Ondine




 

 

 

☼ (Undine, Christian Petzold – Allemagne-France, 2020)

 


 

• Sur Arte https://www.arte.tv/fr/videos/091156-000-A/ondine/

Du 14 octobre au 11 janvier 2023

 


 

≈ Présenté à la Berlinale 2020, « Ondine » est le premier volet d’une trilogie consacrée par l’excellent Christian Petzold à des mythes allemands. Le scénario s'inspire du conte romantique Ondine (Friedrich de La Motte-Fouqué, 1811), dans la version d'Ingeborg Bachmann Ondine s’en va, parue dans le recueil de sept nouvelles La Trentième Année (Das dreißigste Jahr, 1961). Le film a remporté l’Ours d’argent de la meilleure actrice (Paula Beer). « Ondine » a également reçu le prix Fipresci (Fédération internationale de la presse cinématographique). Voici un extrait de ce qu’écrit pour la revue « Positif » du mois d’avril 2020, Madame Eithne O’Neill :

« En quoi consiste le cachet du cinéaste Christian Petzold ? Un scénario de fuite, un homicide, un suicide ou une disparition expriment non pas la réalité de la justice ou une psychologie normative mais l’intensité de vécus objectifs. Avec pour toile de fond la société moderne, avec ses confusions identitaires et ses peines de cœur, se dessine le motif sous-jacent de l’histoire, lointaine ou récente, de l’Allemagne. Suspicion et délation empoisonnent le quotidien d’anciens terroristes, de citoyens de la RDA ou de victimes du nazisme jusqu’à enrichir les narrations des films de Petzold par la surimposition du passé sur le présent (Contrôle d’identité, Jerichow, Barbara, Phoenix, Transit). Omniprésent, le mystère féminin mène à la figure du double (Phoenix). Si le suspense, le rythme trépidant et les musiques menaçantes - autant de codes du film criminel – sont tenus en laisse par une esthétique de maîtrise cinématographique, le romanesque bat son plein pour ouvrir la voie au fantastique.

Élément romantique par excellence, l’eau est importante. Yella (Ndlr : le film du même nom) est précipitée dans la rivière Leine, à Hanovre, Laura et Barbara se trouvent devant la mer Baltique (Jerichow, Barbara), noyade et naufrage sont imminents, « Transit » fait face à la Méditerranée. Érigé sur un marais, Berlin est le site d’ Ondine  […] dans lequel l’amant infidèle de la naïade doit mourir. En 1939, la pièce de Jean Giraudoux, contribuait à mettre à jour la légende, moyennant une nixe (nymphe) plus vulnérable, un chevalier au nom de Hans (l’équivalent de Jean lambda [Ndlr : joué ici par Jacob Matschenz) et un dispositif dramatique construit sur la rumeur de l’infidélité d’Ondine. Transformée en un malentendu reposant sur des messages sur smartphone, la méprise déclenche le dénouement de la version à rebours du conte que signe Petzold. […] » (Conte d’amour, conte à rebours)

 


 

Christian Petzold répond à une des questions de Louise Dumas qui l’interviewe à Berlin en mars 2020.

« Les fleuves sont un élément géographique, politique, culturel très important en Allemagne. Il y a deux grands types de fleuves : ceux sur lesquels on navigue, comme le Rhin (un fleuve sur lequel Jean Vigo aurait pu tourner « L’Atalante »), et ceux qui représentent une frontière. Je suis originaire du Wuppertal, au bord de la Wupper, qui est un cours d’eau de la deuxième sorte, un véritable Styx. D’ailleurs il y a une expression allemande qui dit « passer la Wupper » et qui signifie « mourir ». Un peu plus à l’Ouest, pas très loin de Wuppertal, il y a Düsseldorf et le Rhin… J’ai donc grandi entre deux imaginaires fluviaux ; d’un côté la possibilité de prendre le large et de l’autre la fin du voyage. Cela irrigue mon cinéma, mais je ne m’en suis aperçu que très récemment, sur le tournage d’ Ondine.  Au début de « Moby Dick » qui est l’un de mes romans favoris, le narrateur remarque que les êtres humains, lorsqu’ils vont mal, viennent souvent chercher réconfort auprès de l’eau. Ils y racontent ou y engloutissent leurs doutes, leurs chagrins, leurs incertitudes. Or c’est ici, précisément, que naît le mythe d’Ondine. Ondine est une créature qui sort de l’eau lorsqu’un homme vient pleurer la perte d’une femme aimée sur le rivage. Elle est presque un pur écran, sur lequel l’homme peut projeter son ancien amour et ses espoirs. Dès lors que l’homme lui est infidèle, Ondine doit le tuer et retourner dans l’eau. »

Il faut pourtant voir le film, en sa conclusion, comme le désir d’Ondine de rompre la boucle qui la condamne à la répétition du mythe. « Elle affirme la possibilité d’un progrès, dit Christian Petzold. On peut y voir un discours politique, certes. Mais pour tout vous dire, les deux acteurs (Paula Beer, Franz Rogowski) à faire exister une si belle histoire d’amour que j’en ai oublié la portée politique de mon film. »


 

Ondine (Undine). Allemagne/France (2020). Réalisation et scénario : Christian Petzold. Photographie : Hans Fromm. Décors : Merlin Ortner. Costumes : Katharina Ost. Montage : Bettina Böhler. Production : Koertner von Gustorf, Michael Weber. Schramm Film Koerner § Weber. Interprétation : Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz.