☼ Semaine 3. Mes westerns de rêve :

The Outlaw Josey Wales (1976, Clint Eastwood)

 

 


 

 

 • Liminaire

  À la fin de la guerre de Sécession (1861-1865), dans l’État du Missouri, le paisible fermier Josey Wales est victime des méfaits d’une bande pro-Union (Nordistes) originaires du Kansas, les Jayhawkers surnommés encore Red legs. Son ranch est incendié, sa femme violée et ses enfants massacrés. Assoiffé de vengeance, Josey intègre des détachements sudistes. Cependant, les États du sud sont défaits et un de leurs officiers, Fletcher, annonce une amnistie à ceux qui déposeront les armes. C’est en réalité un piège. Tous ou presque sont abattus à la mitrailleuse : en réchappent Josey et un jeune franc-tireur grièvement atteint. Auteur d’une multitude de meurtres à l’endroit des soldats confédérés, Josey est traqué et sa tête mise à prix. Son unique compagnon décède et Josey décide de se réfugier au Texas…

 

  •  Au milieu des années 1970, l’Amérique traverse une crise d’identité. Le western – genre américain par excellence – en retraduit les miasmes. Le paradoxe de Josey Wales hors-la-loi provient du fait qu’il s’inspire d’une œuvre écrite par Forrest Carter alias Asa Earl Carter, ancien membre du Ku Klux Klan. Clint Eastwood n’en savait à peu près rien – celui-ci s’étant fait passer pour un poète d’origine cherokee. Ce qui aura sûrement capté l’intérêt de l’auteur de L’Homme des Hautes Plaines (1973), ce sont les conséquences qu'une guerre auront sur le comportement d’un père de famille, Josey Wales, situé aux antipodes d’un prototype américain souvent glorifié à Hollywood. L'individu ici décrit, pauvre rural du Missouri, est surtout soucieux de travailler sa terre et de faire vivre sa communauté chérie. S’il rejoint les sudistes c’est parce qu’il est animé d’une farouche volonté de représailles à l’endroit de ceux qui ont saccagé sa vie. Le réalisateur bâtit un récit d’où toute édulcoration des événements historiques qui ont présidé à la construction du mythe américain est obstinément proscrite. Clint Eastwood déclare : « Ce film me tient beaucoup à cœur. Un récit qu'il me fallait adapter à l'écran durant cette période particulière de notre histoire : le mécontentement de notre peuple par rapport à la guerre du Vietnam. Non pas que l'on puisse comparer mais le concept destructif de la guerre, ce qu'elle fait aux personnes. » Avant même l'achèvement du conflit, des westerns y font nettement allusion en déconstruisant l'histoire officielle de l'Ouest américain : citons, entre autres, Little Big Man (Arthur Penn, 1970) et, la même année, Soldier Blue (Ralph Nelson). Chez Eastwood, L’Ouest apparaît comme une terre instable, déchirée par des rapports humains agressifs, sillonnée par des pionniers, individualistes bornés, dénués de croyances et de principes, aujourd'hui « dans la loi », demain « hors-la-loi », la Loi ne signifiant, chez eux, rien d'autre que la « Loi du plus fort ». Le décor épouse la philosophie du film : paysages crépusculaires, bourbeux et embruinés. Quant aux personnages, ils sont souvent sales, mesquins et orduriers : n’allez pas chercher ici une réplique des figures « romantiques » de l’Ouest selon Delmer Daves ou Anthony Mann ! De fait, le « héros », dorénavant « instruit » et blasé, adopte une démarche radicale : il est à son tour impitoyable (le titre d’un des westerns d’Eastwood sorti en 1992), et forcément manichéen : les vauriens doivent trépasser jusqu'au dernier ! Les critiques se sont émus : Eastwood aurait des relents d’extrême-droite. À la vérité, Josey Wales reste surtout un voyage initiatique. Wales doit surmonter sa haine et son aveuglement pour accoster en d’autres contrées (au sens propre comme au sens figuré) : celles de la sagesse et de la tendresse même si, au final, il restera un poor lonesome cowboy. Enfin, s’il y a des habitants « américains » qui ont une parole et croient sincèrement, ce sont bien les autochtones : on retrouve avec bonheur le « cherokee » Chief Dan George (Little Big Man) et le « comanche » Will Sampson (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Buffalo Bill et les Indiens) dans de magnifiques incarnations. Deuxième western d’Eastwood, Josey Wales devait échoir à Philip Kaufman. Les désaccords entre celui-ci et Clint en décidèrent autrement et fort heureusement pour nous.

 

 


 

 

 


Josey Wales hors-la-loi (The Outlaw Josey Wales). États-Unis, 1976. 131 minutes. Réalisation : Clint Eastwood, assisté de James Fargo. Scénario : Philip Kaufman et Sonia Chernus d'après un roman de Forrest Carter. Musique : Jerry Fielding. Photographie : Bruce Surtees. Décors : Tambi Larsen. Montage : Ferris Webster. Production : Robert Daley, J. Fargo, John G. Wilson. Warner Bros, Malpaso Comp. Tournage : Glen Canyon, Utah ; Mecal, Arizona. Interprétation : Clint Eastwood (Josey Wales), « Chief » Dan George (Lone Watie), Sondra Locke (Laura Lee), Bill McKinney (Terrill), John Vernon (Fletcher), Paula Trueman (grand-mère Sarah), Sam Bottoms (Jamie), Geraldine Keams (Little Moonlight, la squaw navajo), Joyce Jameson (Rosie, la chanteuse). Sortie aux E.-U. : 30 juin 1976. Sortie en France : 20 octobre 1976.


 

 

Josey Wales hors-la-loi. Parvenu au Texas, où une vieille femme accompagnée de sa petite fille (Sondra Locke), seules survivantes d'un massacre, y possède un ranch, Josey négocie, contre toute attente, un accord de paix avec les Comanches...