Question nationale et question sociale :

le cadre algérien ou l'antichambre de l'insurrection de la Toussaint

 


 

 Nous cherchions le 15 octobre dernier, dans un post nommé « Lénine, la question coloniale et moi », les fondements idéologiques qui puissent justifier de l’existence d’une nation algérienne bien avant la conquête française. Nous cherchions également à montrer que la pensée marxiste n’était pas si éloignée de la définition de la nation qu’en donneront plus tard les élites algériennes les plus éclairées. Le combat mené contre le colonialisme ne peut s’éprouver qu’au prix d’une patiente maturation idéologique. Il n’était pas logique qu’on s’enferme dans une perspective uniment européocentriste voire soviétocentriste. Or, ce fut le cas, en bien des circonstances, et nous le déplorions, s’agissant des organisations marxistes.   

 Le marxisme, en tant que guide d’action foncièrement anti-impérialiste, n’est pas une idéologie d’importation et ne saurait s’adresser aux peuples colonisés sans épouser leurs aspirations nationales et en détecter, tout autant, les connotations de classe et, a fortiori, les contradictions interclassistes dans le cadre de la vieille société précoloniale.  Les penseurs et les théoriciens du socialisme scientifique en avaient préalablement débattu, démontrant que le combat contre le capitalisme incluait de facto celui des peuples asservis par la loi des États les plus puissants. Cette loi fut celle imposée par des États devenus impérialistes voire colonialistes, et cela le demeure aujourd’hui encore, parce qu’ils ont atteint un haut niveau de développement capitaliste.

 Au passage, nous regrettions que l’Internationale communiste elle-même ait pu s’enliser dans des considérations temporelles, fruit d’une vision compartimentée du processus de développement capitaliste. Il est vrai que cette orientation désastreuse procédait objectivement de la déformation « stalinienne » de la révolution socialiste. Or, celle-ci, comme l’a expliqué Léon Trotski, ne pouvait avoir qu’un caractère permanent. Quand on instruit le sophisme de la construction d’un socialisme cloisonné à l’échelle nationale, on fait du même coup le lit d’une observation étroite du développement capitaliste, développement objectif qui n’est et ne pourra revêtir, quoi qu’on fasse, qu’un caractère multidimensionnel, universel, irrépressible et tentaculaire. Marx et Engels ont expliqué dans « Le Manifeste du Parti communiste » que le capitalisme démolissait d’une manière impitoyable toutes les manifestations du monde d’autrefois : les traditions patriarcales, l’amour de la patrie et de la famille. Or, le « stalinisme » a contribué à remettre en selle ces conceptions dans ce qu’elles comportaient de plus passéiste. L’ouvrier, disait Marx, et il le constatait simplement, n’a pas de patrie. Il n’a pas de patrie, parce que la bourgeoisie qui se targue, en maintes occasions, d’être « patriotique » foule aux pieds les droits les plus essentiels du travailleur, dont le droit d’avoir un « chez soi ». La bourgeoisie dévore, sans nulle compassion, l’âme du paysan-travailleur : son amour du labeur artisanal, son attachement à la famille, à la solidarité rurale, sa perception mystique du monde. Elle jette, et selon une violence inouïe, le prolétariat, le sous-prolétariat et la paysannerie pauvre sur les routes de l’exil. Qu’a-t-on fait vivre aux ruraux des premières immigrations d'origine algérienne ? Après s’être accaparé la terre de leurs ancêtres, les avoir réemployés et rétribués piteusement sur cette même terre parfois, et, avec l’aval d’un cadre juridique favorable à la colonisation européenne [loi Auguste-Warnier, 26 juillet 1873, relative à l’établissement et la conservation de la propriété privée en Algérie] [1], le capitalisme français, devenu colonialisme à l’échelle africaine, les a embauchés dans ses usines afin de les exploiter plus durement que leurs frères de classe, les ouvriers métropolitains. C’était une manière d’user de la force de travail au meilleur coût, mais c’était aussi une façon de se venger des luttes de la classe ouvrière française, dont les dirigeants les plus influents avaient été assassinés, emprisonnés ou déportés dans les territoires lointains de l’Empire colonial. C’était enfin un moyen de dresser la classe ouvrière française contre la nouvelle main-d’œuvre immigrée. C’était faire d’une pierre deux coups. Une des plus vieilles stratégies des classes au pouvoir est de diviser les peuples afin de mieux régner. Fort heureusement, les travailleurs français n’ont pas entièrement mordu à l’hameçon. La nouvelle classe ouvrière issue du Maghreb, comme celle venue autrefois d’Italie, de Pologne ou d’Espagne, a trouvé solidarité et compréhension auprès des éléments les plus conscients de la classe ouvrière de la métropole.

