), Filippo Scelzo (Lorenzo).

 Le titre du film évoque le passeport de couleur rouge (passaporto rosso) délivré par le Royaume d'Italie aux candidats à l'émigration (décret du 13/11/1919 n. 2205). Celui-ci fut ensuite transformé en loi par décret royal (17/04/1925 n. 473). Il fut aboli en 1928 lorsque le flux migratoire se stabilisa et alors que le monde était à la veille d'une grave crise économique.
En 1890, sur un bateau rempli d'émigrés italiens, une jeune fille et son père rencontrent un médecin qui fuit la terre natale, découragé par les luttes politiciennes qui déchirent son pays. Poseur de rails dans une contrée d'Amérique latine, le père participera à la construction d'une grande ligne ferroviaire avant de succomber, comme beaucoup de ses compatriotes, à une épidémie. Sa fille, d'abord institutrice auprès des enfants d'émigrés, deviendra chanteuse de cabaret. Au terme de cette malheureuse expérience, elle reprendra la route de la Mission locale où elle retrouve le docteur. Au milieu d'un nombre important de conflits sociaux, l'héroïne et le docteur apprendront à se connaître et s'aimer.
« Un des films italiens les plus étranges et les plus significatifs de la période fasciste (1929-1943). [...] Dans cette épopée à rebours, les hommes qui façonnent la terre nouvelle et y apportent le progrès ne participent pas, sentimentalement et moralement, à sa réussite. Ils gardent une mentalité d'exilés, un sentiment amer de frustration. Le film apporte ainsi aux épopées à la DeMille, exaltantes et dynamiques, une sorte de complément d'information qui nous paraît aujourd'hui étonnamment moderne. [...] Sobre, mouvementé, chaotique à cause de ses multiples ruptures de ton, tantôt épique et tantôt désenchanté, secrètement miné de l'intérieur, le film mérite d'être (re)découvert. » (Jacques Lourcelles [Le cinéma italien de 1929 à 1943, le séminaire d'Ancône, Avant-Scène avril 1980]

 


 


 

  • I trecento della settima (1943)

 

Italie. b/n. 84 minutes. Documentaire. Réalisation : Mario Baffico. Scénario : M. Baffico, Mario Corsi, Cesare V. Ludovici. Photographie : P. Pupilli. Musique : Gianfranco Rivoli. Production : Istituto Luce, Nettunia. Luciano Doria. Interprétation : Anciens combattants du 1er et 2e régiments de la division Cuneense.

 Le film relate l'engagement des régiments de chasseurs alpins italiens, au cours de la Deuxème Guerre mondiale, depuis leur départ du Piémont jusqu'aux contreforts neigeux d'Albanie, aux alentours de Durrës (Durazzo). Ils affrontent l'armée grecque en des combats d'une extrême dureté. Des 300 soldats engagés, il ne restera que 19 survivants.
Né dans le contexte de la propagande militaire fasciste illustrée par des films comme Bengasi d'Augusto Genina, Giarabub de Goffredo Alessandrini, I tre aquilotti de Mario Mattoli ou Quelli della montagna d'Aldo Vergano, tous réalisés entre 1942/43, I trecento della settima tranche par son parti-pris réaliste. Il est extrêmement difficile d'énoncer un jugement sur l'objectif poursuivi par cette œuvre. Elle célèbre le sacrifice héroïque des soldats italiens et, par conséquent, glorifie aussi le fascisme. On assiste cependant, et malgré la censure sûrement exercée, à des séquences si terribles qu'elles finissent par plaider en faveur du rejet de la guerre et de ses atrocités. Le film apparaît donc révélateur, et, à ce titre, il est irremplaçable. Sorti au moment de la débâcle de Russie et peu de temps avant l'armistice signé par les nouvelles autorités italiennes, I trecento della settima (les 300 de la 7e compagnie) obtint de justesse le feu vert du Duce. Mario Baffico (1907-1972), déjà réalisateur de deux documentaires pour le compte du PNF (parti national fasciste), resta, quant à lui, un fidèle serviteur du fascisme puisqu'il rejoignit la République de Salò, établie à la fin septembre 1943. Il fut d'ailleurs l'auteur d'un des rares longs métrages de cette « république », tourné dans des studios situés sur l'île de la Giudecca à Venise. Ogni giorno è domenica (C'est tous les jours dimanche, 1944), inspiré d'une pièce du dramaturge hongrois Gabor Vaszaryi, « abordait la dimension tragique de la guerre à travers l'histoire d'amour entre une jeune employée de cinéma et un militaire parti au front d'où il revient amputé d'une jambe. » (In : Alessandro Corsi, Dictionnaire du cinéma italien, De la marche sur Rome à la République de Salò, Vendémiaire, 2019). 

