La Belle Saison

(France, 2015 – Catherine Corsini)


 

Liminaire

En 1971, Carole, une parisienne en couple avec Manuel, est une militante féministe active. Delphine, une jeune rurale, s’installe dans la capitale afin d’y conquérir son autonomie financière. Les deux femmes, Delphine et Carole, se rencontrent. Elles vont alors vivre une histoire d’amour et affronter l’adversité.

 

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 L’amour est subversif. On voudrait qu’il épouse nos rêves. Or, que sont nos rêves ? Catherine Corsini nous rappelle qu’il n’y a, en amour, rien que l’on ne peut raisonnablement prévoir, ni expliquer. Carole (Cécile de France), professeure d’espagnol, issue d’un milieu de la moyenne bourgeoisie, s’éprend insensiblement de Delphine (Izia Higelin), jeune agricultrice venue du Limousin. Dès ses premières années d’adolescence, Delphine découvre qu’elle ne vibre qu’avec des femmes. Elle fait logiquement le premier pas ; alors que Carole, sans doute marquée par son éducation, ignore ce qu’elle est vraiment.  

La réalisatrice a su éviter les pièges d’une captation d’époque et les clichés qu’on pourrait lui accoler. C’est avant tout une histoire d’amour, et c’est celle-là qui nous émeut profondément. « Voilà un film qui, parlant de liberté et d’émancipation, privilégie avec justesse la circulation et le mouvement ; jouant avec les espaces (la ville/la campagne), les rythmes (les scènes de groupe, rapides, allègres ; les scènes intimes, sensuelles ou tendues), les humeurs (joyeuses/sombres) et les musiques (“L’Hymne des femmes”, Janis Joplin ou Joe Dassin) », écrit Ariane Allard (“Positif”, n° 655, septembre 2015).

Autre aspect intéressant : Catherine Corsini décrit une relation amoureuse complexe. C’est ensemble que Carole et Delphine doivent s’affranchir des barrières qui les aliènent. Elles doivent vaincre leurs propres peurs et les pesanteurs qui sont celles dans laquelle l’air du temps les tient – nous nous situons au début des années 70. L’une comme l’autre semblent alternativement courroie d’entraînement ou facteur de résistance. « Chacune est tour à tour fragile et forte, révolutionnaire et esclave des conventions, chacune a ses contradictions, ses obstacles sur le sinueux chemin qui mène à soi-même. » (“L’Annuel du cinéma 2016”). À travers les prénoms des héroïnes, un bel hommage à Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig, féministes de l’aube. 

MSh

 


 

 La Belle Saison. France, 2015. 105 minutes. Réalisation : Catherine Corsini. Scénario : C. Corsini et Laurette Polmanss. Photographie : Jeanne Lapoirie. Musique : Grégoire Hetzel. Décors : Anna Falguères. Montage : F. Baillehaiche. production : CHAZ Productions. Int. : Cécile de France (Carole), Izia Higelin (Delphine), Noémie Lvovsky (Monique), Kévin Azaïs (Antoine), Laetitia Dosch (Adeline). Sortie : 19/08/2015. Visa d'exploitation : 136855. Le tournage du film prend huit semaines, du 22 juillet 2014 au 16 septembre 2014. Le film a été tourné dans le Limousin (Haute-Vienne et Creuse), au bord du lac du Salagou (Hérault) et à Paris.


 

 

 

Cécile de France et Izia Higelin

Catherine Corsini, réalisatrice, scénariste et actrice française, née le 18 mai 1956 à Dreux (Eure-et-Loir)