 Les classes au pouvoir ne sont pourtant pas nihilistes ou aveuglément soumises à l’argent-roi. Elles s’octroient princièrement le droit de sacrer une conception égocentrique et cérémonieuse de la famille-dynastie, de la nation, de la religion et de la propriété privée. Elles seules prétendent incarner les valeurs du cœur et de l’esprit. Mais le cœur du petit paysan, de l’artisan et du salarié a été détruit et son esprit liquidé. La bourgeoisie s’identifie maintenant comme « républicaine » alors qu’elle fut et qu’elle continue d’être réellement « versaillaise », c’est-à-dire par la grâce d’un couronnement bonapartiste, convertie au luxe de l’aristocratie parasite.  Elle a noyé dans le sang les insurrections ouvrières leur déniant le droit de se réclamer républicaines, les qualifiant d’anarchistes hier, d’extrémistes aujourd’hui parce qu’elles dérangent un arsenal institutionnel façonné pour assurer la perpétuation de son hégémonie de classe. Elle fustige la violence des terroristes, alors qu’elle produit objectivement, chaque jour, ce type de terrorisme et qu’elle utilise les armes de la terreur et de la répression pour mater les salariés en grève et ceux qu'elle nomme les « migrants ». Elle seule s’autorise à parler au nom de la France, tandis que les militants des citoyens-travailleurs au pouvoir formeraient l’anti-France. La France de cette bourgeoisie, à l’instar d’un des plus terribles tyrans que le monde ait connu, le fameux Napoléon Bonaparte, a voulu constituer et étendre un Empire. Elle a spolié, pillé, séquestré et massacré des peuples entiers au nom de sa « civilisation du progrès » qui n’était pas autre chose qu’un aspect précurseur de ce que des ringards appellent le «capitalisme apatride » parce que celui-ci n'est guidé par aucun idéal patriotique dès lors qu'il s'agit de surexploiter la force de travail. Démonstration est donc faite que la question nationale ne saurait être séparée de la question sociale. Ces deux aspects vont sans cesse de pair. Il eût été impossible de ne pas observer combien, en ce cas précis, celui de l’Algérie « colonie de peuplement », la dépossession et la déstructuration de l’ancienne communauté algérienne avait créé de tragédies et de dénuements intolérables. La misère des masses musulmanes sautait aux yeux : l’écrivain Guy de Maupassant, qui n’était pas un révolutionnaire, la perçut d’emblée et souhaita qu'on l'entendît. La misère était en effet totale : l’homme algérien avait été anéanti matériellement et moralement. « Les morts algériens de l’implacable conquête de l’Algérie ont été évalués entre 250 000 et 400 000, voire plus. Les victimes de la déstructuration du vieux mode de production communautaire, en particulier lors de la grande famine de 1868 suite à une récolte désastreuse, furent bien aussi nombreuses, et peut-être plus : au total, il y eut disparition peut-être bien d’un quart à un tiers de la population algérienne de 1830 à 1870 », écrit l’historien Gilbert Meynier. [2] Enfin, dans un ouvrage rédigé collectivement, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault notent ceci : « D’abord, la fin de l’indivision acheva la dislocation des familles en brisant les cadres traditionnels qui imposaient un minimum de solidarité entre tous les membres. La nouvelle répartition des terres rompit l’équilibre traditionnel des pratiques agricoles et pastorales et l’extension de celles-ci sur des terres moins bonnes, tandis que la réduction des terrains de parcours fut la cause de la baisse des productions vivrières et de la dégradation du milieu naturel. Il en résulta une détérioration du niveau de vie aussi bien pour les grandes familles en pleine décadence que pour l’ensemble des groupes sociaux de la ville et de la campagne. Une telle paupérisation fut ressentie comme un douloureux traumatisme. » [3]

