Le Sel de Svanétie (1930, Mikhaïl Kalatozov)

 


 

https://www.arte.tv/fr/videos/102874-000-A/le-sel-de-svanetie/

63 min - Film muet

Disponible du 24/05/2021 au 22/06/2021


 

 

Mikhaïl Kalatozov (1903-1973) est célèbre grâce à « Quand passent les cigognes », Palme d’Or au Festival de Cannes en 1958. Géorgien de naissance, il est retourné en son pays afin d’y tourner son premier film de fiction, « Une aveugle ». Hélas, les autorités culturelles soviétiques ne l’agréèrent point. Son œuvre fut mise au placard. Fort heureusement, il put en conserver les rushes. Un documentaire en sortit : « Le Sel de Svanétie ». Aidé de Sergueï Tretiakov, un poète constructiviste victime, sept ans plus tard, des purges staliniennes, le cinéaste en conçut un récit, mais sans prendre de liberté par rapport à la réalité. Second apport, celui du peintre David Kakabadzé (1889-1952), né dans une famille pauvre de l’Ouest géorgien (l’Iméréthie). « En 1929, celui-ci se trouvait en Svanétie, signale Natia Amiredjebi, où il travaillait avec Kalatozov en tant que décorateur. Il participa aux réglages extérieurs, au choix des lieux de tournage, à l’élaboration de la composition des plans. » Il en conçut, par la suite, une série picturale dédiée à la Svanétie. Située dans la haute vallée du Caucase, la plus élevée d’Europe (3000 à 5000 mètres de haut), la Svanétie est coupée du pays par une chaîne de montagnes quasiment infranchissable à l’époque. Ici, vivait un peuple, les Svanes, habitant dans des tours féodales et contraints d’y monter leur sel à dos d’homme, en traversant de mortelles étendues glacées, la neige couvrant également le maigre blé de juillet.

 

« Presque tous les films qui avaient pour thème (...) l'initiation du peuple à la réalité soviétique, mettaient en scène les habitants des montagnes parce que les régions montagneuses, moins touchées par la civilisation, conservaient plus longtemps les vieilles coutumes et les cérémonies rituelles religieuses », écrit Natia Amiredjibi (in : « Le cinéma géorgien », Éditions du Centre Georges-Pompidou). De ce point de vue, « Le Sel de Svanétie » demeure l'exemple le plus remarquable. Georges Sadoul et Jay Leda verront dans ce film une parenté d’esprit avec le « Terre sans pain » (1932) de Luis Buñuel tourné dans l’Estrémadure et que la jeune République espagnole censura. Ce qui surprendra beaucoup.

 

Georges Sadoul écrivit dans son « Dictionnaire des films » : « Une femme prête à accoucher chassée de sa maison, une vache égorgée, un cheval galopant jusqu’à faire éclater son cœur, une vache buvant avec avidité l’urine humaine, parce que salée, des kopeks comptés sur un crucifix, un nouveau-né déchiré par un chien, autant de traits qu’on pourrait dire « buñueliens », si l’Espagnol et le Russe n’avaient pas ignoré réciproquement leurs films et jusqu’à l’existence comme cinéastes. Kalatozov, opérateur qui débute ici dans la réalisation (ndlr : Kalatozov avait quand même réalisé des courts métrages), aime les cadrages raffinés, un montage eisensteinien, un lyrisme à la Dovjenko. » Différence importante avec le film du maître de Calanda, l’épilogue est optimiste chez Kalatozov : on bâtit une route qui rattachera la Svanétie à la civilisation.