https://www.youtube.com/watch?v=BePe0EPWoEI


 


 

  • Una lettera all'alba (1948)

 

Italie. b/n. 91 minutes. Réalisation : Giorgio Bianchi. Scénario : A. De Benedetti. Production : G. Amato. Interprétation : Fosco Giachetti, Jacques Sernas, Olga Villi, Tatiana Pavlova, Salvo Randone.

  « Grâce à une lettre qui lui a été adressée par une religieuse, le « baron » de la drogue Carlo Marini (Fosco Giachetti) apprend qu'il a eu d'une maîtresse, mourante à l'hôpital, un fils Mario (Jacques Sernas). Ce dernier, trafiquant de cocaïne, est accusé d'homicide à l'endroit d'une comtesse Koloshky (Tatiana Pavlova). Carlo s'efforcera de prouver son innocence, et, pour les deux hommes, il s'agira peut-être d'une forme de rédemption. Écrit par De Benedetti, un mélodrame noir original redécouvert en 2008 lors d'une rétrospective vénitienne « Questi fantasmi » grâce à Tati Sanguinetti et Sergio Toffetti. Les motifs d'intérêt, nombreux, sont plus inclus dans le style que dans les thèmes abordés. Le film décrit avec franchise le marasme d'après-guerre. Il ne porte pas de jugement moral sur les faits, il réfléchit sur la responsabilité des pères qui ont empoisonné le monde dans lequel leurs enfants ont grandi. Giachetti, ex-héros du cinéma fasciste, colore de reflets agités son personnage de caïd. Olga Villi excelle dans la peau de Renata, une fille facile qui exhibe, durant le procès, un comportement teinté de cynisme, mais racontée avec une empathie évidente. »
Distribué en France sous le titre "Cocaïne".


( Il Mereghetti - Dizionario dei film 2017)


 


 


 

Gli Ultimi [Les Derniers] (1963)

 

 Italie. b/n. 92 minutes. Réalisation : Vito Pandolfi. Scénario : V. Pandolfi, David Maria Turoldo d’après sa nouvelle Io non ero fanciullo. Photographie : Armando Nannuzzi. Musique : Carlo Rustichelli. Montage : Jolanda Benvenuti. Décors : Gino Persello, Bruno Vianello. Production : Henry Lombroso, Le Grazie Film. Interprétation : Adelfo Galli, Lino Turoldo, Margherita Tonino, Riedo Puppo, Vera Pescarolo.

 

 Région du Frioul, autour des années 1930. Checo est l’enfant d’une famille paysanne extrêmement pauvre. Elève studieux au tempérament timide et rêveur, il souffre d’incompréhension. Lorsque le fils aîné, mineur à Charleroi en Belgique, décède des suites d’un accident du travail, la famille de Checo est plongée dans une misère accrue. À l’école, il est victime d'humiliations infligées par d'autres écoliers qui l'accablent du surnom moqueur d’« épouvantail » (spaventapasseri)... 

