La Villa



 

►France - Robert Guédiguian, 2017


 

https://www.arte.tv/fr/videos/107470-000-A/la-villa/

≈ Arte, mercredi 7 septembre à 20:55

 


 

« Cela fait si longtemps que le cinéma de Robert Guédiguian nous accompagne régulièrement (20 films en plus de 35 ans), que nous aurions presque trop tendance à le tenir pour acquis…

[…] Le voilà qui nous revient avec une œuvre-somme, La Villa, en terrain familier, au sens littéral, mais sous un éclairage différent : la calanque ensoleillée où s’ébrouent ses trois éternels alter ego, Ascaride, Meylan et Darroussin, se pare de couleurs mélancoliques, hivernales… Sous le signe de Tchekhov et de Brecht, il nous parle des idéaux envolés, mais aussi d’une maturité affective à trouver et de l’espoir qui en découle. Du coup son cinéma autrefois confidentiel (« Ki lo sa ? »), avant de devenir trop consensuel (« Marius et Jeannette ») se révèle dans sa complexité : le risque du mélodrame, le goût de la fable morale, certes, mais aussi la justesse des émotions, la liberté narrative et formelle. C’est peut-être son film le plus maîtrisé et le moins formaté. »

(Pascal Binétruy, « Positif », Décembre 2017)

 

 

« Depuis « Les Neiges du Kilimandjaro » (2011), la noirceur quasi désespérée qui avait marqué « La Ville est tranquille » (2001) semble avoir quitté l’univers de Guédiguian. Dans ce vingtième opus, il retrouve Marseille, « son » Estaque dont il a si souvent chanté la spécificité et la richesse populaires. On est ici un peu plus à l’ouest, au cœur de la calanque de Méjean, minuscule refuge au « décor mélancolique et beau », écrit Guédiguian, qu’il a filmée avec amour, respectant, utilisant et magnifiant les lieux : le bistrot-restaurant Le Mange Tout domine bel et bien le site du port. « Mélancolique et beau », tel est aussi ce film, où l’on retrouve l’humanisme chaleureux et la profonde générosité qui marquent même ses œuvres les plus sombres. On est donc en terrain connu, et pourtant rien n’est tout à fait comme dans les autres Guédiguian. »

(« L’Annuel du cinéma » 2018)

 


 

Le réalisateur s’exprime :

 

Q : « La Villa » fait allusion à l’œuvre de Brecht…

Robert Guédiguian : C’est vrai, d’ailleurs Ariane (Ascaride) avait joué le rôle de She Té (ndlr : « La Bonne Âme du Se-Tchouan) pour valider la fin de ses études au Conservatoire national. Chez Brecht, il y a certainement plus de distance par son écriture, mais tout dépend comment on monte sa pièce. Je n’ai jamais eu l’occasion – mais peut-être l’aurai-je un jour -, de mettre en scène une de ses pièces […] Dans les années 50/60 qui ont fait école, son œuvre a été élaborée sur scène avec beaucoup de distanciation. Mais cela n’a jamais signifié froideur. Il s’agit plutôt de l’effet d’étrangeté qui vient du terme « Verfremdungseffekt » et qui a été mal traduit par « distanciation ». Pour Brecht, il s’agit de rendre le monde étrange, de montrer des choses qu’on ne voit pas. Au cinéma, cela implique de changer d’angle, de montrer ce qu’il y a en-dessous et que notre œil ne perçoit pas normalement. C’est l’essence de l’art. On sollicite ainsi l’intelligence du public. Il y a une figure théâtrale bien plus ancienne que Brecht, provenant de la commedia dell’arte, que j’adore et qui est l’aparté. […] Le but est d’en appeler autant au cœur qu’à l’intelligence du spectateur. On doit rester sur ce fil en permanence et la question se pose à chaque plan pour le cinéma. […] Cette question d’être tout le temps sur le fil entre l’émotion et le didactisme résulte d’un très long apprentissage. Elle se pose lors de l’écriture du scénario et tous les jours au tournage. 

[Propos recueillis à Paris, le 25 octobre 2017 par P. Eisenreich et Y. Tobin pour « Positif »)

≈ « La Villa » est sorti en salles le 29 novembre 2017 et a obtenu 552 000 entrées.

 


 

≈≈ Filmer Marseille (extrait ouvrage Christophe Kantcheff)

 

• « Robert Guédiguian n’a pas une vision étroite des frontières de son quartier. L’Estaque se trouve là où il le décide. Dernier Été, Rouge Midi, Marius et Jeannette, À l’attaque ! y ont été quasi intégralement tournés. Jusqu’aux Neiges du Kilimandjaro. La maison de Marie-Claire (Ariane Ascaride) et Michel (Jean-Pierre Darroussin) se trouve effectivement dans le centre du quartier, à quelques encâblures de sa charmante église, où Maggiorina (Ariane A.) et Jérôme (Gérard Meylan) se sont mariés dans Rouge Midi. La petite plage où ils sont au début du film avec leurs enfants et petits-enfants est celle de Corbières, que l’on a déjà vue dans Marius et Jeannette. […]

Les nécessités dramaturgiques poussent bien entendu à sortir des limites strictes de l’Estaque. Parfois, c’est juste un peu plus loin vers l’ouest – les calanques de Méjean (quelques plans de Ki lo sa ?, ceux du début de Marie-Jo et ses deux amours, l’intégralité de La Villa) – ou non loin de l’étang de Berre, où se trouve le cabaret d’À la vie, à la mort !, qui est aussi le restaurant de Au fil d’Ariane, Dieu vomit les tièdes est « délocalisé » à Martigues et au pied du pont de Caronte, hommage à Toni de Renoir. […] »

Ch. Kantcheff : Guédiguian. © Éditions de l’Atelier, 2018.

 

▼Lire chronique de Jean-Michel Frodon : http://www.slate.fr/story/154343/villa-retrouvailles-famille-rencontre-monde

 

Filmographie de Robert Guédiguian