The Lost City of Z  (2016 – James Gray)

 https://www.arte.tv/fr/videos/098325-000-A/the-lost-city-of-z/  Arte, 31 janvier 20h 55

 

 Réalisateur parcimonieux – sept films en un quart de siècle – et peu récompensé, James Gray ne fait pas toujours l’unanimité. Pour son sixième film, d’un genre plutôt inhabituel dans sa filmographie, le cinéaste newyorkais décrit l’obstination d’un explorateur anglais convaincu de l’existence passée d’une civilisation pré-incaïque au cœur de l’Amazonie. Tout indique qu’il pourrait s’agir d’un exaltant film d’aventures par ailleurs magnifiquement filmé – on retrouve notamment l’un des meilleurs opérateurs au monde : l’Iranien Darius Khondji, déjà présent pour « The Immigrant » (2013). Enfin, il s’agit d’un récit basé sur des faits historiques avérés : Percival Harrison Fawcett (1867-1925), lieutenant-colonel britannique, héros de la bataille de la Somme, fut effectivement un cartographe et un archéologue habité par l’obsession d’une cité perdue. Sa recherche persévérante s’achèvera par sa disparition mystérieuse. Cette odyssée est racontée par David Grann dans un livre nommé « La Cité perdue de Z : une expédition légendaire au cœur de l’Amazonie ». Dès sa publication en 2009, Hollywood en achète les droits. Paramount et Plan B (la société de Brad Pitt et Dede Gardner) en confient l’adaptation à James Gray. Cependant, le projet finit par ressembler à l’aventure de l’explorateur lui-même. Brad Pitt renonce au rôle principal, Paramount abandonne à son tour. Gray engage un acteur – Benedict Cumberbatch – qui le quitte pour des problèmes d’agenda. En 2015, le projet prend quand même forme et le tournage débute à l’été.

« The Lost City of Z » n’est pas vraiment un film d’aventures. Plutôt une épopée dans laquelle l’explorateur Fawcett (Charlie Hunnam) est observé dans toute la complexité et l’absolue fascination qui émane de sa personnalité, que ce soit au milieu de la jungle ou dans les salons victoriens. Un spectacle haut en couleurs dont on ne se privera sûrement pas. Voici ce que déclarait James Gray à Aurélien Alin (« Teaser Cinéma » n° 62), au moment de sa sortie parisienne, le 15 mars 2017 :

 

« J’ai forcément pensé à David Lean et Werner Herzog parce qu’ils avaient déjà fait ces films d’aventures. Pour que « The Lost City of Z » soit personnel, j’ai cherché à subvertir un peu le genre en ne faisant pas du film une longue plongée dans les profondeurs de la jungle. Percy ne cesse de revenir chez lui et de repartir en Amazonie. Cela donne une structure épisodique – on ne voit que des bouts de sa vie – qui rappelle que sa famille a manqué de longs pans de son existence. Je pensais que ça nous aiderait à établir des passerelles émotionnelles avec le personnage. Du coup, effectivement, « The Lost City of Z » se transforme en drame familial. L’utilisation du genre est méprisée par les cercles critiques. Ils continuent de faire cette erreur et c’est triste. […] L’importance et la puissance du genre viennent du fait qu’il crée un ensemble d’attentes que l’on peut ensuite nier et, ce faisant, construire un sous-texte d’une immense valeur. Les films gagnent alors en richesse au fil du temps en raison de ce sous-texte et ont au final un impact plus grand à long terme. […] Tout travail artistique, surtout en 2017, doit prendre position éthiquement et moralement, selon moi. Le cinéma narratif est un Art en raison du genre et de sa subversion. […] Tout cela me conduit à un point extrêmement important : le pouvoir d’une œuvre d’art ne réside pas dans le travail de déconstruction mené par l’artiste mais dans celui mené par le spectateur. […] »

 


 

The Lost City of Z. États-Unis, 2016. 140 minutes.  Réalisation et scénario : James Gray d’après l’ouvrage de David Grann. Photographie : Darius Khondji. Montage : John Axelrad et Lee Haugen. Musique : Christopher Spelman. Son : Derek Hehir, Josh Berger et Tom Johnson. Décors : Jean-Vincent Puzos. Effets spéciaux : Simon Cockren. Production : Plan B. Enterntainement, MICA EMP. Interprétation : Charlie Hunnam (le colonel Percy Fawcett), Robert Pattinson (Henry Costin), Sienna Miller (Nina Fawcett), Tom Holland (Jack Fawcett), Edward Ashley (Arthur Manley), Angus MacFadyen (James Murray), Ian McDiarmid (Sir George Goldie), Clive Francis (Sir John Scott Keltie).

 Visa d’exploitation : 146 157. 389 651 entrées en France.