La 317e section (1965, Pierre Schoendoerffer)

 


 

Synopsis :

 Indochine, 4 mai 1954, à la veille de la capitulation de l’armée française à Diên Biên Phu. La 317e section reçoit un ordre de repli vers Tao Tsaï. Elle est commandée par le jeune sous-lieutenant Torrens (Jacques Perrin), fraîchement diplômé de Saint-Cyr, en contraste absolu avec son adjoint, l’adjudant Willsdorff (Bruno Cremer), un mercenaire d’origine alsacienne ayant combattu, contre son gré, sous le drapeau allemand en Russie. La colonne – 41 supplétifs laotiens et 4 français – s’ébranle à travers la jungle. Sa marche est vite entravée par la nature, la maladie, la pression des adversaires et les désaccords entre Torrens et Willsdorff. Assaillie par le Việt Minh, la section est décimée au bout de huit jours de marche. Sacrifices inutiles puisque la « forteresse » de Diên Biên Phu est tombée. Torrens et Willsdorff finissent justement par se comprendre et s’apprécier mutuellement. Atteint à son tour, le sous-lieutenant agonise dignement. L’adjudant parvient à se réfugier dans la montagne. Commentaire off : ce baroudeur des guerres coloniales mourra en Algérie quelques années plus tard.

 

• Jugements :

 

-        « Pierre Schoendoerffer fut correspondant de guerre en Indochine au Service cinématographique des armées de 1952 à la fin 1954. Cela explique pourquoi ce film respire si exactement l’état d’esprit d’hommes engagés dans un combat sans merci. « Sans glorification mais avec une description quotidienne et précise, il montre l’homme face à la guerre, dans la boue et l’enfer de la jungle », écrit Claude Bouniq-Mercier. Ce journal de guerre est bouleversant dans la mesure où il témoigne de ce que sont les valeurs de courage, de camaraderie et d’honneur en vigueur au sein des institutions militaires consacrées. Les soldats français qui combattent pour la préservation de l’Empire colonial ne sont pas des hommes politiques : ils n’intellectualisent pas, ils sont simplement au service de l’État français. Or, la politique est fluctuante. Elle doit se plier à des réalités mouvantes, à des rapports de force nouveaux. Les militaires ne sont que l'instrument d'une politique. Certes, il existe des différences entre les officiers  : un mercenaire comme Willsdorff est « payé pour faire la guerre, n’importe quelle guerre ». En revanche, le sous-lieutenant joué par Jacques Perrin envisage les choses de façon moins abrupte. Ainsi, lorsque Torrens scrute sa blessure, il s’écrie « C’est dégueulasse ! », et Willsdorff de rétorquer : « Qu’est-ce que cela veut dire dégueulasse, c’est la guerre ! »  Le réalisateur décrit ces hommes tels qu’ils sont et non tels qu’on pourrait, par étroitesse d’esprit, les imaginer. Le film est admirable parce qu’il ne cherche à convaincre aucune partie. C’est surtout un témoignage, et, à ce titre, il est irremplaçable. Mais, puisqu'il s'agit d'un échec, l'échec du camp qu'on observe, la couleur reste celle de l'accablement et de l'obscurité. Ce sentiment d'accablement est ici plus net que dans le roman. Schoendoerffer fait en effet démarrer son récit un 4 mai 1954 - dans le roman, l'action débute un 26 avril 1953 - et l'achever un 10 mai à 15 h 30. Or, la bataille de Diên Biên Phu se conclut sur un humiliant désastre pour les contingents français, un 7 mai, donc trois jours auparavant.

 Le document de Schoendoerffer demeure curieusement un des très rares films sur le conflit indochinois. On retiendra une photographie en parfaite synergie, due à Raoul Coutard, l’opérateur symbolique de la Nouvelle Vague, et que Schoendoerffer avait rencontré en Indochine, celui-ci y étant reporter pour « Paris-Match », « Radar » et « Life ». Tourné au Cambodge, le film de Schoendoerffer revêt un aspect quasi documentaire avec des prises de vues effectuées caméra à l’épaule. « J'ai imposé à tout le monde la vie militaire, dira le cinéaste. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort. Tous les matins, nous nous levions à 5 heures et nous partions en expédition à travers la jungle. Nous étions ravitaillés par avion toutes les semaines. La pellicule était expédiée à Paris dans les mêmes conditions. De là-bas, on nous répondait télégraphiquement 'Bon' ou 'Pas bon'. »

- Pierre Schoendoerffer a réalisé un film de fiction,  Diên Biên Phu (130 minutes), sorti en 1992, avec Donald Pleasence, Ludmila Mikaël, Patrick Catalifo et Maxime Leroux.

Le film de Pierre Schoendoerffer, tourné en 1965, a été restauré en 2010 par StudioCanal et la Cinémathèque française avec le soutien du Fonds Culturel Franco Américain – DGA MPAA SACEM WGAW. La restauration a été supervisée par Pierre Schoendoerffer et Raoul Coutard. Lire la suite : 

RESTAURATION DE « LA 317E SECTION » DE PIERRE SCHOENDOERFFER

 


        

-         « Je suis profondément antimilitariste et c’est la première fois que je comprends des militaires de métier. La mort du sous-lieutenant me scandalise toujours autant, mais Schoendoerffer a réussi à me faire admettre que le sous-lieutenant, selon son échelle de valeurs à lui, n’est pas mort pour rien. Je n’en suis pas encore revenu. J’ai compris ce que signifiait l’honneur pour lui. »

 

Jean-Louis Bory (« Le Nouvel Observateur »)

 

-         « Une des très rares réussites du cinéma français dans le domaine du film de guerre. Il impressionne par son authenticité documentaire et son ton de sobriété désespérée (c’est la guerre vue du côté des perdants). »

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-           Jacques Lourcelles

 

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La 317e section. France/Espagne, 1965. Noir et blanc, 85 minutes. Réalisation, scénario, dialogues : Pierre Schoendoerffer d’après son roman édité en 1963 chez Robert Laffont. Photographie : Raoul Coutard. Cadreur : Georges Liron. Musique : Pierre Jansen. Production : Georges de Beauregard, Benito Perojo. Interprétation : Jacques Perrin (sous-lieutenant Torrens), Bruno Cremer (adjudant Willsdorff), Pierre Fabre (le sergent Roudier), Manuel Zarzo (le caporal Perrin). Sortie en France : 31 mai 1965.