 À l’autre bout du spectre, le colonialisme français divulguait avec force arrogance sa propagande mensongère qui n’était pas moins révélatrice des objectifs poursuivis en Afrique, et en Algérie en particulier. Le journaliste Lucien-Anatole Prévost-Paradol, auteur d’un livre célèbre au temps de l’ « Algérie de papa », appelé « La France nouvelle » (!!!), écrivait non sans un certain cynisme : « L’Algérie est la chance suprême. Cette terre est féconde, elle convient excellemment par la nature du sol à une nation d’agriculteurs et l’amélioration n’est nullement au-dessus de notre science et de nos richesses (ndlr : on remarquera au passage la vanité toute ethnocentriste du personnage : « notre » science et « nos » richesses). Cette terre est assez près de nous pour que le Français, qui n’aime pas à perdre de vue son clocher, ne s’y regarde pas comme exilé et puisse continuer à suivre des yeux et du cœur les affaires de la mère patrie. » Nos amis algériens apprécieront la prose de Monsieur ! Mais la conclusion de ce passage est encore plus inquiétante : M. Prévost-Paradol nous la livre sans nul examen de conscience : « L’Afrique ne doit pas être seulement pour nous un comptoir comme l’Inde, ni seulement un camp ou un champ d’exercice pour notre armée, encore moins champ d’expérience pour nos philanthropes ; c’est une terre française, qui doit être le plus tôt possible peuplée, possédée et cultivée par des Français, si nous voulons qu’elle puisse un jour peser de notre côté dans l’arrangement des affaires humaines. » [4] Exit les Algériens ? On y lit, en filigrane, rien moins qu’un fantasme culturel génocidaire. [5] Mais puisque nous parlions de mensonge, il nous faudrait bien sûr évoquer ici le mythe assimilationniste, le fameux idéal républicain. Qu'en fut-il réellement ? « En 1848, si Abd el-Kader était vaincu, l'Algérie n'était pas soumise et, en-dehors des villes, elle était entièrement sous administration militaire. L'armée avait créé des bureaux arabes  dont les officiers géraient le pays », fait remarquer Sylvie Thénault. [5 bis] Toute cette situation se complexifia lorsqu'entra en application la départementalisation de l'Algérie. Du reste, l'Algérie française se limitera au Tell c'est-à-dire au Nord, la bande d'environ 250 000 km2. Le Sud désertique n'intéressera la France que beaucoup plus tard. L'Algérie ne fut donc pas la France puisqu'elle fonctionnait, de surcroît, selon un double régime communal. Cette curieuse départementalisation doit être mise en relation avec le monstrueux code de l'indigénat à caractère pénal (Loi n° 10-680, 28 juin 1881, Gouvernement Jules Ferry), « collage de textes de circonstance qui traduisent la peur de l'insurrection indigène » (Daniel Rivet). De fait, seules les villes et les centres de colonisation se conformaient au modèle métropolitain ; ailleurs, les communes dites « mixtes » étaient placées sous le commandement d'administrateurs français nommés par le gouvernement général. Au début du siècle précédent, les communes de plein exercice rassemblaient la plupart des européens, tandis qu'à l'inverse les trois quarts des musulmans vivaient dans des communes mixtes. [5 bis]

 Quoi qu’il en soit, des années plus tard, l’injustice en Algérie française demeurait toujours révoltante. Ouvrier agricole permanent ou saisonnier, ouvrier docker ou mineur, traminot, cheminot, pêcheur, chômeur, artisan, petit fellah s’escrimant sur une terre aride : tous, Algériens musulmans, crevaient de faim et succombaient à toutes sortes de contagions ou de maladies guérissables dans un pays qu’on leur avait confisqué. Leur terre originelle leur était devenue étrangère ; leur langue et leur religion en étaient réduites à l’exclusion et à la confidentialité des écoles maraboutiques. L’oppression revêtait donc une double dimension, quasi instantanée dirions-nous, à la fois nationale et sociale. La question sociale était lovée au cœur de la question nationale. Il eût été anormal de les appréhender séparément. La dévalorisation de l’autochtone et la négation de son identité religieuse et culturelle sécrétait, en toute logique, l’inégalité sociale. D’un autre côté, il ne pouvait exister d’Algérie française en dehors d'une pareille injustice. Voilà pourquoi, ici, dans cette Algérie-là, toute tentative réformiste serait d’emblée vouée à l’échec.  

 Advint, pourtant, ce que la logique interdisait : on découpla la question sociale de la question nationale. Les élites musulmanes, à de rares exceptions près, sous-estimèrent longtemps durant la question sociale. Certes, celle-ci ne pouvait avoir de solution définitive que dans le cadre d’une Algérie indépendante. Mais, précisément, tant que les élites musulmanes ne s’étaient pas frayées une pensée et une perspective nationale claire et sans ambiguïté, à savoir l’indépendance de l’Algérie, elles s’interdisaient, par là-même, toute possibilité d’échafauder un programme à caractère économique et social. Sans doute, craignaient-elles, plus justement, que les démunis apprennent à s’organiser et deviennent ses futurs adversaires de classe, plus tard, dans une Algérie indépendante. Or, le mérite essentiel des premiers indépendantistes, ceux de l’Étoile nord-africaine animée par Messali Hadj, fut de s’adresser en priorité à la masse la plus humble du peuple algérien. De là naquit progressivement la conscience qu’il fallait s’organiser, se rassembler, faire de la politique, penser à demain. Quant aux communistes algériens, ils furent souvent entravés par une pseudo-solidarité internationaliste et soviétique. Il nous faut leur rendre justice : ils ne dédaignèrent pas non plus les masses algériennes les plus pauvres et s’efforcèrent de leur enseigner les rudiments d’un combat de classe. Le peuple algérien le reconnut, en partie, qui énonçait un peu schématiquement : « Les communistes, c’est le pain et les nationalistes, la patrie ! » Dans tous les cas, cela rendait certes justice aux uns et aux autres, mais révélait aussi les carences des uns et des autres. Et cela démontrait que les musulmans algériens, dans leur immense majorité, n’avaient pas été anesthésiés par les fameux services d’action psychologique colonialistes ou paralysés par les méthodes répressives. « Combien notre pays comptera-t-il d’Oradour sanglants ? », disait jadis le communiste algérien Abdelhamid Benzine, et des rappelés français d’Algérie lui répondaient, comme en écho : « Des Oradour nous en faisons tous les jours. » [6]  En dépit des conditions odieuses dans lesquelles il fut maintenu, le peuple algérien manifesta clairement sa volonté d’indépendance, et de la façon la plus courageuse et la plus déterminée. 