Bien avant les fresques «rurales» de la fin des années 1970, respectivement réalisées par les frères Taviani (Padre Padrone) et par Ermanno Olmi (L'Arbre aux sabots), Vito Pandolfi fut l'auteur d'un film qui les anticipait largement. Le public de la péninsule n'était pourtant guère préparé à l'accueillir aussi favorablement que les deux premiers, par ailleurs récompensés à Cannes. Gli ultimi resta donc méconnu. Le titre aurait, au demeurant, un double sens. Le film de Pandolfi décrit un univers paysan irrémédiablement condamné, les derniers ce sont ces contadini d'une région ingrate : de ces hommes et de ces femmes, nous n'en verrons bientôt plus ; en deuxième lieu, ces ruraux sont également les oubliés de cette Italie du boom économique, les derniers du paysage social italienGli ultimi consacre aussi la rencontre de deux hommes de formation différente : d'un côté, un intellectuel de gauche, Vito Pandolfi (1917-1974) qui fut critique d'art, créateur du Teatro Stabile de Rome, maître de conférences en Histoire du théâtre ; et de l'autre, une personnalité religieuse versée dans l'écriture et la poésie, David Maria Turoldo, auteur d'une nouvelle à caractère autobiographique, Io non ero fanciullo (Je n'étais pas un enfant). Le réalisateur adapte les souvenirs du prêtre à l'écran : « Il a conservé, dira-t-il, très vives en sa mémoire les expériences tragiques vécues dans son enfance, quand il n'était encore qu'un pauvre petit berger du Friuli à la merci des hommes et des choses, à une époque qui paraissait sans espoir. » D'une austérité rigoureuse, le film traduit à merveille une forme de fatalisme paysan. Les perspectives ne sont guère nombreuses, entre l'émigration ou l'asservissement à la terre. Le réalisateur respecte les coutumes, le dialecte et les usages de la région. Il bénéficie pour cela d'interprètes non professionnels issus de Coderno di Sedegliano, la commune natale de Turoldo. Pier Paolo Pasolini, poète en frioulan et dont la mère était originaire de cette région, apprécia le film de Pandolfi. Il s'exprima ainsi  : « La nostalgie, en tout ce qu'elle peut avoir de coupable, et par conséquent dominée par un sévère et sombre sens du renoncement, voilà l'idéologie du film. Ce sens du renoncement est cohérent du début à la fin du film et se présente en définitive tel un système stylistique, fermé, sans un fléchissement ni un compromis, profondément poétique. » (In : Ultime Notizie Globe, mars 1963) Redécouvert, Gli ultimi a été restauré par la Cineteca diel Friuli en 2013. 

 https://www.youtube.com/watch?v=qYVC4J7YjIk&ab_channel=13harmful13

 


 


  •  Colpire al cuore (1982)

  

Italie. couleur. 102 minutes. Réalisation : Gianni Amelio. Scénario : Vincenzo Cerami. Photographie : Tonino Nardi. Musique : Franco Piersanti. Costumes : Lina Nerli Taviani. Interprétation : Jean-Louis Trintignant, Fausto Rossi, Laura Morante. 

 

 Privé de père dès sa naissance, Gianni Amelio aura consacré une part importante de son œuvre à l'exploration des relations père-fils. De ce point de vue, son premier film Colpire al cuore (Droit au cœur) est une réussite originale, récompensée fort justement au festival de Venise d'un prix ACI. Bien qu'étant le fruit d'une coproduction franco-italienne, le film n'aura jamais été distribué dans l'hexagone, suite à la faillite de la Gaumont en Italie. Ceci étant dit, les films suivants du réalisateur n'auront guère connu une grande audience. I ragazzi di Via Panisperna (1989) et Porte aperte (1990), inspirés de récits dus à Leonardo Sciascia, mériteraient d'être mieux considérés. La France découvrira le cinéaste en 1992 avec Il ladro di bambini (Les Enfants volés), Prix du jury au festival de Cannes. Aux yeux d'un public élargi, Amelio apparaissait désormais comme l'une des grandes figures du cinéma transalpin. Pourtant, à l'heure présente, sa filmographie demeure peu explorée. 

