Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait (2020)


-         « La confrontation des deux désirs »

(France, 2020 – Emmanuel Mouret)

 


 

https://www.arte.tv/fr/videos/102199-000-A/les-choses-qu-on-dit-les-choses-qu-on-fait/

117 minutes. Du 9 novembre au 22 novembre 2022.

 


 

« Le titre du nouvel opus d’Emmanuel Mouret évoquera à ceux qui suivent le cinéaste depuis longtemps la petite musique bien connue qui fait tourner ses films : celle de l’écart entre le dire (l’amour) et le faire (l’amour), celle de la mauvaise foi à l’œuvre dans le marivaudage. Par exemple, dans « Un baiser s’il vous plaît » (2007), Judith affirme à Nicolas que leur relation est purement amicale, tout en lui offrant langoureusement ses lèvres. La tonalité légère et burlesque tenait beaucoup au personnage rêveur, faux candide des relations amoureuses, que Mouret interprétait de film en film (et qui, à la longue, a pu lasser). Des films où Mouret ne joue pas se dégage un parfum plus trouble, plus capiteux. C’était déjà le cas d’« Une autre vie » (2013) et puis, surtout, du très beau « Mademoiselle de Joncquières » (2018), qui faisait succéder à la légèreté rose poudré des débuts le carmin des blessures d’amour-propre et de la vengeance. Avec « Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait », Mouret atteint une profondeur narrative, visuelle, dramatique et psychologique encore jamais vue dans son art. Il fait de l’écart entre le dialogue et l’image, le fantasme et la réalité, le passé et le présent, Paris et un village de Provence, l’art et la vie un principe fondamentalement cinématographique. »

-          Louise Dumas (« Les promesses du récit », Positif n° 715, septembre 2020)

 


 

Emmanuel Mouret nous dit :

 « Je revendique l’héritage du XVIIIe, mais aussi celui du cinéma que j’aime. L’amour, le couple, le désir, la fluctuation des sentiments ont obsédé de nombreux cinéastes, peut-être eux-mêmes inspirés par la littérature et le théâtre. Un autre aspect me relie au XVIIIe, siècle des Mémoires et de l’introspection : mes personnages font l’examen de soi. Ils interrogent ce qu’ils ressentent, y compris la contradiction de leurs sentiments. Le XVIIIe remet en question nos usages moraux et amoureux. Or je trouve que les histoires d’amour, depuis l’Antiquité, sont une façon de créer du suspense. Qui dit amour dit désir ; qui dit désir dit suspense. Or le cinéma est un art de l’attente et du suspense. […] Le conflit vient de ce que le désir n’est pas conforme aux usages du moment. […] le vrai obstacle, c’est la confrontation de ces deux désirs. […]

 

« […] Dans « Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait », il y a une sorte de maladresse inhérente à l’homme, qui est d’être inconstant. Ce film est une ode à l’inconstance et à la mansuétude. Les personnages essaient de se relever comme ils peuvent. Ce spectacle m’intéresse, comme il m’intéresse dans des univers aussi opposés que ceux de Buster Keaton ou Douglas Sirk. »

 

« J’aime l’idée de faire des parenthèses qui correspondent au temps où un personnage s’exprime, puis des parenthèses dans les parenthèses, dans lesquelles on ouvre et ferme d’autres parenthèses… » 

« La parole est très cinématographique. Plus quelqu’un s’exprime, parle de ce qu’il entreprend, parle de lui, plus cela nous rapproche de son visage, de ses yeux, de sa complexité intérieure. La parole est génératrice de cinéma. »

 

[Extraits d’entretien avec Grégory Valens, Paris 2 juillet 2020]

 


 

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait. France, 2022. 117 minutes.  Réalisation et scénario : Emmanuel Mouret. Photographie : Laurent Desmet. Décors : David Faivre. Costumes : Constance Demontoy. Montage : Martial Salomon. Production : Moby Dick Films – Frédéric Niedermayer. Interprétation : Camélia Jordana (Daphné), Niels Schneider (Maxime), Vincent Macaigne (François), Émilie Dequenne (Louise), Jenna Thiam (Sandra), Guillaume Gouix (Gaspard). Sortie en France : 16 septembre 2020.

 


 

 

 

Vincent Macaigne, Émilie Dequenne