Toutes les dates du siècle précédent commémorées aujourd’hui en Algérie et, parfois, dans le monde entier, ne cessent de nous le rappeler : cette indépendance tant caressée n'a jamais été obtenue par la grâce du colonisateur qui, tout au contraire, exerça son autorité avec une violence redoublée et aveugle. Ainsi du 8 mai 1945, jour de la libération du fascisme et du nazisme à laquelle les soldats musulmans d'Afrique du nord y contribuèrent grandement et avec intrépidité. Ce 8 mai 1945, devint semblablement l'expression de la volonté d'indépendance des masses musulmanes en cortèges indubitablement désarmés. Cependant, « Les autorités françaises, civiles ou militaires, jugent depuis longtemps qu'il existe un climat insurrectionnel, et elles veulent le briser, non pas depuis le 8 mai, ni le 1er, mais au moins depuis mars ou avril 1944 », écrit Yves Benot [7]. Le général Martin, qui vient de prendre ses fonctions de commandant des troupes en Algérie, reçoit ces ordres-là, émanant du général De Gaulle : « [...] il s'agit d'empêcher que l'Afrique du nord ne glisse entre nos doigts pendant que nous libérons la France. » [8] La brutalité des autorités françaises doit-elle réellement surprendre ? À une centaine de morts européennes, l'armée et des milices civiles pro-colonialistes y répliquent par des bombardements et des ratissages sévères des communes du Nord-Constantinois : entre le mois de mai et le mois de juin, on y dénombrera entre 20 et 30 000 morts musulmanes, autrement dit le plus grand massacre de l'histoire de la France contemporaine commis autour des villes de Sétif et Guelma. [9] Tout cela ressemble fort à ce que la Résistance européenne avait vécu dans son combat contre le nazisme. Fait symptomatique parmi tant d'autres : l'exécution spectaculaire orchestrée par le sous-préfet de Guelma, André Achiary, le 12 mai courant, à Villars (aujourd'hui, Oued Cheham) où, pour venger la mort d'un colon, sept fellahs sont suppliciés, arrosés d'essence et brûlés, ceci afin de terroriser les autres paysans.