 Dans le contexte d'une histoire projetée au cours des « années de plomb », Colpire al cuore met l'accent sur un conflit d'ordre psychologique entre un fils, l'adolescent Emilio (Rossi), et son père (Trintignant). La singularité de la démarche ne tient pas uniquement au fait qu'ici le père, professeur d'université, affiche des idées «révolutionnaires» - il fréquente les milieux du «terrorisme rouge» -  tandis que le fils adopte la démarche radicalement contraire - il ira jusqu'à dénoncer son père -, mais au signalement qu'un tel dilemme serait plus intime et, par conséquent, plus profond. Amelio débrouille une faille si ce n'est une discordance aiguë dans la relation entre un père et son fils. De la même façon, Colpire al cuore montre à quel point Amelio ne reste pas prisonnier des contenus idéologiques. Cette largeur d'esprit et cette infinie précaution donne à son film une dimension forcément intemporelle et universelle. On verra, du reste, dans Le chiavi di casa (Les Clefs de la maison, 2004), film expurgé d'arrière-fond historico-politique visible, s'affirmer plus clairement l'intime sensibilité du cinéaste. S'agissant de Colpire al cuore, Marie-Pierre Lafargue écrit cependant que l'un des motifs qui taraudent (aussi) en profondeur l'œuvre d'Amelio est la réflexion sur « le rôle de l'intellectuel dans une situation socio-économique donnée et la possibilité de la lutte. À travers le personnage de Dario (Trintignant), le film exprime la tension entre idéalisme et réalité sociale, entre action et réflexion. » (In : Dictionnaire du cinéma italien, Nouveau Monde Éditions, 2014). Il faut souhaiter qu'un tel film puisse, un jour ou l'autre, devenir couramment disponible en DVD. 

 


  •  Treno popolare (1933)

 

Italie. b/n. 63 minutes. Réalisation : Raffaello Matarazzo. Scénario : Gastone Bosio, R. Matarazzo, Gino Mazzucchi. Photographie : Anchise Brizzi. Musique : Nino Rota. Production : Giuseppe Amato/SAFIR. Interprétation : Marcello Spada, Lina Gennari, Carlo Pietrangeli, Maria Denis. 

 Un des films importants des années 1930. Il n'a jamais été distribué normalement en France. Treno popolare (Train populaire), très apprécié par la critique, fut pourtant un échec commercial à sa sortie. Extirpé de l'oubli à partir des années 1970, Treno popolare démontre, s'il en était besoin, en quoi l'avènement du cinéma parlant a été une vraie révolution. Quant à Matarazzo (1909-1966) il fut, à n'en pas douter, l'un des plus magnifiques artisans du cinéma italien dans la période du ventennio fasciste et même au-delà. Sa célébrité s'agrandit surtout après-guerre, du moins en Italie, grâce à la série de mélodrames entrepris autour du couple d'acteurs Amedeo Nazzari et Yvonne Sanson. Entre la fin des années 1940 et celle des années 1950, le cinéaste tourna sept films, souvent remarquables, avec ces deux interprètes. Matarazzo débuta la mise en scène avec deux courts-métrages documentaires de propagande, Littoria et Sabaudia, dont l'objectif était de vanter les mérites des cités nouvelles créées dans la région du Latium après l'assainissement des marais pontins. Admiratif, le Duce voulut que les studios Cines envoie le réalisateur en Sardaigne afin d'y réaliser un semblable documentaire sur le nouveau centre agricole de Mussolinia (Mussoilinia di Sardegna, 1933). Treno popolare est donc le premier long-métrage de fiction de Matarazzo. Ce qui devait constituer un hymne louant les vertus «sociales» du fascisme fut, en réalité, un authentique coup de maître : le public n'en eut guère conscience.

