Undercurrent (Lame de fond – E.U., 1946) 

Vincente Minnelli :

 

Les deux Robert

 


 

« Un film gothique sur le thème de la boîte de Pandore. » (A. Paucard)

 

« Donner l’apparence de la réalité est affaire d’improvisation. Au stade préparatoire, il se peut que vous ne sachiez pas la raison qui vous pousse à choisir certains détails. Pour moi, l’aspect réaliste est surtout dicté par les décors et les costumes, puis, pendant le tournage, par la manière dont vous choisissez les détails, les assemblez, et par l’impression de réalité que cette composition vous suggère. Il est difficile d’en parler, car j’ai fait autant de drames, de films réalistes que de musicals et de fantaisies, et il n’y a pas tellement de différence dans ma façon de procéder. L’apparence de réalité est en fait très proche de la réalité, mais suivant mon procédé, il reste quelque chose d’irréel… »

[Vincente Minnelli]

 

Mais qu’est-ce donc la réalité ? La reproduction de tout ce que nous croyons voir ? N’est-ce pas parce que chaque jour est un jour nouveau que nous aimons cette réalité-là ? Et cette réalité-là n’est-elle pas chargée sans cesse d’imprévisibilité ? Enfin, la réalité n’est-elle pas essentiellement ce que nous ne voyons pas ? Quelle réalité percera Ann (Katharine Hepburn), au-delà de la réussite apparente d’un richissime prince charmant ?

 

« Ann, l’héroïne, est une brillante intellectuelle de province. Son manque de charme s’accompagne d’une timidité peu ordinaire, inévitablement dépeinte comme un complexe d’infériorité. Elle épouse Alan (Robert Taylor), élégant millionnaire, rencontre ses agréables amis de Washington et fait connaissance de la demeure ancestrale, étrange, déserte… Elle découvre l’existence d’un tragique mystère dans le passé de son mari : un frère peu recommandable (Robert Mitchum) et semble-t-il disparu. Cette découverte – inévitablement, encore – est pour elle un triomphe personnel. Elle sent que son mari « a besoin d’elle », comme elle-même a besoin de son appui. Ils se retrouvent de ce fait sur un pied d’égalité. […] L’attention reste tenue en éveil grâce à la direction habile d’une distribution excellente, un sens de Minnelli pour suggérer l’angoisse mentale, à l’intelligence de ses observations. Katharine Hepburn est remarquable ainsi que Robert Mitchum dans le rôle du frère mystérieux qui se révèle être un inoffensif amateur d’art. » (Catherine de la Roche).

 


 

 

Production : Pandro S. Berman/MGM. Réalisation : Vincente Minnelli. Scénario : Edward Chodorov d’après un sujet de Thelma Strabel. Photographie : Karl Freund. Direction artistique : Cedric Gibbons. Musique: Herbert Stothart. Interprétation: Katharine Hepburn (Ann Hamilton/Garaway), Robert Taylor (Alan Garaway), Robert Mitchum (Michael), Edmund Gwenn (Prof. Hamilton), Marjorie Main (Lucy), Jayne Meadows (Sylvia). Durée: 115 minutes.

 

 


 

 

 

 

 

  

Katharine Hepburn, Robert Mitchum

Robert Taylor, Katharine Hepburn

Extrait « Undercurrent »

Quand Ann (Katharine Hepburn) fait la connaissance d'Alan Garaway (Robert Taylor), industriel réputé, elle tombe instantanément sous le charme. Ils se marient rapidement et s'envolent vers Washington, où Alan l'introduit auprès de la haute société. Le couple part ensuite à Middlesburg, en Virginie. Alors qu'elle essaie une robe de haute couture (« le modèle qu'on ne vend pas »), Ann apprend inopinément qu'Alan a un frère, Michael, plus brillant que lui en équitation et dans bien d'autres domaines. Celui-ci aurait disparu à la suite d'une supposée malversation à l'encontre d'Alan. Ce dernier lui présente, en réalité, « sa » propre version des faits.

L'analyse tout aussi magistrale de M. Jean Douchet