 Le temps des illusions en Afrique du nord s'effondrait, celui des certitudes était désormais enclenché. Dès lors, le peuple algérien pansera ses plaies et fourbira ses armes : il sera indépendant, rien ne pouvait plus l'en dissuader. Certaines personnalités de l'administration coloniale traduiront leurs inquiétudes. Si celles-ci eurent peur, au milieu des années 1940, ce n'est pas tant parce que l'heure de l'insurrection avait retenti à cet instant précis, mais plutôt parce qu'elles avaient mesuré avec effroi le degré de maturation du mouvement national que le drapeau vert  et blanc, frappé en son milieu d'un croissant et d'une étoile rouge puis les mots d'ordre surgis dans les défilés - « Libérez Messali », « Nous voulons être vos égaux », « À bas le colonialisme » - ne firent que confirmer. « Si nous ne faisons rien dans les plus brefs délais pour les musulmans, dans dix ans ce sera l'insurrection pour de bon », dira un représentant de l'Algérie française. L'ère des rébellions musulmanes sans avenir se consumait : tout indiquait qu'ici et dans le monde les rapports de force s'inverseraient bientôt. Que ce soit paradoxalement, c'est-à-dire par le biais du réformisme musulman (oulémas) ou «citoyen» des Élus indigènes puis de l'UPA (Union populaire algérienne), créée en 1938 par Mohammed Bendjelloul et Ferhat Abbas, des luttes sociales initiées par les communistes ou du radicalisme national du PPA (Parti du peuple algérien) de Messali Hadj, les jeunes générations s'instruisaient et se forgeaient progressivement une conscience politique plus affirmée, à la fois moderne et originale, donc pleinement algérienne. De fait, la lutte du peuple algérien ne demeurait pas circonscrite à son cadre national ; inspirée des expériences étrangères, elle devenait, à son tour, exemplaire. Elle participait richement à l'avènement d'un monde nouveau à l'échelle internationale. « C’est dans l’Internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’Internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. On pourrait presque dire : un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène », écrivait jadis le socialiste Jean Jaurès. [10] Les colonialistes craignaient le nationalisme algérien parce qu'il touchait l'âme des peuples opprimés. Aussi, les dirigeants du mouvement indépendantiste étaient-ils en butte aux tracasseries administratives, à la mise en résidence surveillée, à la prison, à la déportation. Plus encore qu'eux-mêmes, dirigeants au charisme incontestable, leurs voix et leurs discours étaient craints. Nous ne prendrons qu'un exemple : De retour en Algérie, à la mi-juin 1937, Messali Hadj constate, d'une part, la situation de misère aggravée de la population musulmane, et, d'autre part, l'enlisement du projet Front populaire Blum-Viollette [11]. Le fondateur du PPA met les pieds dans le plat. On l'accuse très vite d'activisme anti-français. Le 27 août 1937, il est arrêté et incarcéré avec quatre autres de ses compagnons à la prison Barberousse d'Alger. Dix jours auparavant, dans une interview pour La Justice, il présentait le programme de son parti : « Nous n'avons jamais caché notre conception politique en ce qui concerne le problème algérien. Notre programme se compose de deux parties », déclare-t-il. Il détaille des revendications qui sont à la fois sociales et politiques, c'est-à-dire à caractère national. Le 2 novembre 1937, lors de son procès pour « atteinte à la souveraineté française », Messali Hadj retournait la condamnation qui lui était adressée : « [...] La France ne doit pas ignorer la véritable situation des Nord-Africains devant les promesses que le fascisme fait miroiter à leurs yeux, la France  du Front Populaire va-t-elle s'obstiner à maintenir sa politique actuelle ? Laissera-t-elle le Code de l'indigénat et les lois d’exception continuer à servir contre les autochtones ? Refusera-t-elle toujours les libertés démocratiques au peuple algérien ? [...] Nous n'avons aucun goût ni pour le fascisme ni pour l'impérialisme, mais aimons la liberté, la démocratie et repoussons de toutes nos forces toutes servitudes et toutes pressions. Est-ce être anti-français que de demander un Parlement algérien ? Est-ce être anti-français que de demander la même indépendance pour l'Algérie ? Sommes-nous ici chez nous, en Algérie ? Nous travaillons pour notre liberté, avec l'aide de la France. Nous avons notre civilisation, notre religion et nous avons tout pour être un peuple. Nous voulons voir ce pays libre, indépendant, avec le secours de la France. Alors la France pourra compter sur nous et sur l'Islam tout entier. » [12]   

 Aussi, le 1er novembre 1954, jour du déclenchement de la Guerre de libération nationale, fut mal enregistré pour ceux qui n'auront rien saisi et rien analysé du 8 mai 1945. Ferhat Abbas, le dirigeant de l'UDMA, à qui l'on fit injustement reproche de ne pas avoir été nationaliste et sur lequel on projeta le soupçon pour avoir adressé un rapport au maréchal Pétain en 1941 [13] écrira : « L'avènement du 1e novembre ne nous surprit donc pas. À la vérité, le peuple l'attendait. Depuis le 8 mai 1945, depuis les événements de Sétif et de Guelma, des nuages s'étaient accumulés dans le ciel algérien. Les relations entre Algériens et Français d'Algérie s'étaient plus que jamais détériorées sans que des autorités responsables aient jamais fait le moindre geste spectaculaire pour remédier à cette situation. Pour les colons nous étions toujours à l'heure du gendarme. » Quelques lignes auparavant, le premier Président du gouvernement provisoire algérien (GPRA) notera ceci : « L'Arabe, méprisé, humilié, bafoué, passait à l'attaque. Pour nous, la situation était claire. Être ou ne pas être. Déboucher sur la liberté ou renforcer le racisme et courber la tête sous une contrainte coloniale probablement plus lourde. L'alternative se posant, il n'y avait plus à tergiverser. » [14] L'heure avait donc sonné : le peuple algérien entrait en guerre certes, mais la guerre n'avait-elle donc jamais cessé ici ? Qui donc avait ouvert le conflit dans ce si beau pays ? 

 

 

Le 15 novembre 2021

Michel Sportisse   

 

 [ À suivre]

 


 

  L’article du 15 octobre

 

Lénine, la question coloniale et moi

Quoi qu’on en pense, Lénine fut incontestablement l’un des continuateurs les plus fidèles de la pensée communiste. Que disait-il à propos des nations opprimées ? Extraits de ses écrits.

• « Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les partis (communistes) des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout parti appartenant à la Troisième Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de « ses » impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimées et d’entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux. » [« Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes », juin 1914]

• « La politique de Marx et d’Engels dans la question irlandaise a fourni le plus grand exemple, qui conservent jusqu’à présent une énorme importance pratique, de la façon dont le prolétariat des nations qui en oppriment d’autres doit se comporter envers les mouvements nationaux… Si le prolétariat d’Irlande et celui d’Angleterre n’adoptaient pas la politique de Marx et ne faisaient pas de la séparation de l’Irlande leur mot d’ordre, ce serait de leur part le pire opportunisme… une concession à la réaction et la bourgeoisie anglaise. » (Citation id.)

