Le Jour du vin et des roses (Days of Wine and Roses, E.-U. –

1963

 Blake Edwards)


 

 

 Agent public relations à San Francisco, Joe Clay (Jack Lemmon) succombe insensiblement à l’alcoolisme mondain. Il épouse une secrétaire, Kirsten Arnesen (Lee Remick) dont il est follement amoureux. Ils auront une fille. Joe finira par entraîner sa compagne sur la pente de ses mauvais penchants. Au plan professionnel, son vice lui coûte cher : il change d’employeur à plusieurs reprises mettant sa situation matérielle en péril. En outre, Kirsten, totalement ivre, met accidentellement le feu à leur maison. Endetté, le couple s’installe à la campagne chez le père de Kirsten (Charles Bickford), exerçant le métier d’horticulteur. Ils parviennent à se maîtriser durant quelques semaines. Mais, une nuit, n’y tenant plus, ils rechutent terriblement. À la recherche d’une bouteille de gin, Joe, en pleine crise de delirium tremens, massacre la serre de son beau-père. Transféré à l’hôpital, il est pris en charge par l’association des « Alcooliques Anonymes ». Il semble pouvoir s’en sortir. Cependant, lorsqu’il revoit Kirsten, ils se remettent à boire exagérément. En réalité, Kirsten est beaucoup plus chancelante. Lorsque celle-ci fait une nouvelle tentative pour reprendre la vie commune, Joe, plus lucide, et qui a désormais la garde de leur fille, refuse la proposition.

 

Tourné après le policier Experiment in Terror (1962), Days of Wine and Roses constitue, avec ce dernier, une parenthèse dramatique dans l’œuvre de Blake Edwards, nettement plus connu comme brillant illustrateur de comédies à l’humour insinuant et moqueur (Operation Petticoat, 1959 ; Breakfast at Tiffany’s, 1961 ; La Panthère rose, 1963 ; The Party, 1968…). C’est Jack Lemmon qui souhaitait l’enrôler pour adapter à l’écran le téléfilm de J.-P. Miller réalisé par John Frankenheimer. L’acteur jugeait, à juste raison, que seul Edwards serait en capacité de traduire ce drame de l’alcoolisme avec le plus de justesse possible, sans verser dans le mélodrame uniment pathétique ou, pire encore, dans le document sociologique à caractère moralisateur. Le film d’Edwards suit, avant tout, les variations d’humeur de ses personnages. En ce sens, le drame ne se départit jamais d’une touche d’humour. « Sans lourdeur, sans insistance, écrit Jacques Lourcelles, Edwards laisse bien voir que la vulnérabilité, la fragilité des personnages sont à l’origine de leur passion pour l’alcool, laquelle, loin d’y mettre fin, provoque alors chez eux un déséquilibre complet. » La modernité du propos réside dans le fait qu’il s’agissait-là d’un alcoolisme partagé, d’un alcoolisme de couple. Il exprime un malaise, un désenchantement, une forme de solitude intérieure face à la vie réelle. L’alcool devient alors le « remède » pour résister. On retrouve, d'une autre façon, ces symptômes chez ceux qui usent de la drogue. Doit-on en conclure qu’il s’agirait forcément d’une forme de détresse imputable à notre civilisation du confort et de la consommation ? Évitons, à mon sens, les raccourcis simplificateurs. Le mérite de Blake Edwards est précisément dans le refus de s’engager dans ce type d’observation et de s’intéresser à des personnages « en chair et en os ». À la conclusion, la consommation de l’alcool qui avait réuni provisoirement les deux êtres – Lemmon et Lee Remick – les séparera définitivement, à partir du moment où l’un d’eux aura décidé d’y mettre un terme. Le public n’avait pas adhéré à un tel épilogue, d’une crudité et d’un pessimisme sans concessions. Days of Wine and Roses est pourtant un des films les plus vrais sur l’alcoolisme. Magnifiquement filmé, supérieurement construit et interprété – Jack Lemmon et Lee Remick (1935-1991), superbe actrice à ne pas sous-estimer, également présente dans l'Experiment in Terror d'Edwards -, Days of Wine and Roses doit être connu.

MS

 

 


 Le Jour du vin et des roses (Days of Wine and Roses). États-Unis, 1963. Noir et blanc, 117 minutes. Réalisation : Blake Edwards. Scénario : J.P. Miller. Photographie : Philip H. Lathrop. Musique : Henry Mancini, chanson Day of Wine and Roses (paroles de Johnny Mercer). Costumes : Don Feld. Montage : Patrick McCormack. Production : Jalem Prod. Martin Manulis. Interprétation : Jack Lemmon (Joe Clay), Lee Remick (Kirsten Arnesen-Clay), Charles Bickford (Ellis Arnesen), Jack Klugman (Jim Hungerford), Alan Hewitt (Rad Leland). Oscar de la meilleure chanson 1963. Festival de San Sebastian : Prix du Meilleur acteur et de la Meilleure actrice pour J. Lemmon et L. Remick en 1963. 

Days of Wine and Roses est devenu une chanson immensément populaire et son thème très souvent repris. Le titre est inspiré par un poème de l'Anglais Ernest Dowson (1867-1900) :

"They are not long, the days of wine and roses ; Out of misty dream ; Our path emerges for a while, then closes ; Within a dream. " ("Ils ne sont pas longs, les jours du vin et des roses ; D'un rêve confus ; Notre chemin se dégage un moment, puis se referme ; À l'intérieur d'un rêve.")

 


 

Jack Lemmon - Lee Remick

Days of Wine and Roses (H. Mancini. J. Mercer)