Roubaix, une lumière


(2019, Arnaud Desplechin)


 

https://www.arte.tv/fr/videos/102204-000-A/roubaix-une-lumiere/

 

≈ Du 10 octobre au 15 novembre 2022 sur Arte.

 


 

Avec Roubaix, une lumière, Desplechin ancre un polar en terrain de connaissance, celui de sa ville natale. Toutefois, la nouveauté c’est l’approche réaliste, domaine inhabituel chez lui. Le scénario s’inspire d’un fait divers authentique déjà évoqué par Mosco Boucault pour le petit écran (Roubaix, commissariat central). Voici quelques extraits d’un « billet » de Marc Cerisuelo pour « Positif » de septembre 2019 :

 

« […] L’authentique point commun de Roubaix, une lumière (outre des détails évidents quoique finalement anecdotiques : la ville, la jeune fille) avec les films précédents du cinéaste est qu’ils entretiennent, les uns et les autres, une relation privilégiée à la recherche de la vérité. […] Qu’il aille du côté des espions (La Sentinelle) ou du théâtre (Esther Kahn), du romanesque littéraire (Trois souvenirs de ma jeunesse), fantastique (Les Fantômes d’Ismaël) ou familial (Passim), Desplechin avait jusqu’à présent installé sa production du côté de L’Odyssée plutôt que de L’Iliade, pour reprendre l’opposition ou plutôt la répartition classique de Northrop Frye : le romanesque et son cortège de péripéties et de métamorphoses, l’ont souvent emporté sur l’épique, froid et tranchant. Tel était du moins le cas avant Roubaix, une lumière, à une exception près (Ndlr : Jimmy P.). […]

[…] L’œuvre ne doit pas être tronçonnée, il faut la prendre comme un tout, comme ce morceau de réel qui s’appelle Roubaix. […] Desplechin s’empare du cliché du bon commissaire et le transforme en professeur idéal : semblable au géologue ou au géographe qui sait lire un paysage (on trouve chez Julien Gracq de belles pages à ce propos), Daoud (Roshdy Zem) sait non seulement expliquer l’évolution de la ville, mais il l’incarne : il sait – c’est son métier – ce que sont devenus ses copains de classe… […]

L’essentiel n’est évidemment pas là. L’essentiel c’est l’histoire des deux filles qui ont tué leur vieille voisine. Mais l’essentiel ne peut se comprendre que si le décor est posé, et, c’est encore mieux, si les personnages en sont « extraits » (on y revient). Leurs actions s’insèrent dans un espace que nous connaissons. […] Le meurtre ne saurait être montré, pour d’évidentes raisons de tension scénaristique, certes, mais surtout parce que l’aveu – difficultueux, progressif, arraché comme une mauvaise herbe ou une dent pourrie – conditionne en toute logique policière la reconstitution du crime, c’est-à-dire un moment inouï porté d’abord par l’interprétation de Sara Forestier (Marie). […] Le personnage de Marie, déjà exceptionnel par sa pureté, se révèle dans son miroitement lors de la reconstitution : tout (ou son contraire) semble possible à chaque seconde ; et pourtant l’on parle d’un meurtre et de la façon dont il est commis. […] Le chemin de Claude (Léa Seydoux) vers la reconnaissance sera plus long, et c’est sans doute par son truchement que le suspense psychologique devient hitchcockien : l’actrice et le spectateur ont l’air de faire tout le travail. […] Le temps qui importe est celui de l’aveu, et la reconstitution en fait partie. […] »

 


 

Roubaix, une lumière . France, 2019. 119 minutes. Réalisation : A. Desplechin. Scénario et dialogues : Léa Mysius, A. Desplechin adapté de « Roubaix, commissariat central ». Photographie : Irina Lubtschansky. Musique : Grégoire Hetzel. Interprétation : Roshdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz. Sortie en France : 21 août 2019. 387 488 entrées [©CBO].

 


 

 

 


 

 

 

Léa Seydoux, Sara Forestier