• Revenant sur cette question, lors de la 7e Conférence de Russie du POSDR (Parti social-démocrate de Russie), le 15 mai 1917, Vladimir Ilitch Lénine déclare :

« Les social-démocrates polonais disent : Nous sommes contre la séparation de la Pologne précisément parce que nous trouvons avantageuse l’alliance avec les ouvriers russes. C’est leur droit absolu. » Cependant, Lénine marque son désaccord : « Ils ne veulent pas comprendre qu’il faut, pour affermir l’internationalisme, mettre l’accent en Russie sur le droit de séparation des nations opprimées et en Pologne sur la liberté de rattachement, et non répéter indéfiniment les mêmes mots. La liberté de rattachement suppose la liberté de séparation… »

C’est, à travers cette position de Lénine, que je crois juste de dire que je soutiens à l’encontre des dirigeants marocains la juste lutte du peuple du Sahara occidental. Je le fais sans haine et sans inimitié à l’endroit du peuple marocain frère.

• Autre question en débat à l’heure présente : Quand peut-on parler de nation ? L’Algérie était-elle nation en 1830 au moment de la Conquête française ? Le président français Emmanuel Macron a de nouveau abordé cette question et semble se rapprocher d’une vision plus lucide. J’aimerais lui rappeler et rappeler également à ceux qui l’auraient méconnue la définition qu’en a donné Staline à l’époque où il écrivait sous la dictée et l’influence de Lénine :

- « La nation est une communauté humaine stable qui s’est constituée historiquement, née sur la base de la communauté de quatre caractères fondamentaux, à savoir : sur la base de la communauté de langue, de la communauté de territoire, de la communauté de vie économique et de la communauté de conformation psychique, manifestée par la communauté des propriétés spécifiques de la culture nationale. » (Définition reformulée par Staline le 18 mars 1929 ensuite publiée sous le titre « La Question nationale et le léninisme »)

Aussi surprenant que cela puisse paraître aux ignorants, Staline et Lénine étaient, en réalité, proches de la définition qu’en donnait le Constantinois Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), le penseur réformiste musulman (« ûlama »), lorsqu’il parlait de l’Algérie. Et totalement en opposition également avec la position de Maurice Thorez, le dirigeant du PCF d’alors, qui évoquait, quant à lui, une « nation en formation ». On constate qu’il s’agissait là d’une déformation honteuse de la politique authentiquement communiste.

La nation algérienne n’a pas eu besoin de la France colonialiste pour exister. Elle existait depuis des lustres. Qu’il n’y ait pas eu d’État algérien, quoi de plus logique, puisque la nation algérienne vivait sous l’oppression : directe et brutale (le colonialisme français) ou lointaine et plus disparate (la suzeraineté de l’Empire ottoman).

Le 15 octobre 2021

MS

 

 

 

 

 

 

 



[1] Membre de la Commission du séquestre, président de la Commission des indemnités aux victimes de l’insurrection kabyle de 1871, membre de la Commission de la propriété immobilière en Algérie, Warnier, qui écrit dans L'Économiste français de Jules Duval et dans L'Opinion nationale, se répand dans de nombreuses brochures ainsi qu’à la société de climatologie algérienne. Il a laissé son empreinte dans la loi de 1873 relative à l'établissement et à la conservation de la propriété en Algérie et qui porte son nom. L'objectif de cette loi était d'établir les droits de propriété sur les terres algériennes et de mettre fin au communautarisme agraire indigène (terres « ‘arch »).

« Cette loi, connue sous le nom de Loi Warnier, cherche à atteindre la francisation de la terre musulmane et la délivrance conditionnelle aux indigènes après enquête de titres de propriété. On constate la propriété individuelle là où elle existe ; on la constitue dans les territoires de propriété collective par des procédures d'enquête générale s'appliquant à tout un douar ou à toute une tribu »

— Augustin Bernard. Histoire des Colonies Françaises et de l'Expansion de la France dans le monde. — Tome II : l'Algérie. 1930

 

[2] G. Meynier : L’Algérie et les Algériens sous le système colonial. Approche historico historiographique, Insaniyat, revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales.

 

[3] A. Bouchène, J.-P. Peyroulou, O. Siari Tenguour et S. Thénault, Histoire de l’Algérie à la période coloniale, p. 41, Éditions Barzakh, Alger, 2012.

[4] L.-A. Prévost-Paradol : « La France nouvelle », réédition Garnier, Paris 1981.

