Un petit carrousel de fête

(« Körhinta » – Hongrie, 1955 -  Zoltán Fábri)

 

 Cet article est aussi un hommage à l'actrice Mari Törőcsik, décédée ce 16 avril 2021.


 

« Tiré d’une nouvelle d’Imre Sarkadi, un écrivain qui connaît bien les paysans, « Un petit carrousel de fête » n’est pas à proprement parler un film sur la campagne, même s’il a pour cadre un village hongrois. Contrairement à ce qui s’était passé dans le cas de « L’Orage » qu’il avait tourné sous Rakosi - une malencontreuse expérience – Zoltán Fábri ne se perd pas ici dans les problèmes par trop délicats des luttes de classe dans les campagnes. Si le film peut être considéré, à un certain niveau, comme l’illustration d’un slogan exaltant la morale nouvelle née des changements qui se sont produits dans la société depuis l’avènement de la démocratie populaire – puisque l’héroïne préfère, entre deux garçons, le partisan de la coopérative à celui qui défend la propriété privée – l’habileté du réalisateur et de ses collaborateurs consiste à enrober ce slogan, à faire en sorte qu’il ait une portée suffisamment générale pour qu’il rejoigne un thème universel. « Un petit carroussel de fête » c’est Roméo et Juliette au village, une histoire d’amour dans un cadre rural. Maté Biro (Imre Soós) aime la petite Marika Pataki (Mari Törőcsik), qui l’aime aussi, mais selon l’antique coutume qui veut que les propriétaires terriens ne se marient qu’entre eux, le père de la jeune fille l’a promise à un certain Sandor. À plusieurs reprises, Maté et Marika proclament leur amour devant tout le monde. Tout d’abord à l’occasion d’une fête populaire au cours de laquelle Maté entraîne Marika sur un carroussel, dont le mouvement vertigineux les emmène très loin, vers quelque septième ciel. Un peu plus tard, une folle csardas dansée par les amoureux au mariage d’une amie de Marika, prend l’allure d’un véritable défi… Autoritaire, intraitable, le père Pataki sera bien obligé de céder et Sandor de renoncer à sa promise.

 Cette histoire d’amour qui renoue avec les vieilles ballades populaires (et qui est unique dans l’œuvre de Zoltan Fabri) n’est si belle, si poétique, si émouvante que dans la mesure où, dominant une équipe qui l’a secondé avec la plus totale conviction (le chef-opérateur Barnabas Hegyi, le musicien György Ranki, le comédien Soos et la merveilleuse Mari Töröcsik qui tient là son premier rôle), le réalisateur a su le traiter avec une virtuosité et une intelligence du cinéma extraordinaires, que Louis Marcorelles a analysées de façon pénétrante, mettant en lumière l’utilisation que le réalisateur a faite du son :

« C’est peu de dire que Fabri a repris la leçon de Poudovkine, il l’a, à ses moments de réussite, poussée à ses extrêmes conséquences, en faisant du montage sonore l’élément capital et la réussite majeure se son film. »

 

-         Philippe Haudiquet (« Image et Son », n° 217,  mai 1968)

 


 

 

Körhinta (« Un petit carrousel de fête »)

Réalisation, scénario Zoltán Fábri
László Nádasy
Acteurs principaux
Mari Törőcsik
Imre Soós
Ádám Szirtes

« Un petit carrousel de fête ». Les amoureux entre vertige (ou rêve) et réalité. Le tourbillon du manège les propulse au-delà du monde d'en bas, celui, entre autres, de parents hostiles à leur amour réciproque.