Elvira Madigan


1967, Suède - Bo Widerberg


 

  • Elvira Madigan (Hedevig Jensen) (1867-1889), célèbre artiste de cirque danoise, connut une folle histoire d’amour avec le comte suédois Sixten Sparre, lieutenant dans un régiment de dragons. Une liaison qui défraya la chronique parce qu’elle enfreignait les usages de la morale bourgeoise. Sixten avait abandonné son épouse, ses deux enfants et ses devoirs militaires. Elvira, alors en pleine gloire, délaissait ses compagnons de chapiteau. Widerberg, toujours sensible aux interdits sociaux, mûrissait le projet de porter à l’écran cette histoire tragique qui eut, en Suède et au Danemark, le même écho qu’eurent les aventures des bandits amoureux Bonnie Parker et Clyde Barrow outre-Atlantique. La même année, Arthur Penn avait adapté, non sans quelque liberté, cette affaire devenue légende. Comme le cinéaste américain, Bo Widerberg (Le Quartier du Corbeau, Joe Hill) choisit de nous raconter un récit sur le mode romantique, avec nettement moins de violence et c’est normal. Les acteurs – Pia Degermark et Thommy Berggren sont à la fois beaux et justes –, la musique de Mozart (l’andante du Concerto K. 467) et les paysages du sud de la Suède et du Danemark, filmés dans une lumière naturelle incomparable, passèrent à la postérité.  

 


 

  •  Elvira Madigan, « très belle élégie impressionniste sur l'amour coupé du réel, demeure toutefois une condamnation implicite de l'isolement : la funambule Elvira (Pia Degermark) et l'officier déserteur Sixten (Thommy Berggren) se tuent parce qu'ils sont devenus incapables d'affronter la vie. » (Claude-Michel Cluny) « J'ai toujours été intrépide sur le fil, mais très peureuse au sol », confesse Elvira à Sixten.

 

  • Selon Peter Cowie, le film de Widerberg révéla les qualités de l'opérateur Jörgen Persson dont les images « communiquent, comme certaines toiles de Bonnard, un sentiment de béatitude intérieure, une tendresse sensuelle pour la lumière naturelle et pour les objets, à laquelle se mélange, suivant la tradition nordique, une prémonition de la mort (les fraises sauvages indiquant le bonheur, le vin répandu faisant pressentir la perte finale du sang et de la vie.) »

 

Dialogues :

« C’est ça l’amour, non ? Emprunter le regard de l’autre : on a envie de voir et de sentir le monde comme la personne aimée. » (Sixten Sparre-Thommy Berggren)

« Il ne s’agit pas que des gens. Il a trahi son pays. » (Un lieutenant de dragons, au sujet de Sixten Sparre)

« Ma mère est allemande, mon père danois. Mon beau-père américain. J’ai des amis en France, en Italie… Regardez ma main. On dirait une carte, n’est-ce pas ? Avec des lignes, comme des frontières. Qu’importe où sont les lignes ! L’important, c’est ma main. Ma main tout entière. » (Réponse d’Elvira Madigan-Pia Degermark)

 


 Elvira Madigan. Suède, 1967. Eastmancolor. 91 minutes. Réalisation, scénario et montage : Bo Widerberg. Assistant réalisateur : Kalle Boman. Photographie : Jörgen Persson. Musiques : Mozart (Andante, 21e Concerto piano et orchestre) ; Vivaldi (Concerto pour violon « L'Été » RV 315 ; « L'Amoroso » RV 271). Production : Waldemar Bergendahl. Interprétation : Pia Degermark (Elvira Madigan), Thommy Berggren (Sixten Sparre), Lennart Malmer (Kristoffer), Cleo Jensen (Cleo), Yvonne Engdal (la voix d'Elvira Madigan). Prix d'interprétation féminine (P. Degermark) au festival de Cannes 1967. Sortie : 24 avril 1967.


 

Elvira Madigan (2'50). Entrée du thème de Mozart. Séquence bucolique. Les nouveaux amants ont tourné le dos à leur passé...