 

[5] En certaines occasions, on vit la tentation génocidaire s’exprimer sans ambages. Bien qu’auteur de massacres de masse, le général Thomas-Robert Bugeaud, gouverneur général et commandant militaire en Algérie de 1840 à 1847, en rejeta le principe non par humanisme, mais par réalisme. Un politologue comme Olivier Le Cour Grandmaison déclare au sujet de la conquête en Algérie : « Les origines de la guerre totale ne seraient donc pas à chercher dans les archives des stratèges français ou allemands qui ont dirigé les opérations militaires entre 1914 et 1918, ni dans les meurtriers « orages d’acier » qui se sont alors abattus sur l’Europe. Elles ne seraient pas davantage dans les dossiers de Hitler et de ses généraux lorsqu’ils lancent, le 22 juin 1941, leurs armées à l’assaut de l’Union soviétique promise à « l’annihilation » annoncée par le Führer qui, quelques mois plus tôt, avait aussi déclaré que la guerre « contre la Russie » devait « exclure les formes chevaleresques ». Ces origines, ne les découvre-t-on pas plutôt dans les montagnes de Kabylie livrées aux « vastes » et systématiques « incendies » allumés par les troupes de Saint-Arnaud, qui laissent derrière elles des terres ravagées et pour longtemps improductives, des survivants terrorisés, ruinés et affamés ? De même, ces origines ne sont-elles pas dans les combats acharnés engagés pour s’emparer de villes ou d’oasis jugées indispensables à la conquête et à la pacification de l’ancienne Régence d’Alger ? Là, on le sait, les « indigènes », quels que soient leur sexe, leur âge et leur statut, furent souvent décimés et parfois déportés au cours de longues marches meurtrières, les villages anéantis par centaines, et les territoires sur lesquels les premiers résidaient soumis ainsi à une militarisation complète. Il est essentiel de préciser qu’il ne s’agit pas d’exactions isolées commises par des subalternes mais d’actions arrêtées et planifiées au plus haut niveau puisqu’on sait que les « enfumades », les razzias et les exécutions massives des prisonniers furent ordonnées ; les premières étant même soumises à un protocole précis qui détaille la façon dont les militaires doivent procéder pour les mener à bien. » Par ailleurs, ce dernier met en relief aussi la pensée d’un certain docteur Eugène Bodichon (1810-1885), auteur d’un projet eugéniste visant à exterminer les populations algériennes. « Les conceptions de ce savant médecin républicain, fort connu à l’époque, permettent de mieux connaître les différents éléments à l’origine de ces dernières et de découvrir de nouveaux « fils rouges », comme l’écrivait Hannah Arendt, qui courent de l’époque coloniale aux désastres totalitaires », dit pour finir Le Cour Grandmaison.

[5 bis] S. Thénaud : L'Algérie assimilée ? Populations et territoires. Du mythe à la réalité (In : Made in Algeria, généalogie d'un territoire), Hazan/Mucem. 2016. Dans l'ouvrage Les Institutions de l'Algérie durant la période coloniale, Claude Collot énonce ceci : « L'idéologie républicaine, c'est l'assimilation au niveau de la commune. Pourtant, en opposition avec les Européens d'Algérie, qui veulent l'extension des territoires civils et du système de la commune de plein exercice à toute l'Algérie, l'administration maintient deux types de communes dans l'Algérie du nord : la commune de plein exercice régie par la loi municipale française d'avril 1884, à peine modifiée pour établir une représentation musulmane dans le conseil municipal, et la commune mixte, conçue en 1868 pour les territoires militaires mais introduite en 1874-1875 dans le territoire civil et destinée à évoluer vers la commune de plein exercice. » (OPU, Alger, 1987).

[6] « Des rappelés témoignent », cité dans l’ouvrage du général Paris de La Bollardière, Bataille d’Alger, bataille de l’homme, Éditions Desclée de Brouwer. 

[7] Y. Benot : Massacres coloniaux, 1944-1950 : la IVe République et la mise au pas des colonies françaises. Éditions La Découverte et Syros, Paris, 1994, 2001.

[8] Cité dans La Guerre d'Algérie par les documents, t. 1, Service historique de l'armée de terre, Vincennes, 1990 (rapport du général Henry Martin, 14 novembre 1946). 

[9] « Complet pour les victimes européennes, dont le total est de 102 tués, 110 blessés et 10 viols, l'état dressé par le 2e Bureau militaire ne porte pas sur les victimes musulmanes. Approximatif pour les victimes européennes, le tableau de la Direction de la Sécurité est inutilisable pour les victimes musulmanes, ce qu'il précise d'ailleurs », écrit Jean-Louis Planche (Sétif 1945. Histoire d'un massacre annoncé, Perrin, 2006).

[10] J. Jaurès, Patriotisme et internationalisme, 1911.