 Treno popolare honore les mesures sociales d'août 1931, celles qui permirent aux travailleurs et aux étudiants de passer leurs congés ou leurs dimanches en voyageant dans des compartiments de troisième classe à des prix extrêmement bas. Matarazzo décrit avec une fraîcheur et une vérité remarquables un de ces trajets dominicaux en direction d'Orvieto, en Ombrie, cité au riche passé étrusque. On y observe les faits et gestes de nombreux citadins romains dans toute leur diversité et leurs comportements parfois labiles et équivoques. De nombreuses histoires s'entrecroisent : l'œuvre revêt donc un caractère choral. Des cinéphiles crurent y déceler une manifestation prémonitoire du courant néoréaliste - le film était tourné en décors réels et les protagonistes issus des couches populaires. En vérité, Matarazzo était surtout un poète d'une délicatesse peu ordinaire. Ce qui le rapprochait plus précisément du naturalisme français. Le public romain n'y était guère préparé. On siffla le film lors de sa première. Jacques Lourcelles qui signale, au passage, la présence au générique, et pour la première fois à l'écran, du compositeur Nino Rota, futur partenaire de Federico Fellini, note : « Un accord miraculeux  existe dans le film entre l'acuité du réalisme sociologique et le lyrisme émanant de la description de la nature et de cette brève exaltation qui saisit les personnages à son contact. » (op. cité)  Cependant, écrit-il, « le secret du film, [...], c'est que Matarazzo nous amène à regarder les petites silhouettes dessinées dans l'intrigue comme un personnage unique, qui est peut-être la société italienne tout entière. » La force de Treno popolare résiderait, en conséquence, dans la synthèse accomplie de l'unité et de la diversité. Le revers public du film orientera hélas Matarazzo vers des réalisations plus mercantiles. 

 - [Images du film] https://www.youtube.com/watch?v=pnw6moXBE6M

 


 


  •  Persiane chiuse [Les Volets clos] (1951)

 

Italie. n/b. 95 minutes. Réalisation : Luigi Comencini. Scénario : Massimo Mida, Gianni Puccini, Franco Solinas, Sergio Sollima d’après un sujet de Leo Benvenuti. Photographie : Arturo Gallea. Musique : Carlo Rustichelli. Production : Rovere Film, Lux Film. Interprétation : Eleonora Rossi Drago, Massimo Girotti, Giulietta Masina, Liliana Gerace, Renato Baldini, Goliarda Sapienza.

 À partir d'un sujet pénible, souvent guetté par le moralisme et le sentimentalisme, l'humaniste Comencini échafaude en réalité un film rigoureux et bien construit : le giallo fonctionne efficacement et la réalité de la prostitution est appréhendée sans fard, ni exagération. À la recherche de sa sœur Lucia (Liliana Gerace), perdue de vue depuis quelques années, Sandra (excellente Eleonora Rossi Drago) découvre tout un milieu qu'elle ignorait et qui s'offre à ses yeux de manière extrêmement complexe. En outre, à travers l'itinéraire de sa propre sœur, Sandra est conduite à s'interroger en profondeur sur elle-même et sur la condition féminine dans la société italienne de son temps. Très influencé par le film noir américain, le film offre des plans d'un expressionnisme particulièrement saisissant (photographie : Arturo Gallea) qui rehausse particulièrement les portraits des femmes rencontrées par Sandra, notamment celui de Pippo jouée par Giulietta Masina. Les Volets clos est une réussite. 

 https://www.youtube.com/watch?v=AdQ9SELLZRk


 


 


 

Gli ultimi (Vito Pandofi, 1964)

Colpire al cuore (Droit au cœur). (Gianni Amelio,1982)

Treno popolare (1933, Raffaello Matarazzo)

Persiane chiuse (Les Volets clos, 1951 Luigi Comencini) : debout, Eleonora Rossi Drago et Massimo Girotti.