[11] Projet de loi relatif à l'exercice des droits politiques pour quelques catégories de sujets français en Algérie, proposé par Maurice Viollette, ancien gouverneur général en Algérie, au gouvernement Front populaire de M. Léon Blum. Délibéré en Conseil des ministres, le 15 octobre 1936, il est déposé au bureau de la Chambre des députés le 30 décembre suivant. La Commission du suffrage universel l'examine en 1938. Le projet sera suspendu le 4 mars. Cette loi non adoptée avait pourtant une portée très limitée : elle ne concernait que 20 à 25 000 sujets musulmans. Lors du congrès des maires d'Algérie, tenu à Alger le 14 janvier 1937, la totalité de ceux-ci se prononcèrent à l'unanimité contre le projet de loi. Les porte-paroles du gros colonat européen faisaient la preuve que toute velléité de changement en Algérie française serait tuée dans l'œuf. L'ancien gouverneur de l'Algérie entre 1925 et 1927, ministre d'État sous le gouvernement Front populaire, Maurice Viollette (1870-1960) est l'auteur d'un ouvrage évoquant son combat avec L'Algérie vivra-t-elle ? publié en 1931 chez Félix Alcan. Il soutient avec clairvoyance que si l'Algérie restait le fief exclusif de la grosse colonisation, elle serait immanquablement perdue pour la France. 

[12] Déclaration de Messali Hadj devant le tribunal d'Alger. Source : El Ouma, 5 novembre 1937, cité dans Le PPA, de Mahfoud Kaddache et Guenanèche.

[13] Rapport adressé le 10 avril 1941 par l'intermédiaire du préfet de Constantine, Max Bonnafous. « Pourquoi ce rapport ? », dira plus tard Ferhat Abbas. « Le moment m'a paru favorable à une politique de changement », ajoutera-t-il. Puis il reconnaît : « Je me suis trompé. Car derrière le maréchal Pétain, il y avait, en plus de l'influence nazie, celle de l'Armée, de la Marine et des trusts coloniaux. Aussi bien, le Maréchal, par la plume d'un Général, se contenta de me remercier et ne fit rien. » Quoi qu'il en soit, ce rapport est hautement intéressant et mériterait d'être porté à la connaissance des jeunes générations. Il décrit, au préalable, le peuplement français puis européen dans le cadre de la Conquête : « Durant (celle-ci), note-t-il, ce peuplement a fait appel à l'élément français. Il s'est effectué par l'installation, comme fermiers, des soldats de Bugeaud, des ouvriers parisiens en chômage (1848), des déportés politiques (1852) et des réfugiés alsaciens-lorrains (1872). Puis, la conquête achevée, la pacification du pays attire les émigrés étrangers. Et c'est la ruée. Ce sont pour la plupart des Espagnols, des Maltais, des Italiens. Pour consolider et unifier cette société européenne naissante, une loi, celle du 26 juin 1889, accorde à ces étrangers la naturalisation automatique. [...] Elle avait déjà été renforcée par le décret du 26 octobre 1870 qui avait assimilé aux Français le bloc indigène israélite avec toutes les prérogatives du vainqueur. Dorénavant, seuls les Arabo-Berbères resteront courbés sous le poids de la conquête. Ils fourniront la main-d'œuvre à bon marché qui, dirigée par les Européens, réalisera la prodigieuse richesse de l'Algérie. » Tout en signalant l'incontestable développement de l'Algérie coloniale - uniquement profitable à l'élément européen -, Ferhat Abbas nuance son analyse de façon remarquable : « Le peuplement européen atteint le chiffre de 833 000 habitants. Tous, cependant, n'ont pas eu le même destin, tous ne sont pas restés attachés à la terre. Des villages créés à grand frais se sont dépeuplés. Très vite, la propriété européenne prit la forme du grand domaine. La formule du général Bugeaud a échoué. Le paysan européen est inconnu en Algérie. » Autrement dit, vont se mettre en place des seigneuries terriennes qui soumettront l'Algérie à une dictature à la fois économique, financière, administrative, politique. On peut donc parler, s'agissant de l'Algérie coloniale, d'une hégémonie féodale  ayant un réel caractère de classe. Ferhat Abbas soumet ensuite à l'attention des autorités un « plan de rénovation de l'Algérie musulmane. » (Source : Leïla Benammar Benmansour : Ferhat Abbas, l'injustice, Alger-Livres Éditions, Alger, 2010).

[14] F. Abbas : Autopsie d'une guerre, Garnier, Paris, 1980.


 

Carte de l'Algérie coloniale en 1927

De gauche à droite : Messali Hadj (1898-1974), dirigeant de l'ENA (Étoile Nord-Africaine) [1926], du PPA (Parti du Peuple Algérien) [1937] et du MNA [1954] et Ferhat Abbas (1899-1985), fondateur de l'UDMA (Union démocratique du Manifeste Algérien) [1946], premier président du GPRA et premier président de l'Assemblée populaire nationale à l'Indépendance.